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Rompre avec la barbarie: un vœu pieux pour 2017?

23/01/2017 08:24 EST | Actualisé 23/01/2017 08:25 EST

L'année 2017 n'en est qu'à ses premiers balbutiements qu'elle se présente déjà à nous gorgée d'une étonnante potentialité subversive. En moins d'un mois, trois nouvelles auraient la capacité de générer dans l'espace public une rage politique d'une proportion suffisante pour justifier l'entrée du monde occidental au cœur d'une crise sociale sans commune mesure.

En effet, on apprenait le 3 janvier dernier, dans un rapport du Centre canadien des politiques alternatives, que les PDG les mieux payés du Canada avaient déjà gagné, avant les douze coups de midi, le salaire annuel moyen d'un travailleur canadien travaillant à temps plein. Fondé sur des données parues en 2016, ce rapport nous apprenait aussi que la rémunération moyenne des 100 PDG les mieux payés était évaluée à 9,5 millions de dollars, soit l'équivalent de 193 fois le revenu moyen d'un salarié canadien estimé à 49 510 $.

Quelques jours plus tard, le rapport Une économie au service des 99 % d'Oxfam nous avisait que 8 milliardaires se partageaient désormais autant de richesse que le 50 % de la population mondiale le plus pauvres. Ces inégalités extrêmes, qui n'ont d'ailleurs cessé de s'accentuer au cours des dernières années, sont des phénomènes socio-économiques qui se font au détriment non seulement des classes les moins favorisées (rappelons à cet effet que, selon ce même rapport, c'est pratiquement 10 % du globe qui vivrait actuellement avec moins de 2 $ par jour), mais aussi des classes moyennes. En effet, c'est le FMI et la Banque Mondiale eux-mêmes qui soulignent à grand trait depuis la crise de 2008 que les inégalités extrêmes nuisent à la sacro-sainte croissance économique.

Finalement, dans une nouvelle aux allures de fiction publiée le 17 janvier dernier dans le quotidien Le Devoir, Alexandre Shields, journaliste en environnement, titrait « Plus de plastique que de poissons dans les océans d'ici 2050 ? ». C'est en effet la conclusion à laquelle est arrivée une équipe de recherche coordonnée par la fondation de la navigatrice anglaise Ellen MacArthur. On y apprend ainsi que le ratio tonnes de plastique versus tonnes de poissons, si aucune action radicale n'est prise à l'échelle internationale dans un avenir rapproché, passera de 1 pour 5 en 2014 à 1 pour 3 en 2025 puis à 1 pour 1 en 2050. Shields s'appuie ensuite sur l'étude de la revue scientifique PLOS pour affirmer qu'il y aurait à l'heure actuelle près de 270 000 tonnes (!) de plastique qui flotteraient à la surface des océans.

Comme mentionné en guise d'introduction, ces trois nouvelles contiennent, en elles seules, la charge subversive suffisante, il me semble, pour générer l'avènement d'une masse critique ayant le potentiel de bouleverser les structures politiques actuelles et ainsi engendrer un changement social. Et pourtant, rien... Ou du moins rien de suffisant. Comment expliquer ce phénomène ?

Une partie de la réponse se trouve, il me semble, dans le concept d'habitude. La récurrence à laquelle émerge ces nouvelles (ces rapports d'Oxfam sont publiés annuellement, suscitent l'indignation générale le temps d'une semaine avant de sombrer dans l'oubli) et plus spécialement les discours les entourant, visant essentiellement à naturaliser les phénomènes dont elles traitent, ont pour conséquence de ne plus générer chez les citoyens une rage politique comme ce devrait être normalement le cas.

Parce qu'à l'instar des problèmes de dérèglements climatiques auxquels notre génération fait et fera face au cours des prochaines décennies, ces problèmes de disparités économiques nous sont généralement présentés comme le fruit de quelconques « lois » de l'économie pure, vidée de son caractère social. Autrement dit, ces problèmes économiques et écologiques nous sont présentés de telle sorte que les citoyens et les citoyennes sentent que ces enjeux les dépassent et qu'il s'agit là de phénomènes d'ordre purement naturels comme le sont les lois de la mécanique newtonienne, par exemple.

Or, il est capital de se rappeler que ces phénomènes, plutôt que d'être le produit de quelconques lois économiques immuables, sont essentiellement le fruit de politiques instituées par nos politiciens et politiciennes. Il est donc faux de croire que ces décisions sont irrévocables et l'histoire nous le démontre clairement. Lorsqu'une masse critique suffisamment large se regroupe pour faire entendre son mécontentement, les élus n'ont d'autres choix que de prêter l'oreille et de faire des concessions pour satisfaire les revendications de la masse critique en question.

Ce sont donc là mes souhaits pour 2017 : l'émergence d'une masse critique suffisamment importante pour bouleverser les structures viciées du pouvoir en place, engluées dans le pétrole et autres combustibles fossiles sales pour permettre la mise en place d'une économie centrée sur les besoins réels des populations plutôt que d'être guidée par le productivisme aveugle du toujours-plus. La rupture avec la barbarie qui s'incarne dans ce modèle toxique de croissance infinie qu'est celui qui stipule que plus = mieux. D'une part par une redistribution plus équitable des richesses sociales, mais aussi par une critique radicale du rapport salarial lui-même comme rapport de chantage entre employé et employeur. Puis, d'autre part, en replaçant l'enjeu écologique à sa place, c'est-à-dire au centre des préoccupations politiques plutôt qu'en périphérie comme s'y affairent les défenseurs d'un développement durable pour qui les enjeux économiques subordonnent tout, jusqu'à la pérennité de la biodiversité.

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