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Le défi de ma vie de mère

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Quand tu vois mon enfant de 6 ans en crise, par terre, qui se frappe la tête contre le sol, je vois dans tes yeux que tu me juges. Quelqu'un est déjà venu me voir en me disant qu'il allait appeler la DPJ. Justement, c'est de là qu'il vient mon enfant.

Quelqu'un a déjà appelé la police parce que mon enfant criait trop.
La police est arrivée et avec son non-sens m'a dit: «Vous devriez penser à le placer votre kid, vous allez voir, à l'adolescence, vous pourrez pu la contrôler». Mais qu'est ce que ce jeune policier de 25 ans connaît aux enfants qui ont un trouble d'attachement? Tant qu'à me dire ce genre de trucs: ferme-la.

Quand tu cognes chez moi et que tu vois que je porte mon enfant de 6 ans dans un porte-bébé, tu ne comprends pas: «Faudrais peut-être que tu penses à couper le cordon». Mais qu'est-ce que tu connais à mon enfant? Que sais-tu de sa carence? Sais-tu qu'il n'y a jamais eu de cordon entre nous? C'est ça, au lieu de juger, tais-toi.

Quand je demande une dérogation pour mon enfant, on ne comprend pas. On ne comprend pas que mon enfant a un affectif de 2 ans. On ne comprend pas que je doive rester à côté de la piscine quand il nage, que je doive la porter, que je doive rester à l'arrêt jusqu'à ce qu'il ne me voit plus quand il prend le bus scolaire.

On ne comprend pas parce que mon enfant a l'air de tous les autres. De beaux grands yeux, un sourire à faire craquer, un corps athlétique, intelligent et adorable. Tu ne peux pas savoir. Ça ne paraît pas. En dehors de la maison, à l'école, dans ses sports, avec ses amis, mon enfant c'est le plus souriant, le plus adorable. Jamais de crise, jamais de pleurs avec ceux avec qui il n'a pas de lien affectif. Les émotions, ça sort juste avec nous. Le lien affectif, il n'est créé qu'avec nous.

Par chance, certains parents n'arrivent pas à en créer un. Avec le temps, après avoir pris un an, moi et mon mari, seule avec elle, 24 heures sur 24 heures, 365 jours, nous avons réussi, nous sommes ses parents. Nous sommes chanceux, privilégiés, le trouble d'attachement est parfois si fort que jamais l'enfant ne réussit à créer de liens significatifs.

Le trouble d'attachement est pernicieux. C'est un trouble de santé mentale mystérieux et peu connu. Peu de spécialistes arrivent à bien intervenir. Nous, les parents, on tente, à coups d'essai et erreur de «guérir» notre enfant en sachant que la guérison n'existe pas. Toute sa vie, l'enfant portera, comme un boulet, comme une grande cicatrice, les carences du trouble d'attachement. En tant que parent c'est un trouble arrache-cœur.

Contrairement aux croyances, ce trouble n'affecte pas seulement les enfants adoptés et tous les enfants adoptés n'en sont pas atteints. Un enfant qui a subi une séparation d'avec un parent, une séparation avec une personne significative, des parents absents, la mortalité, etc., peut aussi souffrir d'un trouble d'attachement.

Les symptômes varient d'un enfant à un autre: incapacité à contrôler les émotions, à les nommer, incapacité à créer des liens avec des amis, avec des parents, difficultés d'apprentissage, trouble de concentration.

Pour moi, les crises sont ce qu'il y a de plus difficile à gérer. Aucun parent ne veut faire de la contention physique à son enfant. Aucun parent ne veut se faire frapper par son propre enfant. Aucun parent ne veut voir son enfant perdre le contrôle en se débattant et en criant «Maman je ne sais pas comment me calmer, aide moi, aide moi maman».

Devenus adolescents, les jeunes qui ont un trouble d'attachement sont plus à risque d'avoir des problèmes avec la justice, avec la violence, ont plus de difficultés à trouver un emploi et à le garder, ont plus de probabilités de vivre des grossesses à risque, de faire partie d'un gang de rue, de consommer drogues et alcool...

Les événements qui ont causé ce trouble sont souvent impossibles à palier. On ne peut pas remplacer la coupure d'un enfant avec son parent biologique. Moi, je ne peux pas. Je ne peux pas remplacer plus d'un an de négligence, même avec tout l'amour du monde, je n'y arrive pas. Par contre, je reprends ces mois-là. Chaque enfant doit vivre toutes les étapes de sa vie. Je donne à mon enfant ce que j'aurais donné à un bébé naissant. Je lui redonne les privilèges du peau contre peau, des berceuses, de dormir avec moi, de rester jusqu'à ce qu'il s'endorme. À 6 ans je lui permets encore la poussette. Je sais que toutes ces attentions lui permettent de grandir et je l'espère, de guérir un peu.

Il n'y a pas une seule journée où je n'y pense pas. Chaque jour je fais tout mon possible pour éloigner les risques associés à ce problème. C'est devenu mon propre défi. Le défi de ma vie. Et aujourd'hui, malgré toute la difficulté qu'impose ce défi, je ne regrette pas d'avoir choisi de le relever. Mon cœur de mère se gonfle souvent de fierté, parce que déjà nous avons réussi des choses que je ne croyais jamais possibles.

La santé mentale chez nos enfants inclut un large éventail de troubles possibles. Rarement un de ses troubles n'est «facile». Ils représentent tous de gros défis. Je n'aime pas le mot trouble. J'aime le mot «défi». C'est une amie qui a deux enfants avec «défis» qui l'utilise. Le trouble de santé mentale chez l'enfant devient le défi du parent et de l'enfant. C'est souvent le défi de notre vie.

J'aime croire au destin. Je me plais à croire que la vie m'a donné un enfant avec un défi en sachant que je pouvais le relever. Peut-être aussi que je me rassure avec cette pensée. Les jours de découragement, les nuits où je pleure de peur devant le futur de mon enfant, je me rassure en me disant que c'est le destin.

La série sur la Santé mentale des enfants (Young Minds Matter) est une nouvelle initiative du Huffington Post destinée à ouvrir un débat sur la santé mentale et émotionnelle des enfants, de sorte que les plus jeunes se sentent aimés, appréciés et compris.

À cette occasion, son Altesse Royale la duchesse de Cambridge est rédactrice en chef invitée. Nous allons discuter des problèmes, des causes et surtout des solutions face à la stigmatisation entourant la santé mentale chez les enfants.

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