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Barbada de Barbades, une drag queen haute en couleurs

07/08/2017 10:39 EDT | Actualisé 07/08/2017 11:51 EDT
courtoisie

En 2005, Sébastien Potvin s'est inscrit sur un coup de tête à un concours de drag queens, convaincu qu'il tenterait l'expérience un soir seulement. Pourtant, au cours des années suivantes, il est devenu l'une des drags les plus populaires et respectées du Québec. Rien qu'en 2017, il a fait partie des six drags en vedette dans le documentaire Ils de jour/Elles de nuit diffusé à Artv, avant de remporter le concours Mx Fierté Canada, qui lui permettra de coanimer le grand spectacle Drag Superstar auquel prendront part plusieurs vedettes de la téléréalité RuPaul's Drag Race. Oh, aussi, le même soir, il présentera un spectacle solo de deux heures au Cabaret Chez Mado!

Es-tu surpris de là où tu es rendu dans le monde de la drag?

Je suis rendue 100 fois plus loin que je ne l'imaginais à mes débuts, mais les choses se sont développées graduellement. Après mon premier concours, en 2005, je participais à une soirée tous les deux mois seulement. C'est normal quand on commence, à moins d'être une drag avec un style qui clash avec tout ce qui se faisait avant ou d'être excessivement talentueuse dès le départ. Ça dépend aussi du milieu où tu travailles, du nombre d'événements de drags dans ta ville et du nombre d'artistes. On est beaucoup à Montréal.

Pourquoi aimes-tu encore autant la drag?

Ça me permet de rencontrer des gens et de connecter avec eux. J'aime encore plus animer une soirée que de performer. Et j'adore la place de l'humour dans l'univers des drags. Pour avoir partagé la scène avec des humoristes à l'occasion, j'ai réalisé que j'étais plus humoriste que je ne le croyais. J'aime écrire des textes et animer de façon comique, au lieu de seulement annoncer les enchaînements.

Les drags ont la réputation d'avoir un humour bitch et vulgaire. Est-ce ton cas?

Parfois, oui, mais jamais rien de gratuit. Je trouve que c'est une façon un peu facile de faire rire, un peu comme une publicité qui vend un produit en utilisant le sexe. J'essaie d'avoir un humour plus réfléchi, un peu deuxième degré. Je peux faire des blagues grivoises, parce que je m'adresse généralement à un public adulte, mais je suis aussi capable d'adapter mon animation pour des mariages ou des événements pour enfants.

Quand tu animes à l'extérieur des soirées de drag, travailles-tu en tant que Sébastien ou Barbada?

Je fais de moins en moins de choses en Sébastien. Barbada est devenue une marque de commerce. Les gens s'attendent à me voir en drag. Et quand je suis Barbada, j'ai plus de facilité à aborder les gens et à faire certaines blagues qui ne passeraient jamais dans la bouche de Sébastien. La drag m'offre la possibilité de me libérer et de montrer plusieurs facettes.

Le 17 août, tu présenteras ton spectacle Colors. Comment exploites-tu les couleurs de l'arc-en-ciel?

J'ai décidé d'aller au-delà d'une performance, en racontant une histoire. Il y aura plusieurs projections vidéo entrecoupées de performances. Je veux évoquer tous les aspects de notre société. On commence en 2057, dans un climat d'apocalypse et de guerre mondiale, alors que tout est à feu et à sang. Je veux que les images choquent au début, pour le bloc noir. Ensuite, on va suivre une petite fille qui trouve des perles rouge, orange, jaune, verte, bleue et mauve. Chaque perle va se transformer en déesse, chacune va amener quelque chose à l'humanité et chaque couleur représente une thématique correspondant à plusieurs chansons. Au total, j'amalgame 31 chansons, j'ai une vingtaine de costumes, je suis accompagné de 16 danseurs et j'ai été épaulé par 3 chorégraphes pour créer le spectacle de deux heures. Ça représente des centaines d'heures de travail!

Plus tôt, le même soir, tu vas coanimer Drag Superstar avec Rita Baga. Ça te fait quoi de partager la scène avec certaines drags de RuPaul's Drag Race?

À vrai dire, j'ai seulement regardé un épisode sur les neuf saisons. Je suis conscient de leur notoriété partout aux États-Unis et au Canada, et je respecte ce qu'elles ont accompli dans l'émission. Mais pour en avoir vu quelques-unes performer l'an dernier à Fierté et une autre dans un spectacle à Halifax, je trouve que leur réputation est un peu surfaite. Il faut dire que je ne suis pas très groupie dans la vie. Je comprends qu'elles soient beaucoup plus populaires que moi, grâce à l'émission, mais quand on compare nos performances, je n'ai rien à leur envier.

Tu participes à la soirée, après avoir gagné le concours Mx Fierté Canada au printemps dernier. En quoi cela consistait-il?

C'est l'un des plus gros concours de drags organisés au Canada, par Rita Baga. Environ 120 candidats, des gars et des filles, ont participé aux préliminaires à Vancouver, Halifax, Saskatoon, Toronto et Montréal, dont 54 seulement à Montréal. Les demi-finales ont réuni 24 participants à Montréal.

Comment ça s'est passé pour toi?

J'ai hésité à m'inscrire. Je déteste les concours. Il y a toujours des gens qui chialent sur les résultats. Ça ne détermine jamais la personne la plus talentueuse. C'est toujours selon le contexte, les adversaires, les juges, les critères de chaque événement et les prestations d'une journée en particulier. Finalement, Rita m'a convaincu. Mais avant la première étape, j'étais malade, je venais de rompre avec mon copain, ma chienne était décédée et je trouvais que le concours était un stress de plus. Je me suis donc désisté. J'ai pris des vacances en mars. Ça a pris beaucoup de temps pour trouver ce que j'avais. Mais quand je me suis rétabli, j'ai demandé si je pouvais toujours participer rendu au mois de mars. On m'a dit oui. Je me suis dit que ça donnerait ce que ça donnerait. J'ai fait des numéros que j'aimais. Et j'ai finalement gagné.

En parallèle, tu participais au documentaire Ils de jour, Elles de nuit. Que retiens-tu de l'expérience?

Je ne m'attendais pas à ce qu'on ait autant de visibilité! J'ai fait la couverture du Voir et du Fugues. On a tous fait énormément d'entrevues dans les médias. Les cotes d'écoute ont été deux fois plus importantes que ce qu'Artv espérait. On a vécu plusieurs expériences magiques, comme une prestation dans une soirée-bénéfice de l'Opéra de Montréal sur la scène de salle Wilfrid-Pelletier. De plus, l'équipe de tournage a vraiment embarqué dans notre univers. Mais ça reste un projet très complexe avec beaucoup d'horaires à gérer, des courriels qui n'en finissent plus et des trucs très exigeants qu'on nous demandait de faire, mais qui n'apparaissaient pas toujours dans le documentaire. Si j'avais à noter l'expérience, je donnerais un A-.

Tu travailles dans une école primaire comme enseignant et syndicaliste. Comment tes collègues, tes élèves et leurs parents ont réagi au documentaire?

Le patron du syndicat était inquiet des réactions des parents, mais il n'y en a eu aucune! Après la première diffusion, les autres professeurs sont tous venus m'en parler et ça me faisait plaisir de répondre à leurs questions. J'ai envie de faire connaître la drag. Mais pour le reste, quelques élèves m'ont dit qu'ils m'avaient vu à la télé, sans plus.

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