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Artistes pour la paix honore René Derouin, Janette Bertrand et André Melançon

07/04/2017 03:56 EDT
Agence QMI

L’artiste multidisciplinaire québécois René Derouin a été nommé «Artiste pour la paix de l’année», vendredi matin, lors d’une cérémonie tenue à l’hôtel de ville de Montréal, où ont également été honorés l’auteure Janette Bertrand et, à titre posthume, le défunt réalisateur André Melançon.

Une célébration qui se tenait dans un «timing un peu bizarre», a reconnu le maire de Montréal, Denis Coderre, qui a été le premier à prendre la parole, en cette sombre matinée où la Syrie était bombardée et où Stockholm était secouée par un attentat provoqué par un camion qui a déchiré une foule.

Généralement, la remise de prix se tient le 14 février, jour de la Saint-Valentin, mais a dû être repoussée cette année, car René Derouin était à l’extérieur du pays, plus précisément au Mexique, à cette date.

Le collectif Artistes pour la paix (APLP) remet depuis 1988 sa distinction à une personnalité qui s’illustre en faveur de la paix et de la justice sociale. Daniel Lavoie avait été le premier à la recevoir. Dans les dernières années, Dominic Champagne, Anaïs Barbeau-Lavalette, Fabienne Larouche et Samian en ont tous été récipiendaires.

«On a couvert toutes les disciplines possibles, le cirque, l’installation, le dessin, la chanson, le cinéma, la télévision…. Et peut-être l’art gastronomique, bientôt, a précisé Dominique Lebeau (alias domlebo), président des Artistes pour la paix. On ratisse très large.»

Artistes pour la paix se manifeste à travers des activités artistiques et politiques, dans une perspective «d’inspiration» plus que de revendication, a indiqué Dominique Lebeau, soulignant que APLP roule avec un budget minuscule. L’organisation supporte d’autres mouvements sociaux et politiques en s’immisçant d’un angle artistique, pour transmettre un message d’espoir et de sérénité.

«Murs des rapaces»

René Derouin a été plébiscité pour ses expositions Rapaces et Les derniers territoires, ainsi que pour sa participation à l’ouverture du Pavillon Pierre-Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec, avec Migrants, son exposition sur les réfugiés de guerre.

L’œuvre Rapaces, notamment, trace un parallèle entre les oiseaux de proie et les «rapaces financiers» et leurs paradis fiscaux, et dénonce les «murs des rapaces» qu’aspire à construire le nouveau président des États-Unis, Donald Trump. «Ça ressemble au Moyen-Âge», s’est désolé René Derouin, en entrevue.

«Je trouve ça très inquiétant pour mes enfants et mes petits-enfants, a insisté l’homme. Mais moi, je ne suis pas quelqu’un qui se promène avec une pancarte. Il faut que ça reste une œuvre d’art. Je réfléchis comme un artiste qui veut concevoir une œuvre qui va avoir une pérennité sur la mémoire de ce qu’on est.»

Auparavant, René Derouin a déjà reçu le Prix du Québec Paul-Émile Borduas, l’Ordre National du Québec et l’Ordre du Canada.

«Lâche-nous pas, Melançon…»

Vendredi matin, Sébastien Dhavernas, membre d’Artistes pour la paix, a livré une allocution, dans laquelle il a plaidé que «nos armes de paix sont nos paroles».

Sa fille, la comédienne Caroline Dhavernas, et le conjoint de celle-ci, Maxime LeFlaguais, ont déclamé ensemble le poème Je suis la paix, d’André Jacob, en français, en anglais et en espagnol, et l’auteure-compositrice-interprète Sarah Toussaint-Léveillée a interprété une pièce de son album La mort est un jardin sauvage, paru l’an dernier.

Venu offrir un discours en hommage à André Melançon, Benoît Brière a été drôle et touchant, en parlant de «ce géant au cœur d’or, au sourire dévastateur, à la voix d’une douceur peu commune», dont il a aussi évoqué «les sourcils en accents circonflexes» et la «force impitoyable». «Un géant à hauteur d’enfant», a dit l’acteur à propos du cinéaste parti en août dernier, qu’il imagine aujourd’hui «en tête à tête avec Fellini dans l’au-delà». Il a vanté la «véritable écoute» du père de La guerre des tuques. «Il était, est et demeurera ce père spirituel. Si petit que nous étions, il se mettait à notre niveau. Moi, il s’assoyait…», a badiné Benoît Brière, avant de lancer un dernier salut à son mentor. «J’ai envie de lui dire : lâche-nous pas, Melançon, il y a encore ben de l’ouvrage…»

Andrée Lachapelle – qui avait été sacrée Artiste pour la paix en 1990 -, la partenaire de vie d’André Melançon, a cueilli l’honneur en son nom, accompagnée de la fille du regretté créateur, Andréanne, et des deux enfants de celle-ci. Le fils d’André Melançon, Benoît, ne pouvait pour sa part être présent.

«André vous aurait fait un discours extraordinaire, il avait le don de la parole. Je suis extrêmement émue», a brièvement déclaré Andrée Lachapelle au micro, étranglée par un sanglot.

Une lettre de Fabienne Larouche a été lue à l’intention de Janette Bertrand. La productrice de District 31 et de Sur-Vie y expliquait qu’à ses yeux, dans le monde de la télévision, la plus grande, c’est Janette Bertrand.

Lorsqu’elle a été à son tour invitée à s’exprimer devant la petite assistance massée dans le hall de l’hôtel de ville, Janette Bertrand s’est remémorée son enfance montréalaise, dans le «Faubourg à m’lasse» (ou Centre-Sud), et le petit magasin que tenait son père au coin des rues Frontenac et Ontario. Elle s’est ensuite désolée de la mentalité de Donald Trump, avant d’y aller d’une proposition féministe en ce sens.

«Si on laissait la job aux femmes, est-ce qu’il y aurait plus la paix? Je n’ai pas la réponse. Faudrait peut-être essayer…», a hasardé en guise de mot de la fin celle dont les archives personnelles viennent d’être déposées à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

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