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FNC 2015: Anna Mouglalis, femme meurtrie dans sa chair (ENTREVUE/PHOTOS)

14/10/2015 02:15 EDT | Actualisé 19/10/2015 08:44 EDT

À 37 ans, Anna Mouglalis s’épanouit dans des choix artistiques toujours aussi audacieux. Dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC), on la retrouvait mardi dans un hôtel de Montréal où elle accompagne pour quelques jours la présentation d’Anna du Québécois Charles-Olivier Michaud. Rencontre.

«Anna»


Ambassadrice pour Chanel, l’actrice-égérie – connue pour ses rôles dans Gainsbourg: vie héroïque et Coco Chanel & Igor Stravinsky – sait oublier les parfums et le glamour pour défendre les films d’auteur qu’elle estime importants. De sa voix charnelle, elle a raconté comment le scénario d’Anna l’a touché en plein cœur. L’histoire de cette photojournaliste prise dans la toile de la mafia thaïlandaise. Un voyage funeste dans les méandres de la prostitution.

«C’est un thriller très sombre, mais en même temps le rôle est magnifique, explique-t-elle en entrevue pour Le Huffington Post Québec. Tous les acteurs rêvent d’aller dans ces terrains-là, au risque d’y laisser des plumes.»

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Elle n’hésite pas à le dire. Anna est un film qui continue de hanter ses pensées. «La mémoire d’un personnage, c’est vraiment de la mémoire. Quand on se laisse traverser par une telle expérience, évidemment cela laisse des marques. En tant que femme, cela me bouleverse», ajoute-t-elle.

Film-choc sur les malheurs de la prostitution en Asie du Sud-est qui met aussi à l’affiche Pierre-Yves Cardinal et Pascale Bussières, l’endroit précis n’est jamais nommé au fil d’un récit en crescendo. Bien sûr, on pense à la Thaïlande, haut lieu du tourisme sexuel international. Le tournage s’est d’ailleurs déroulé dans le pays, non sans difficulté.

«On a vécu quelques rebondissements. Après avoir eu l’autorisation de filmer, les autorités nous ont interdit l’accès. On est passé par une boîte de production locale qui nous a permis d’ouvrir les portes, mais on ne devait pas montrer le drapeau thaïlandais ni aller tourner dans des endroits "sensibles"», dit-elle.

L’injustice

Évidemment pour Bangkok, la prostitution n’existe pas en Thaïlande. «Quelle hypocrisie!, lâche l’actrice. Le long métrage s’est fait contre la censure. On s’est confronté aux mensonges. Rien que dans l’hôtel où je logeais, j’ai été témoin de choses insensées. Et puis, l’équipe est allée voler des images en caméra cachée dans les ruelles de passes. On peut voir tout cela dans le film.»

Mouglalis précise les choses. D’abord, l’œuvre n’est pas manichéenne avec les «bons» Occidentaux d’un côté et les «méchants» Asiatiques de l’autre. «Les touristes d’Europe ou d’Amérique sont les consommateurs de cette barbarie. Et il n’y a pas besoin d’aller aussi loin pour le constater. Ce genre odieux de trafic d’êtres humains est aussi organisé au cœur de nos villes. Mais on ferme les yeux», dit-elle.

Ensuite, si l’actrice française a accepté de jouer dans le cinquième film de Charles-Olivier Michaud (Snow and Ashes), c’est en partie pour dénoncer une certaine apathie de nos sociétés sur la souffrance des autres.

«On vit dans un monde régi par le fric et la surconsommation, ajoute-t-elle amère. On consomme de l’information comme on consomme du drame. Pendant deux jours, on va être tout en émois parce qu’on nous raconte une histoire tragique jusqu’au prochain sujet.»

En montrant «les vertiges de l’injustice», Anna est d’après Mouglalis une œuvre qui met en lumière la révolte. «Mon personnage devient le sujet de son propre reportage. Cette fois, il ne s’agit pas d’aller pleurer sur elle, mais plutôt d’inverser les rôles et d’enlever la honte sur les victimes pour la remettre sur le visage des bourreaux.»

Anna – Les Films Séville – Thriller – 109 minutes – Sortie en salles le 23 octobre 2015 – Canada.

Catherine Beauchamp rencontre Anna Mouglalis:

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