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Chypre : les images de la réouverture des banques (PHOTOS)

28/03/2013 06:12 EDT | Actualisé 27/05/2013 05:12 EDT
AFP

Les banques ont rouvert jeudi sous haute sécurité à Chypre après douze jours de fermeture, imposant à leurs clients des restrictions inédites en zone euro pour éviter une fuite de capitaux de l'île sauvée de la faillite par un plan international.

A la réouverture à midi locale (10H00 GMT) pour six heures, des dizaines de personnes faisaient la queue devant les banques dans le centre de Nicosie, dont la Bank of Cyprus et la Laïki, les deux plus grandes du pays touchées de plein fouet par la restructuration bancaire réclamée par les bailleurs de fonds.

Alors que la fermeture des banques a paralysé l'activité économique dans le pays, l'Association des banques de Chypre a demandé au public de faire preuve de "patience et de compréhension" lors de leurs transactions aux guichets avec les employés de banques.

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"Ce sera une très mauvaise journée. Beaucoup d'insultes vont fuser et les gens vont être très en colère", a déclaré Philippos Philippou, un électricien au chômage, qui attendait devant la Laïki Bank.

Un homme qui a refusé d'être identifié a indiqué lui qu'il avait l'intention de "retirer tout (son) argent, au fur et à mesure".

Pour prévenir tout dérapage, des gardes de sécurité, certains armés, étaient postés devant les banques. Ces derniers ont déclaré qu'ils ne laisseraient entrer que huit personnes à la fois pour éviter toute ruée.

Dans un souci d'organisation, un représentant des autorités bancaires a appelé à donner la priorité aux personnes âgées qui, ne disposant pas de cartes de crédit, doivent retirer leurs retraites ou du liquide aux guichets.

"Les banques ont rouvert et une coopération efficace de tous contribuera au retour rapide à la normale du système bancaire", a affirmé la Banque centrale dans un communiqué.

Le syndicat des employés de banques, Etyk, a lui aussi demandé à la population de ne pas faire retomber sa frustration sur eux. "En tant qu'employés de banque, nous ne sommes pas responsables mais au contraire victimes".

Chypre a conclu lundi avec la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) un accord pour une aide de 10 milliards d'euros en contrepartie d'une restructuration drastique de son système bancaire: la Laïki Bank sera liquidée et ses activités absorbées par Bank of Cyprus. A elles deux, ces banques emploient 5.600 personnes sur cette île de quelque 850.000 habitants.

La réouverture des banques s'accompagne de restrictions financières inédites dans la zone euro, censées limiter les effets d'une éventuelle panique bancaire.

Les paiements et virements à l'étranger sont limités à 5.000 euros par mois, par personne et par banque et les voyageurs quittant l'île ne pourront porter sur eux plus de 1.000 euros en espèces, selon un décret ministériel valable au moins 4 jours.

Le décret justifie ces mesures en évoquant "le manque de liquidités conséquentes et le risque important de fuite des dépôts, avec pour résultat possible l'effondrement des institutions de crédit" et des "réactions en chaîne" menaçant "l'économie dans son ensemble".

Ces restrictions sont "nécessaires dans les circonstances actuelles" mais "la liberté des mouvements de capitaux doit être rétablie dès que possible", a estimé la Commission européenne.

Les retraits en espèces aux guichets et aux distributeurs sont limités à 300 euros par jour, par personne et par banque, selon le décret.

Pour faire face à la demande, plusieurs conteneurs chargés d'argent liquide sont arrivés mercredi soir à la banque centrale à Nicosie sous la protection de véhicules de la police, selon un photographe de l'AFP. Selon les médias, ils pourraient contenir des milliards d'euros.

"Tout frais de Francfort", a plaisanté un homme en regardant des billets flambant neufs qu'il venait de retirer d'un distributeur.

L'inquiétude a grandi sur l'île déjà en récession depuis deux ans.

L'Europe a imposé un prix "trop élevé" à Chypre, alimentant "amertume" et "colère", a affirmé le ministre chypriote des Affaires étrangères Ioannis Kasoulides. "Nous devons recommencer à zéro", comme après l'invasion turque du nord du pays en 1974.

"Nous allons connaître des jours pires en 2013 (...), l'économie va connaître une récession encore plus profonde", a prévenu le ministre des Finances, Michalis Sarris.

Dans un marché toujours inquiet, l'euro restait ancré jeudi matin sous le seuil de 1,28 dollar, sous lequel il était passé pour la première fois depuis quatre mois mercredi. La Bourse de Chypre, fermée depuis aussi le 16 avril, demeurait close. La Bourse de Tokyo a terminé la séance en nette baisse de 1,26%.

Les investisseurs s'inquiètent d'une possible contagion à d'autres pays de la zone euro d'une éventuelle panique bancaire à Chypre.

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La réouverture des banques