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17/04/2018 06:00 EDT | Actualisé 17/04/2018 06:10 EDT

Et si les femmes se tiraient dans le pied avec les quotas…

En tant que femme et mère de quatre filles, il va sans dire que je suis loin d’être insensible au désir de voir la parité se concrétiser, mais pas à n’importe quel prix ou de manière arbitraire.

Getty Images/iStockphoto

Dans la foulée de l'affaire Sophie Lorain, deux camps se sont formés, les tenants de l'égalité coûte que coûte d'un côté et ceux de la méritocratie de l'autre. Or, c'est dans une troisième voie que la réelle équité se trouve.

En tant que femme et mère de quatre filles, il va sans dire que je suis loin d'être insensible au désir de voir la parité se concrétiser dans les diverses sphères de la vie publique, mais pas à n'importe quel prix ou de manière arbitraire. Je comprends et partage l'impatience de nombreuses femmes qui déplorent la lenteur des changements à cet égard et j'ai longtemps cru, à leur image, que nous ne parviendrons pas à nos fins sans un recours aux quotas. Toutefois, si c'est la voie que nous choisissons d'emprunter, nous risquons gros, car le sempiternel argument de la compétence et du mérite fera de l'ombre à notre accomplissement, qui sera dès lors condamné à ne pas en être un.

Les partisans de la méritocratie, qui prétendent ne pas différencier les individus sur une autre base que le mérite (spécifions d'emblée que le copinage, les réseaux et un certain vedettariat interfèrent la plupart du temps), se rangeront quant à eux dans un schème de pensée fautif qui privilégiera le statu quo. Dans un certain sens, cette école de pensée souscrit à une idée mise de l'avant par une certaine frange du féminisme et qui, à mon sens, a grandement nui à la cause des femmes en érigeant le modèle masculin d'engagement dans la vie publique comme étant le seul valable, celui que l'on doive impérativement émuler, c'est-à-dire un dévouement entier et total, le plus souvent incompatible avec la conciliation familiale qui incombe encore en large part aux femmes. Non, ce n'est évidemment pas faute de mérite que les femmes sont minoritaires dans plusieurs domaines. C'est tout simplement parce qu'elles font le choix conscient, souvent malgré leur ambition, de ne pas pourchasser de telles opportunités. Les féministes convaincues continueront d'entretenir l'espoir que les hommes acquerront une place toujours croissante au sein de la cellule familiale. Pour ma part, si j'accueille positivement le renouveau du rôle paternel, je considère néanmoins que les assises biologiques limitent tout de même un tant soit peu les transformations de ces rôles millénaires.

Les féministes convaincues continueront d'entretenir l'espoir que les hommes acquerront une place toujours croissante au sein de la cellule familiale.

Pendant longtemps, et cela s'accentue d'ailleurs à un rythme effréné, nous avons dû nier toute différence entre les sexes, ou les genres si vous préférez. Or, à mon avis, c'est précisément en reconnaissant les quelques distinctions entre les hommes et les femmes que nous parviendrons à ajuster les règles du jeu pour faire en sorte que la parité sera atteinte dans certains milieux de manière organique et non forcée (cela dit, je ne crois pas que nous l'atteindrons dans tous les domaines en vertu d'intérêts divergents et c'est parfait ainsi). Ce serait ainsi une parité des chances que l'on devrait viser davantage qu'une parité de fait.

Si on prend l'exemple de l'implication politique, que je contemple moi-même depuis toujours, mais me refuse en vertu d'une incompatibilité avec mes responsabilités, on pourrait envisager différentes solutions pour y accroitre naturellement la participation des femmes. On peut penser, entre autres, à permettre un recours accru à la technologie pour participer aux réunions et caucus à distance. Le fait qu'aucun remplacement ne soit prévu pour les congés parentaux est également délétère. En outre, des solutions encore plus novatrices pourraient être envisagées... Pourquoi ne pas permettre une candidature de groupe aux élections? La population ne serait-elle pas mieux servie par une équipe de 3 ou 4 élues qui se partagent une circonscription, se tiennent mutuellement au courant de leurs dossiers, se remplacent et s'entraident? Et si nous allions encore plus loin et désignons des élus citoyens à l'Assemblée nationale qui reçoivent à l'instar des jurés une sommation de siéger pour un mandat fort limité dans le temps? Est-ce qu'au fond ces solutions qui accommoderaient les femmes n'auraient pas des retombées positives pour l'ensemble de la population en amenant du sang neuf à un domaine qui attire éternellement le même type de personnes?

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