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19/05/2015 10:28 EDT | Actualisé 19/05/2016 05:12 EDT

Travail du sexe: nos clients, nos amis

À la suite de la publication de notre lettre ouverte intitulée Travail du sexe: les pendules à l'heure et des réactions qu'elle a suscité, nous éprouvons le besoin de revenir sur l'aspect central de la nouvelle Loi C-36: la criminalisation des clients.

Les clients des travailleuses et travailleurs du sexe (TDS) sont invariablement dépeints, dans les médias, comme des «pervers», des «déviants», des «prostitueurs», des criminels - des monstres. On les assimile, ni plus ni moins, à des proxénètes.

Rien ne saurait être plus éloigné de la réalité.

L'immense majorité des TDS que nous avons consultées nous ont dit aimer leur travail et nous ont parlé de leurs clients avec tendresse. Certains clients reviennent depuis trois, sept, dix ans. Une relation d'intimité, de complicité se développe. Ce n'est pas vrai que ces rapports sont purement mécaniques. Dans les bonnes conditions, il y a toujours, à la base, un acte d'amour.

Nous pourrions vous parler de ce handicapé, encore puceau à trente ans passés, à qui ses frères et sœurs ont offert les services d'une TDS pour une heure. Ou de cet homme de petite taille qui a lancé à son escorte, au moment de prendre congé: «Tu m'as sauvé la vie, ma belle!» Ou de cet autre qui allait se suicider quand une TDS lui a redonné goût à la vie.

Les clients des TDS se comportent généralement en gentlemen. Et en gentlewomen, car il y en a aussi - tout comme il y a des hommes et des trans TDS, dont on ne parle jamais. Ce ne sont ni des agresseurs ni des «prostitueurs», ni des esclavagistes, ni des misogynes. Ce sont des personnes qui recherchent un peu de réconfort, un peu de chaleur humaine, et qui ne voient pas, à ce stade de leur vie, d'autre moyen d'en obtenir. Et c'est l'histoire de leur rencontre avec d'autres personnes qui sont prêtes à leur procurer cette chaleur, ce réconfort qu'elles recherchent.

Les clients des TDS, ce sont des époux, des pères, des mères, des amis, des collègues. Ils viennent de toutes les couches de la société: de la profession juridique, de la police, des hautes sphères du pouvoir, du show-business, de la classe moyenne, de tous les horizons. Avec le temps, certains liens se développent entre les TDS et leurs clients. On a même vu des couples se former de cette façon; le cas n'est pas fréquent, mais il existe. Il y a aussi des couples qui visitent des clubs de danseuses ou des salons de massage érotique pour attiser leur désir. Les cas sont multiples: les clients des TDS ne forment pas un bloc monolithique.

En quoi ces personnes sont-elles des «criminelles»? Qui sont-elles, premièrement? Connaît-on leur histoire, leurs motivations? Qui sommes-nous pour juger de l'intimité des gens et de ce qui se passe entre adultes consentants?

Qui n'est jamais allé aux danseuses? Qui n'a jamais regardé de la porno sur Internet ou des revues érotiques? Qui n'a jamais eu la curiosité d'entrer dans un salon de massage érotique, dans un peep show, ou d'appeler une ligne érotique ou une agence d'escortes? Cela fait-il de vous des criminels pour autant?

Les clients ne sont pas plus criminels que les TDS. Il n'y a pas de crime entre adultes consentants. On prétend avoir évolué, mais on régresse. Historiquement, le féminisme a permis aux femmes de conquérir le droit de disposer de leur corps et de leur vie. Ce droit ne doit pas être remis en question aujourd'hui.

S'il faut absolument qualifier les clients des TDS de «criminels», il faudra revoir la définition même de ce qu'est un crime. Car le plaisir n'est pas criminel, et le service non plus.

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