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14/04/2015 11:51 EDT | Actualisé 14/06/2015 05:12 EDT

L'immigration et le Québec

C'est au prix de certaines révisions de nos pratiques que pourra se faire une intégration plus harmonieuse et plus enrichissante. Car le Québec a besoin de ses immigrants. Il a besoin que ceux-ci puissent accéder à une certaine aisance, à l'égal des natifs qui ont une scolarité équivalente.

Mon article sur l'immigration a fait réagir! Un commentateur me signale que deux immigrants sur cinq ne sont pas sélectionnés par le Québec. Ils nous sont imposés, écrit-il, par le régime d'unification des familles et par celui des réfugiés politiques. Un autre lecteur lui rétorque que les immigrants qui sollicitent leur admission à titre de membres de la catégorie des parents aidés doivent posséder un certificat de sélection du Québec.

On peut donc difficilement dire qu'ils nous sont imposés par Ottawa! Rappelons en plus que l'article 16 de l'accord Gagnon-Tremblay-McDougall stipule que ces arrivants doivent correspondre aux critères de sélection établis par le Québec. Quant aux réfugiés politiques, un Québec indépendant ou totalement souverain en termes d'immigration ne pourrait pas plus les choisir qu'actuellement. Car il devrait bien lui aussi en accepter et on peut penser que les modalités pour ce faire ne seraient pas très différentes de celles du Canada.

Ledit commentateur ajoute aussi que, dans la région de l'Estrie, 55% des immigrants sont des réfugiés. Je n'ai pas pu confirmer ces chiffres, mais ils me surprennent. Selon les données offertes par le Ministère de l'Immigration et de la diversité culturelle du Québec, en 2013, 8,1% des immigrants reçus étaient des réfugiés politiques. Il apparaît donc peu probable qu'une concentration aussi importante se retrouve dans une seule région. Mais on concédera que c'est tout de même possible.

C'est surtout la dernière affirmation qui doit être examinée avec attention. À savoir que ces réfugiés seraient des gens pauvres et sous-scolarisés qui viendraient appauvrir le Québec. Il n'y a pas de statistiques connues qui viennent confirmer ou infirmer cette réalité. Mais dans un livre de 2011, Le Remède imaginaire, publié aux éditions du Boréal, les auteurs Benoit Dubreuil et Guillaume Marois avancent que les immigrants des quelque dix ou quinze dernières années auraient coûté plus cher au Québec que ceux des cohortes précédentes, en partie parce qu'ils sont plus scolarisés.

Car s'ils le sont suffisamment pour en faire des candidats de choix à l'immigration, selon les critères de sélection du gouvernement du Québec, cela ne veut pas dire que les diplômes qu'ils possèdent seront ici reconnus ou que leur expérience sera facilement transférable. Ce serait plutôt l'inverse, surtout quand ils œuvrent dans une profession règlementée par un ordre professionnel dont ils doivent obtenir l'aval pour pouvoir travailler dans leur domaine.

C'est une situation qui les amène à ne pouvoir tout de suite exercer la profession qui était la leur dans leur pays d'origine. Ils sont donc dans l'obligation de suivre une formation dans une de nos institutions collégiales ou universitaires, à nos frais, en quelque sorte. Ou alors ils doivent passer de nombreux examens au rythme, parfois, d'un tous les six mois.

Les immigrants peu scolarisés des années précédant cette période étaient moins portés à retourner sur les bancs d'école, plus pressés qu'ils étaient de trouver un travail, peu importe lequel parfois. Cela peut expliquer pourquoi les immigrants arrivés depuis plus de quinze ans ont un revenu équivalent à ceux des natifs en 2005. La situation est cependant moins rose pour ceux qui sont ici depuis moins longtemps.

Leur intégration au marché du travail est plus difficile et leur taux de chômage est souvent supérieur à celui des natifs. En plus, quand ils travaillent, leur revenu est moindre et ils paient par conséquent moins d'impôts. Tous ces éléments nous forcent donc à conclure que, depuis à peu près l'an 2000, les immigrants ont donc, en termes d'argent, représenté davantage un passif qu'un actif pour la société québécoise. Cette réalité est souvent ce que vivent les pays avec un filet social plus étoffé. Ceux qui n'en offrent aucun ne rencontrent pas de tels problèmes dans l'intégration de leurs immigrants, pour des raisons évidentes.

Évidemment, ce sont là des éléments qui viennent nourrir l'argumentaire de ceux qui voudraient voir diminuer le nombre d'immigrants acceptés au Québec.

En fait, il faudrait plutôt se poser des questions quant aux critères de sélection du gouvernement du Québec. Peut-être ceux-ci seraient-ils à réviser? Les ordres professionnels devraient peut-être aussi s'interroger. Il est maintenant connu que, pour un médecin étranger, il est préférable d'immigrer en Ontario qu'au Québec. Il parviendra à y travailler comme médecin après un plus court laps de temps.

C'est donc au prix de certaines révisions de nos pratiques que pourra se faire une intégration plus harmonieuse et plus enrichissante. Car le Québec a besoin de ses immigrants. Il a besoin que ceux-ci puissent accéder à une certaine aisance, à l'égal des natifs qui ont une scolarité équivalente.

À moins d'adopter l'autre option, pour contrer le déséquilibre démographique générationnel qui commence à se faire sentir chez nous, qui serait de retourner dans le passé des trente dernières années et de faire plus d'enfants que nous n'en avons faits!

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