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26/03/2015 09:16 EDT | Actualisé 26/05/2015 05:12 EDT

L'immigration: une affaire québécoise

Il est toujours dommage de constater combien la stratégie politique finit par l'emporter sur la raison et le fond des choses. Et ce, autant pour les politiciens que pour ceux qui, attachés à leurs pas, en commentent les actions.

Pierre-Karl Péladeau a certes commis un faux pas quand il a déclaré que les immigrants représentaient un obstacle pour l'indépendance du Québec et qu'il faudrait donc se dépêcher de tenir un référendum avant que ceux-ci ne deviennent trop nombreux. Le formuler ainsi, c'est se résigner devant le fait que ceux-ci ne voteront jamais pour un tel projet et qu'il est même peine perdue de chercher à avoir leur appui. Belle preuve de pugnacité! Et d'ouverture d'esprit! Comment peut-il être possible après tout cela d'aller vers eux et de leur tendre la main? Et, dans le cas de Pierre-Karl Péladeau, d'aspirer à être un jour le premier ministre de tous les Québécois?

On connaît la suite des choses! Le fautif, sans s'amender, tente de corriger le tir puis, de guerre lasse, s'excuse de sa remarque inappropriée.

À gauche comme à droite, on s'est émus de cette erreur stratégique. Mais on a un peu trop vite oublié la teneur des affirmations de M. Péladeau. Selon lui, c'est le gouvernement fédéral qui prend en charge les immigrés venus s'installer ici. Maka Koto en a rajouté en évoquant sa propre arrivée en terre canadienne. Ce serait, juge-t-il, le contrôle d'Ottawa sur l'immigration qui fait des néo-Québécois des fédéralistes, comme lui l'a été à son arrivée!

Or, dans l'accord Gagnon-Tremblay-McDougall , datant de 1991, il est stipulé que le Québec est seul responsable de la sélection des immigrants à destination de cette province et que le Canada doit admettre tout immigrant à destination du Québec qui satisfait aux critères de sélection du Québec. Le contrôle d'Ottawa sur l'immigration serait donc une vue de l'esprit.

Cet accord a quelque peu changé la donne. D'abord, il devient de plus en plus notoire qu'il peut être plus facile d'immigrer au Québec qu'au Canada. Donc, le Québec est devenu un choix d'immigration, à parts égales avec le Canada. Ensuite, les candidats à l'immigration au Québec suivent un processus d'abord québécois. Il est clair pour eux qu'ils vont immigrer au Québec. Ils reçoivent même un document qui officialise la chose : le certificat de sélection du Québec. Si bien que l'état qui les accueille est très nettement pour eux celui du Québec. Et il est normal d'éprouver, de façon naturelle et instinctive, un sentiment de gratitude à l'égard de ceux qui vous acceptent et vous ouvrent les bras.

Aussi, à leurs yeux, l'existence d'un courant indépendantiste est certes surprenante mais leur réaction à cette réalité est réservée. Nos hôtes, se disent-ils, doivent bien avoir une raison pour montrer de telles velléités d'indépendance!

La situation qui prévalait avant cet accord était assez différente et les réactions plutôt négatives des immigrants à l'égard de la cause indépendantiste, assez compréhensibles. Pensez-y! Vous immigrez dans un pays que vous voyez comme un modèle de tranquillité et de paix, sans aucun de ces troubles et agitations politiques qui sont peut-être monnaie courante dans votre contrée d'origine. Ensuite, vous partiez pour le Canada et vous arrivez au Québec. On vous accueille en français, alors que vous croyiez peut-être le Canada totalement unilingue anglophone. Assez rapidement, vous apprenez que, dans ce havre de quiétude, il y a un parti qui veut faire l'indépendance de la province et diviser ce grand pays canadien. Vous vous sentez, nécessairement, trahi et ce ressac émotif vous conduit invariablement à reporter l'amertume de vos espoirs déçus à l'endroit de ceux qui risquent, croyez-vous, de précipiter ce paradis dans le chaos. D'autant plus que votre expérience de telles situations vous porte à croire que cette indépendance ne peut être acquise sans violence.

Ces réactions très vives, je ne dis pas qu'elles n'existent plus mais elles sont fortement tempérées par le fait qu'un nouvel arrivant ait été d'abord accepté par une entité qui est pour lui le Québec et non le Canada.

Voilà pour la réalité de l'immigration au Québec. Il est inquiétant de voir que Pierre-Karl Péladeau n'en sache rien. En plus, il est difficile de croire que les principaux acteurs de ce récent dérapage ne la connaissent pas.

Pourtant, personne, parmi ces gens qui vont d'un ancien ministre péquiste à l'actuelle ministre de l'immigration, n'a pensé à donner l'heure juste!

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