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07/02/2019 11:29 EST | Actualisé 07/02/2019 11:29 EST

«Le songe d’une nuit d’été»: un pari astucieux relevé par les arts circassiens

Prendre le parti de monter cette œuvre en l'associant aux arts circassiens était une excellente idée.

Stéphane Bourgeois
Les décors, dont font partie les acrobates, rendent très bien l'aspect fantasque de la forêt et de ses êtres invisibles qui se jouent des humains pendant qu'ils dorment tranquillement dans leurs lits.

Shakespeare a beaucoup dû s'amuser en concevant sa comédie Le songe d'une nuit d'été. Différents lieux, différentes situations, différents types de personnages, différentes dates du calendrier... avec pour seul point commun qu'ils sont tous incompatibles les uns avec les autres... Peut-être a-t-il pensé qu'il s'agissait là des conditions idéales pour faire ressentir aux spectateurs éveillés tout ce que peuvent contenir leurs rêves de la nuit?

À la veille du 1er mai, le duc Thésée s'apprête en grande pompe à épouser Hyppolyta. Au même moment, quatre jeunes Athéniens — Hermia qui refuse l'amour de Démétrius pour celui de Lysandre, et Helena que personne n'aime encore — se poursuivent amoureusement dans la forêt à la manière de certains rituels pour la Saint-Valentin, soit le 14 février.

Dans cette forêt où règne Obéron (le roi des fées) qui se querelle avec sa reine Titania, Puck, un esprit espiègle, pose un philtre d'amour sur les yeux des dormeurs et transforme en âne Botton, le plus rustre des ouvriers qui préparent une représentation de Pyrame et Thisbée pour les noces de Thésée. Voici résumée The midsummer nigth's dream, soit le songe de la Saint-Jean en plein cœur de l'été, c'est-à-dire le 24 juin...

Prendre le parti de monter cette œuvre en l'associant aux arts circassiens est une excellente idée.

Dans ce qui apparaît, à première vue, comme un joli fouillis théâtral encore discuté par les spécialistes de Shakespeare, des drames, des farces, du grotesque et même de l'obscène, à quoi s'ajoutent musique et chansons, ponctuent l'une des comédies les plus énigmatiques de Shakespeare. Prendre le parti de monter cette œuvre en l'associant aux arts circassiens est donc une excellente idée. Et c'est ce que propose La Tohu dans une collaboration entre la compagnie de théâtre du Trident et les acrobates de Flip Fabrique.

Le songe d'une nuit d'été, ici traduit par Michelle Allen, est légèrement raccourci et adapté pour ne durer que deux heures. La pièce débute dans la chambre à coucher d'un jeune homme qui, ayant abandonné son casque audio et la consultation de son cellulaire, s'endort sous sa couette, revêtu de son pyjama.

Or, voici que déboulent à grand bruit Thésée et Hyppolyta, qui s'adonnent à une guerre d'amour et laissent même quelques flèches plantées — pour de vrai — dans le mur de la chambre. D'autres personnages de la pièce arrivent encore et le jeune homme est désigné presque contre sa volonté pour jouer ou, du moins, lire le rôle de Lysandre dans le livre qui contient le texte de la comédie.

Ce démarrage est particulièrement astucieux et il n'a pas été prévu ainsi par Shakespeare.

Il donne une nouvelle dimension au rêve, le songe d'une nuit d'été étant montré comme étant celui de Lysandre qui finit par y pénétrer pour de bon et à y jouer son rôle impeccablement. Et tout l'environnement de l'œuvre est agrémenté des acrobaties des acteurs qui s'intègrent comme il se doit à leur jeu théâtral.

Acrobaties au sol très bien chorégraphiées, trampoline, mat chinois, disparition des personnages dans un vide mystérieux, cette touche d'art circassien rend le décor de la forêt encore plus magique, et il aurait même pu être encore accentué selon moi pour mettre à l'honneur l'art du cirque.

Le résultat est très plaisant. Le comique des ouvriers est plein d'autodérision. Les décors, dont font partie les acrobates, rendent très bien l'aspect fantasque de la forêt et de ses êtres invisibles qui se jouent des humains pendant qu'ils dorment tranquillement dans leurs lits.

Cet article a aussi été publié sur pieuvre.ca


Le songe d'une nuit d'été: du 30 janvier au 10 février 2019, à La Tohu à Montréal.

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