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11/12/2015 12:02 EST | Actualisé 11/12/2016 05:12 EST

«La LNI s'attaque aux classiques»... de l'Histoire du théâtre avec un grand H

L'audace et la prise de risques est bien ce qui caractérise la LNI, et constitue sa force. C'est peut-être aussi pour cette raison que le théâtre présenté au Québec est d'une si grande qualité.

Dire que «la Ligue nationale d'improvisation s'attaque aux classiques», c'est dire qu'elle ne craint pas d'affronter une tâche plus que délicate et périlleuse. Des tragiques grecs au théâtre de l'absurde, en passant par Shakespeare, Molière, Tchekhov, Brecht, Tremblay et le théâtre romantique, la LNI (en collaboration avec Espace Libre) propose huit spectacles et autant de premières d'improvisation inspirées chacune par l'un de ces huit courants de l'Histoire du théâtre avec un grand H.

Jeudi soir, c'était si l'on peut dire la première des premières.

La tragédie grecque était au programme pour la troupe constituée de trois acteurs, d'un metteur en scène également responsable de l'environnement sonore, d'un éclairagiste - les cinq dans l'exercice acrobatique de l'improvisation - et d'un homme de savoir capable de fournir les balises structurelles et conjoncturelles de chacun de ces grands moments de l'histoire du théâtre. Le spectateur y a trouvé son compte, autant en terme d'émotion cathartique que de rires, de réflexion que d'acquisition du savoir.

Pour ces huit soirées, les règles du jeu d'improvisation sont simples et la soirée se divise en plusieurs temps soigneusement chronométrés.

Dans le premier qui dure 60 minutes, le spécialiste de théâtre, Alexandre Cadieux, propose à la salle et surtout aux acteurs un résumé didactique de ce qui caractérise le courant théâtral au programme.

Ce riche exposé n'est nullement rébarbatif, non seulement parce qu'il est pertinent mais aussi parce qu'il est le prétexte à une grande diversité de jeux d'improvisation imposés aux trois acteurs, sous la direction de leur metteur en scène François-Étienne Paré.

Ce premier temps du spectacle ressemble un peu à une séance de jeux d'écriture de l'Oulipo qui consiste, paradoxalement, à libérer sa créativité sous l'effet de contraintes. Mais là, il n'est pas seulement question d'imaginer une histoire et des dialogues. C'est l'ensemble du jeu scénique, dans toutes ses dimensions, qui est expérimenté par les acteurs et leur metteur en scène, sachant que 60 minutes, ce n'est vraiment pas beaucoup pour l'ampleur d'une telle tâche...

Ces jeux difficiles auxquels se soumettent les artistes sans préparation aucune, montrent leur à-propos, leurs faiblesses également ou les anachronismes qu'ils produisent involontairement. Ils sont l'occasion de bien des rires mais aussi de sentiments d'étonnement et d'admiration pour certaines trouvailles brillantes soutenues par le professionnalisme et la présence des acteurs.

Leur objectif est de fournir une banque de données au spectacle présenté dans la deuxième partie du spectacle de 30 minutes exactement. Entre-temps, une pause de 10 minutes est laissée aux protagonistes pour élaborer l'ébauche de la pièce: une tragédie censée être exhumée du corpus de celles de l'antiquité grecque dans le cas de la première. Difficile d'imaginer exercice plus périlleux et risqué...

Après dix minutes seulement, pendant lesquels l'équipe du spectacle ne chôme pas, les trois acteurs réapparaissent pour présenter la pièce finale.

Le spectateur a-t-il eu l'impression d'assister à une des nombreuses pièces disparues de Sophocle ou d'Euripide? L'exercice était d'autant plus difficile dans ce cas que les tragédies grecques sont plus souvent lues que représentées sur scène et, en tout cas, jamais dans les conditions où elles l'étaient il y a plus de 2000 ans. Le pari a été toutefois gagné selon moi. Et l'émotion ressentie devant la situation tragique de la pièce s'est enrichie de réflexions sur la présence, la gestuelle, l'inspiration mais aussi le travail d'équipe et la réactivité de chacun des protagonistes.

Tous ces détails et d'autres ont pu être discutés après les applaudissements, quand l'équipe s'est présentée aux spectateurs qui souhaitaient donner leurs impressions et leur poser des questions. Un témoignage de leur grande générosité et de leur désir insatiable de se remettre en question et de se parfaire dans leur art.

L'audace et la prise de risques est bien ce qui caractérise la LNI, et constitue sa force. C'est peut-être aussi pour cette raison que le théâtre présenté au Québec est d'une si grande qualité.

La LNI s'attaque aux classiques, du 10 au 19 décembre 2015 à Espace libre à Montréal.

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