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26/01/2019 06:00 EST | Actualisé 26/01/2019 06:00 EST

«L'Arabe du futur»: l'incontournable classique

Portrait saisissant d'une adolescence hors du commun, le nouvel opus de la série est sans aucun doute son meilleur. Une œuvre majeure, un chef-d'œuvre.

Ah, l'adolescence, quel beau sujet! Intarissable vivier pour de réjouissantes bluettes pleines d'enthousiasme et de sourires. Mais l'adolescence ce n'est pas toujours ça; c'est beaucoup plus que cela.

Écartelé dans l'Occident aux 7 péchés

Je n'aurais jamais cru que c'était possible. Mais, il faut bien que je l'admette, Riad Sattouf m'a encore une fois impressionné avec son Arabe du futur, dont le 4e tome est sorti un peu avant les Fêtes de fin d'année.

Comme à l'accoutumée, on retrouve dans ce nouvel opus son immense talent narratif, ses observations judicieuses sur l'absurdité des adultes et sur les différences entre la société française et certaines franges de sociétés arabes, son affection pour ses personnages et ses souvenirs évocateurs et attachants. Bref, les caractéristiques qui avaient fait des trois albums précédents des classiques de la bande dessinée dès leur parution.

Mais ici on y retrouve aussi un petit quelque chose qui lui permet d'aller beaucoup plus loin dans sa réflexion et qui n'était peut-être pas là dans les trois premiers épisodes. C'est peut-être son humanisme ou encore son questionnement sur la religion, l'identité et l'adolescence, beaucoup moins présents dans les autres bandes dessinées de la série.

Courtoisie

Ce 4e tome nous présente cette fois-ci un Sattouf qui entre de plain-pied dans l'adolescence, avec tout ce qu'elle implique de joie, de bonheur, de tristesse, de mal-être, d'incertitude et de remise en question.

Déjà difficile pour n'importe qui, celle du bédéiste, écartelé entre une France et une Syrie qui ne l'acceptent jamais tout à fait, est aussi teintée par le questionnement identitaire de celui qui sent isolé et rejeté.

Plus qu'une chronique sur l'adolescence, L'Arabe du futur, c'est un implacable portrait d'une famille qui se déchire, qui se détruit, empoisonnée par la pression sociale, les commentaires des autres, les rêves assassinés et les espoirs déchus de parents qui ne peuvent plus concilier et surmonter leurs différences.

Élevé par sa mère française, son père Syrien enseigne dans une université saoudienne. Riad, l'ado découvre les filles, l'amour et sa cruauté et les pavanes séductrices des mâles alpha de sa classe. Le tout sur le fond d'un monde qui se désagrège à mesure que son père vient le visiter en France.

Un père de plus en plus religieux, lui qui n'était pas pratiquant, qui bascule inexorablement vers le radicalisme. Ses séjours deviennent alors, pour le jeune Sattouf, l'occasion de subir ses longs monologues sur le pouvoir néfaste des Juifs, le complot contre les Arabes, la déchéance de l'Occident aux mains de Satan et l'immoralité des Françaises, surtout sa femme, qui refusent de se soumettre aux hommes.

Portrait saisissant d'une adolescence hors du commun, le nouvel opus de la série est sans aucun doute son meilleur. Et la conclusion dramatique annonce des perspectives qui devraient rendre le prochain encore plus mémorable.

Plus qu'une BD trempée dans la plume rassurante de la nostalgie bienveillante, L'Arabe du futur est une œuvre forte, qui bouleverse, qui dérange, qui interpelle et qui fait réfléchir au sort de ces adolescents à cheval entre deux cultures. Une position difficile à tenir pour tous ces gamins, aussi forts soient-ils.

Une œuvre majeure, un chef-d'œuvre.

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Le courage tranquille

Le 30 juin 2017, la France, l'Occident et la planète perdaient une de ses plus importantes humanistes, Simone Veil, née Jacob, rescapée de la Shoah, ardente adversaire de la misogynie, du sexisme et partisane de l'égalité et de la dignité des femmes.

Simone Veil va survivre à cet enfer nazi et devenir cette grande dame qui mettra toute sa fougue et son énergie à défendre les moins nanties de la société.

Ces combats, elle les porta sur tous les terrains, et même jusqu'au gouvernement où elle occupera le poste de ministre de la Santé. Nommée par le président Valéry Giscard d'Estaing, elle fera adopter la loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse.

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Pour lui rendre hommage et pour faire découvrir l'immensité et la richesse de son travail, Hervé Duphot et Pascal Bresson ont décidé de s'atteler à Simone Veil: l'immortel, une bande dessinée autant captivante qu'essentielle sur cette grande Française.

Paris, 26 novembre 1974, la triste pluie de novembre accueille Simone Veil qui s'engouffre dans son automobile de fonction. Avec son plus proche conseiller, elle révise la plus importante intervention de sa carrière de politicienne. Dans quelques minutes, elle devra s'adresser aux députés de l'Assemblée nationale. Elle qui a survécu aux horreurs des camps d'extermination nazis doit maintenant convaincre ses pairs de voter en faveur du projet de loi décriminalisant les IVG. Un combat loin d'être gagné d'avance surtout dans une France encore conservatrice.

À l'instar des journalistes qui assistent aux débats, les deux bédéistes font un compte-rendu passionnant de cet instant important, y intégrant des pans significatifs de son adolescence dans cette France de Vichy antisémite et dans le terrifiant camp d'Auschwitz-Birkenau.

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D'une force intérieure exceptionnelle, d'une ténacité notable, d'un pacifisme redoutable et d'une insatiable volonté de convaincre et de débattre respectueusement, Simone Veil va survivre à cet enfer nazi et devenir cette grande dame qui mettra toute sa fougue et son énergie à défendre les moins nanties de la société.

Ce dont je suis convaincu, c'est qu'à la conclusion de la bande dessinée, nous ne pouvons que nous incliner devant sa grande humanité et l'importance de sa contribution à l'humanité.

Je ne sais pas si c'est son passage à Auschwitz-Birkenau qui en fait cette géante, je ne sais pas si c'est dans cet horrible blanc qu'elle a découvert toute sa force intérieure, mais j'ose le croire. Ce dont je suis convaincu, c'est qu'à la conclusion de la bande dessinée, nous ne pouvons que nous incliner devant sa grande humanité et l'importance de sa contribution à l'humanité.

Et pour les néophytes comme moi qui ne connaissaient d'elle que son nom, nous pouvons enfin prendre la mesure de toute la richesse de son dévouement. Et juste pour ça, Simone Veil: l'immortelle doit être une lecture obligatoire.


Riad Sattouf, l'Arabe du futur tome 4, Allary Éditions.

Bresson, Duphot, Simone Veil: l'immortelle, Marabout.

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