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12/01/2019 06:00 EST | Actualisé 12/01/2019 06:00 EST

«Hiver nucléaire»: malheureusement, toute bonne chose a une fin

Ces dernières années, je m'étais attaché à cette «Mad Max» féminine qui défiait les dangers de l'hiver nucléaire montréalais pour livrer son courrier. C'est maintenant terminé...

«Moi les poulettes c'est comme les carottes, j'aime bien les passer à la casserole... amoureusement sautées aux petits oignons!» Quand je lis ou j'entends une réplique aussi savoureuse et parfumée à la grammaire du milieu français des années 50, je tombe automatiquement sous le charme. Défile alors devant moi des tirades de Jean Gabin, Lino Ventura, Eddie Constantine ou Gil Jourdan.

C'est exactement ce plaisir que j'ai retrouvé en lisant le premier opus d'Atom Agency, la toute nouvelle série de Yann et Schwartz.

Courtoisie

Y a de la castagne dans l'air

Août 1949, Le Cannet. Alors que la journée s'annonce splendide pour l'Aga Khan, des malfaiteurs patibulaires interceptent sa voiture pour voler les bijoux inestimables de sa femme. Devant l'incapacité de la police française à trouver une piste convenable, Atom Vercorian, privé anonyme qui rêve du coup qui va lancer sa carrière, sa secrétaire Mimi et son nouvel associé, un ancien catcher baraqué connu sous le nom de JoJo la toupie, se lancent à la recherche des bijoux volés. Une enquête qui amènera le trio dépareillé à mettre au jour d'étranges amitiés entre policiers, anciens résistants et «pègreux» Corses.

D'habitude, je suis un peu perplexe devant les parodies à la OSS 117. Je trouve l'exercice injuste envers les créateurs de l'époque, un brin condescendant même, comme si nous nous trouvions supérieurs à eux. Et même si j'aime beaucoup Yann, j'ai toujours eu cette impression avec lui, entre autres à cause de son Bob Marone où il démantibulait le héros de ma jeunesse Bob Morane.

J'ai toujours trouvé qu'il jugeait sévèrement une certaine tradition populaire de la bande dessinée franco-belge.

Mais voilà, ici ce n'est vraiment pas le cas. Au contraire, c'est plutôt un hommage à ces histoires policières à la française que nous propose le tandem. Une véritable lettre d'amour à un polar typiquement français qui s'est beaucoup effacé devant l'omniprésence des productions anglo-saxonnes.

On sent, dès la première page de ces bijoux de la Bégum, tout l'amour que Yann porte au roman noir français. À travers ses textes et son intrigue, c'est toute la science du dialogue du grand Michel Audiard, de George Lautner, d'Auguste Le Breton, de Léo Malet, du Maurice Tilleux de Félix et de Gil Jourdan et des autres maitresèspolar que le bédéiste célèbre.

Courtoisie

Si Yann s'amuse comme un gamin tout au long des pages de l'album, que dire de Schwartz, qui, avec son trait dynamique pas loin du Yves Chaland de la grande époque, s'intègre merveilleuse bien dans cette bédé d'époque. Avec le résultat que le tandem concocte une nouvelle série réjouissante, qui démarre sur des chapeaux de roues et qui nous tient en haleine du début à la fin.

Si jamais Yann réussit à nouveau comme il l'avait fait avec Berthet avec son Pin up, hommage grandiose à Milton Caniff, je vais avoir du plaisir pour plusieurs années encore.

Ah que la neige a neigé

Autant je me réjouis de l'apparition d'Atom Agency, autant je suis triste avec la conclusion d'Hiver nucléaire de Cab. Entendons-nous, ce n'est pas parce que le 3e tome des aventures de Flavie est moins réussi que les deux autres, au contraire! Non, si je suis triste, c'est que c'est justement la dernière apparition de Flavie. Et en terminant sa lecture, j'ai ressenti un immense vide, comme celui qu'on ressent lorsqu'un ami quitte notre vie.

C'est que depuis ces dernières années, je m'étais attaché à cette Mad Max féminine qui défiait les rigueurs et les dangers de l'hiver nucléaire montréalais pour livrer son courrier et ses colis. Une grande responsabilité en cette époque troublée.

Dans ce troisième tome, Flavie en mission pour l'UQÀM, doit aller au bout de ses ressources dans l'endroit le plus inhospitalier du monde, la centrale de Gentilly-3. Cette quête lui permettra de mieux se connaitre et surtout de mieux juger ses proches.

Courtoisie

Ce troisième tome nous présente une Cab en pleine possession de ses moyens, qui a gagné en maturité graphiquement et scénaristiquement. Je ne sais pas si c'est l'influence d'Axelle Lenoir, avec qui elle a collaboré pour l'Esprit du Camp, mais il y a dans ce troisième tome une maitrise de l'intrigue et des personnages qui surprend autant qu'elle séduit.

Avec une assurance notable, Cab nous promène dans un univers qu'elle connait sur le bout de ses doigts et nous présente des personnages truculents merveilleusement bien intégrés, qu'on regrette de ne pas avoir vus plus longtemps.

Je ne sais pas ce qui va arriver à Flavie, mais il est certain que si Cab décide de nous balader encore dans son fertile monde, je serai partant pour vivre avec elle une nouvelle aventure nucléaire et hivernale.

C'est maintenant officiel, l'automne 2019 sera un automne Astérix, puisqu'un nouvel album est programmé. Quatrième collaboration entre Ferri et Conrad, ce nouvel opus se passera dans le petit village gaulois. Pour l'instant, c'est tout ce que nous savons.

En attendant la sortie de l'album, nous pourrons voir quelque part durant l'hiver le nouveau dessin animé d'Astérix, Astérix et le secret de la potion magique réalisé par Alexandre Astier.

Courtoisie


Yann, Schwartz, Atom Agency: Les bijoux de la Bégum, Dupuis.
Cab, Hiver Nucléaire 3, Front Froid.

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