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10/07/2018 06:00 EDT | Actualisé 10/07/2018 06:00 EDT

L’éducation, qu’est-ce que ça donne?

Vive le progressisme de dernière minute.

Westend61 via Getty Images

«Il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s'empêcher de lire, parce qu'il existe déjà des livres (dans les bibliothèques). J'aime mieux [que les commissions scolaires] achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées.»

Cette citation est celle d'un ministre de l'Éducation, M. Yves Bolduc, en août 2014. Vraiment. L'éducation qu'ossa donne?

Lors de la prochaine élection provinciale, quel sera l'enjeu qui dominera cette campagne? L'économie, l'immigration, la souveraineté et la santé tiendront probablement une grande part dans la rhétorique des chefs des différents partis politiques.

Si un enjeu se doit d'être valorisé davantage, non seulement lors des campagnes électorales, mais en tant de gouvernance, c'est bien celui de l'éducation.

Évidemment, l'éducation sera bien entendu de la partie, mais réussira-t-elle à tenir le haut du pavé? Compte tenu des enjeux de l'immigration au sud de notre frontière, il nous est permis de douter que le dossier de l'éducation soit à l'avant-scène en comparaison avec celui de l'immigration. Selon moi, le doute est d'autant plus logique, car lorsque les candidats sont dans le feu de l'action et que les campagnes électorales sont définies par des événements que nul ne peut prédire ou contrôler, l'éducation en règle générale n'obtient pas toute l'attention qu'elle mérite.

Et s'il y a bien un enjeu qui se doit d'être valorisé davantage, non seulement lors des campagnes électorales, mais en tant de gouvernance, c'est bien celui de l'éducation. Cette mise en valeur doit d'abord venir du gouvernement pour qu'entre autres celui-ci communique un message inspirant et pertinent aux parents, aux enseignants et aux autres parties prenantes.

Des propositions, des suggestions, des idées, des idées de projets ou bien des projets d'idées ont déjà commencé à circuler dans les programmes électoraux des différents partis politiques.

Tout d'abord, allons-y avec le parti au pouvoir qui, soudainement dans un élan de progressisme, y va de l'affirmation suivante: «Le système d'éducation que nous connaissons aujourd'hui est le symbole le plus éclatant du progressisme porté par le Parti libéral du Québec.»

Effectivement avec des coupes budgétaires de l'ordre de 350 millions de dollars et en plus des centaines de suppressions de postes, dont la majorité se trouvait à la Commission scolaire de Montréal, il est bien évident que pour ce parti le progressisme veut dire: «Donner à chacun la possibilité d'exprimer son talent selon ses aspirations.» Tout cela sans financement, sans personnel et un peu de saupoudrage électoral à moins de six mois des élections.

Vive le progressisme de dernière minute.

Cela dit, les autres partis politiques ne sont pas en reste. Voyons le deuxième parti de l'opposition, car le premier parti d'opposition semble en perdition depuis la mise au rancart d'un projet qui n'a pas été adapté au XXIe siècle. Alors, allons-y: «Voulez-vous que l'éducation devienne une véritable priorité?» Oui, mais encore. Il faut élaborer davantage sur les solutions qu'il faut y apporter: le projet de maternelle à quatre ans et l'obligation de demeurer sur les bancs d'école jusqu'à dix-huit ans ne sont que des pistes de solution, mais encore...

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La pointe de l'iceberg

Par contre, le premier parti de l'opposition, contrairement à son homologue du deuxième groupe, a élaboré un programme où tout y est, tellement qu'il y a sept thèmes principaux suivis de trente-sept sujets. Rendu à ce point, il faudra deux ministres de l'Éducation.

Nous ne pouvons nous permettre de banaliser l'éducation. Pensons seulement à l'enjeu de la pénurie de main-d'œuvre qui sévit en ce moment au Québec. Ceci n'est que la pointe de l'iceberg.

Ensuite, il faut que le gouvernement réinvestisse dans les infrastructures scolaires, ce qui est en fait la base, car les enfants doivent pouvoir évoluer dans un milieu qui est sain, sans craindre que le toit d'un bâtiment puisse s'effondrer.

Puis, il y a la question d'attirer du personnel de qualité: des enseignants, des professionnels, des éducatrices et des directeurs qui seront passionnés par leur travail et qui auront envie de faire une différence dans la vie de leurs élèves. Après, il y a la surpopulation dans les écoles dont certaines doivent ajouter des unités modulaires. Et cela sans compter la problématique du décrochage ainsi que le faible taux de littératie au Québec.

Trop souvent, il nous semble que l'éducation consiste en une guerre de chiffres et de mots et que les actions nécessaires au bien-être des élèves semblent dénuées de pertinence. Les politiciens doivent comprendre la réalité sur le terrain versus la réalité politique.

En fait, il s'agit d'un plus grand mandat. L'éducation sert à former les citoyens de demain, afin que ceux-ci contribuent à la société. L'éducation doit être inlassablement valorisée, tout d'abord par le gouvernement ainsi que toutes les autres parties prenantes. Ensemble, ils se doivent de travailler de concert à voir plus loin que leurs intérêts politiques, ou autres, et d'être en mission pour les jeunes. Et pour cela, il faut voir loin et grand. Ce que malheureusement la politique nous offre très peu, en ce moment.

Après le premier octobre prochain, espérons que le parti qui se hissera aux commandes du pouvoir y verra que l'éducation est un héritage à léguer et qu'il en vaut la peine de se dévouer afin de créer une société plus riche d'idées, d'innovations, mais surtout d'inspiration.

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