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21/01/2014 12:23 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Urgences-Santé en eaux troubles

Urgences-Santé défraie les manchettes depuis longtemps, que ce soit pour des moyens de pression, des grèves ou des événements problématiques. Néanmoins, la situation semble pire que jamais. Le manque de ressources, de personnels et de camions engendre des problématiques de gestion au sein de l'organisation. De plus en plus, nous voyons des vies être mises en danger. Je tiens à mettre certains faits à la lumière du jour, des faits qui doivent être pris au sérieux.

Le paroxysme

Le paroxysme des dernières semaines a été atteint le 6 janvier dernier. Cette journée était peu ordinaire, disons-le, mais il était tout de même facile de la prévoir et de l'anticiper. Malgré tout, plusieurs situations se sont avérées littéralement chaotiques. Le temps de réponse pour un appel considéré comme urgent lors de cette journée était de plus de 20 minutes! C'est trop, beaucoup trop même, selon les critères d'Urgences-Santé. C'est du jamais vu depuis la crise du verglas de 1998... sans la crise du verglas.

Lors du 6 janvier dernier, le nombre d'appels a été anormalement élevé: environ 800 appels au tournant de 15h, soit plus du double d'une journée normale atteint en milieu de journée. Les effectifs d'Urgences-Santé ne suffisaient tout simplement pas à répondre à la demande à un point tel où on a dû faire appel à trois compagnies de la Rive-Nord et de la Rive-Sud afin de ne pas dépasser les seuils critiques de temps de réponse.

De plus, lors de cette même journée, Urgences-Santé a dû déployer son niveau de contingence 2, qui est mis en place lorsque le système est saturé à 130%. Nous avons appris par le président du syndicat des paramédics d'Urgence Santé, Réjean Leclerc, que le ministère de la Santé et des Services sociaux a même été mis au courant de la situation critique. Cela arrive lorsque le système approche du niveau de contingence 3, c'est-à-dire lorsque le taux de saturation avoisine 160% et à ce moment, le système saute.

Deux fois la même semaine

Allons maintenant au 10 janvier dernier. Lors de l'incendie mortel survenu à Montréal dans le quartier Notre-Dame-de-Grace, il a fallu 35 minutes pour avoir une ambulance sur les lieux. Nous savons le résultat: deux morts. Nous ne faisons pas l'histoire avec des «si», mais quel aurait pu être le résultat si les paramédics avaient été sur place dans un délai raisonnable? Plus tard, lors de la même journée, aux alentours de 8h30, crise cardiaque au centre-ville de Montréal: 17 minutes de temps de réponse. Trois autres crises cardiaques dans le même avant-midi avec plus de 20 minutes de temps de réponse. Encore une fois, beaucoup trop long avant d'avoir une ambulance sur les lieux.

D'autres situations

Des situations comme celles du 6 et du 10 janvier, il y en a tous les jours. Je n'aurais pas assez de ce simple billet pour toutes les mentionner. Toutefois, je pourrais également parler du fait que, souvent, les paramédics ne prennent plus le temps de manger afin de répondre aux appels, car il n'est pas rare d'avoir plus de 40 demandes en attente.

Une autre situation très fréquente: l'allongement des quarts de travail. Il arrive très fréquemment que les paramédics se fassent demander de commencer plus tôt ou de finir plus tard, car il y a trop de demandes. Toutefois, les gestionnaires refusent d'accorder ces heures supplémentaires à certains employés puisqu'ils ont des quotas à respecter définis par la corporation d'Urgences-Santé et par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Cette restriction de personnel entraîne de nombreux cas d'épuisement au travail et d'accidents de travail. Environ 25% des paramédics seraient en arrêt de travail actuellement. Fait encore plus grave: selon le rapport Mishara publié en 2005 - un document plutôt caché par Urgences-Santé -, près d'un paramédic sur quatre aurait déjà pensé au suicide. Des conditions de travail que très peu de gens accepteraient. Et pourtant, elles font partie du quotidien de ceux dont le métier est de nous venir en aide.

Une situation connue de longue date

Le syndicat des paramédics tente depuis plusieurs années, avec de nombreuses revendications, d'améliorer la situation, mais les changements ne sont pas au rendez-vous. Et tout indique que les gestionnaires d'Urgences-Santé sont au courant depuis longtemps que de telles situations existent et peuvent se reproduire. Avec, entre autres, une population vieillissante, la demande ne cessera de croître. Le manque de ressources d'Urgences-Santé se fait de plus en plus sentir et cela ne s'améliorera pas à moins d'un coup de barre important. La solution passe par une valorisation du travail des paramédics et par l'augmentation des ressources de fonctionnement des compagnies ambulatoires. Il est plus que temps que les choses changent.

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