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26/05/2017 09:46 EDT | Actualisé 26/05/2017 09:46 EDT

Des exemples inspirants pour la gestion du risque d'inondation

Les inondations majeures qu'a connues le Québec dans les dernières semaines et la difficile période de rétablissement qui suivra nourrissent les réflexions sur la prévention et la gestion des inondations.

Les inondations majeures qu'a connues le Québec dans les dernières semaines et la difficile période de rétablissement qui suivra nourrissent les réflexions sur la prévention et la gestion des inondations, comme c'est le cas chaque fois que des événements similaires surviennent. Dans ce contexte, il nous semble pertinent de contribuer aux réflexions sur la prévention en exposant des outils européens de gestion proactive des inondations.

La directive européenne 2007/60/CE, nommée «directive inondation» (Parlement européen et Conseil de l'Union européenne 2007) impose aux pays membres d'établir ce que l'on appelle une Évaluation préliminaire du risque d'inondation (EPRI) sur l'ensemble de leur territoire. L'EPRI a pour but d'évaluer les risques d'inondation à l'échelle des principaux bassins versants. Des cartes des zones inondables, appelées en France enveloppes approchées d'inondations potentielles (EAIP), et des cartes des risques d'inondation doivent être préparées par chaque pays. Les cartes des zones inondables doivent couvrir les zones géographiques susceptibles d'être inondées selon les scénarios suivants: a) crue de faible probabilité ou scénarios d'événements extrêmes; b) crue de probabilité moyenne (qui survient en moyenne environ aux 100 ans); c) crue de forte probabilité, qui survient fréquemment.

La période de retour d'une crue (par exemple, 100 ans) correspond au temps statistique entre deux occurrences d'un événement naturel d'une intensité donnée. Il est toutefois plus juste de considérer cette récurrence en termes de probabilité, soit que chaque année il y a 1% de chance qu'une crue centennale survienne. Il est à noter que les périodes de retour des crues examinées dans les EPRI vont jusqu'à 1000 ans (donc 0,1% de chance de survenir chaque année), par exemple en Angleterre, en Irlande et en Finlande, et toutes incluent des récurrences allant jusqu'à au moins 200 ans. Au Québec, les modélisations hydrauliques existantes ne délimitent que les zones inondables d'une récurrence de 20 et 100 ans. Elles sont aussi très parcellaires, ne couvrant généralement que de petites superficies, et ont été réalisées selon des méthodes variées, ce qui donne lieu à une incertitude variable d'un endroit à l'autre.

L'EPRI est fondée sur des informations disponibles ou pouvant être aisément déduites. L'évaluation du risque doit considérer les conséquences négatives potentielles pour la santé humaine, l'environnement, le patrimoine culturel et l'activité économique associée à une inondation. La méthodologie mise en place pour la réalisation des EPRI est laissée à la discrétion des États membres de l'Union européenne. Chaque État a donc réalisé dès 2011 une EPRI de manière autonome, conformément à la directive inondation.

En plus de la vision d'ensemble, les EPRI permettent d'identifier les zones les plus à risque et pouvant nécessiter une attention particulière. Dans ces rapports, on présente des cartes détaillées de la population située dans les zones potentiellement inondables (EAIP), ainsi que le nombre d'emplois, de bâtiments sans étages (donc plus à risque) et d'établissements hospitaliers.

Il n'existe pas à l'heure actuelle d'étude au Québec dressant le portrait des risques d'inondation à l'échelle de la province, et l'analyse des aléas et des risques y est effectuée de façon fragmentaire.

Il n'existe pas à l'heure actuelle d'étude au Québec dressant le portrait des risques d'inondation à l'échelle de la province, et l'analyse des aléas et des risques y est effectuée de façon fragmentaire. Pour pallier ce manque d'information sur les risques d'inondation, le ministère de la Sécurité publique a lancé en 2016 un projet de recherche ayant pour objectif de réaliser une EPRI au Québec, dont nous sommes les chercheurs responsables. Notre projet se limite pour l'instant à déterminer une méthodologie pour modéliser de façon automatisée les zones potentiellement inondables (EAIP) à partir de données d'élévation très précises, appelées LiDAR. Nous faisons toutefois face à un problème de taille quand vient le temps de valider les résultats issus des modèles, car les données historiques sur les niveaux d'eau atteints par les crues historiques au Québec sont très rares. Une réflexion est en cours pour mettre en place une procédure normalisée de cueillette et de partage de ces informations, comme c'est le cas en France depuis plusieurs années. Une couverture complète des données LiDAR pour l'ensemble du sud du Québec est prévue en 2022, ce qui permettra d'appliquer éventuellement la méthodologie développée à l'ensemble du Québec méridional puisque les données précises d'élévation sont au cœur de l'approche.

Depuis 2015, les pays européens ont aussi tous dû établir un plan de gestion des risques d'inondation (PGRI) qui doit être réexaminé aux 6 ans, tout comme les cartes d'inondation et les EPRI. Les PGRI englobent tous les aspects de la gestion des risques d'inondation et mettent l'accent sur la prévention, la protection et la préparation, ce qui inclut la prévision des inondations et les systèmes d'alerte précoce pour chaque bassin hydrographique. L'accès pour tous à ces informations est un aspect clé, avec par exemple en Angleterre un site Internet où l'on peut en temps réel vérifier par adresse, pour l'ensemble du pays, si l'on se trouve dans un secteur à risque ou non (https://flood-warning-information.service.gov.uk/). Les plans de gestion des risques d'inondation peuvent également comprendre l'encouragement à des modes durables d'occupation des sols, l'amélioration de la rétention de l'eau, ainsi que l'inondation contrôlée de certaines zones en cas d'épisode de crue.

En somme, il nous reste beaucoup de travail au Québec pour développer ce type de plan de gestion des inondations, mais des modèles inspirants existent pour y parvenir, ainsi qu'une expertise scientifique adéquate pour les adapter localement. Si la volonté politique y est, ce qui implique nécessairement un financement conséquent, comme ce fut le cas en Europe où il a été démontré que les avantages d'une gestion adéquate des risques d'inondation dépassent souvent largement les coûts, il est assurément possible d'envisager au Québec une approche équilibrée de prévention, de protection et de préparation pour mieux faire face aux prochaines inondations.

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