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27/02/2019 11:04 EST | Actualisé 27/02/2019 11:05 EST

Légalisation du cannabis: le Canada passe à l'histoire, pas pour les bonnes raisons

Comment rater la mise en marché d’un nouveau produit maintenant légalisé? Réponse: procéder exactement de la même façon que le gouvernement canadien.

LPETTET via Getty Images
Il est tout à fait normal que plus de Québécois aient déclaré consommer du cannabis dernièrement, maintenant qu’il est légal.

Cela fait un peu plus de quatre mois que le cannabis est légal au Canada. Une bonne partie de la population canadienne attendait avec impatience ce moment depuis longtemps. C'était un moment historique que je croyais ne jamais connaitre de mon vivant. Et... quel cafouillage!

Comment rater la mise en marché d'un nouveau produit maintenant légalisé?

Réponse: procéder exactement de la même façon que le gouvernement canadien. Le Canada passera à l'histoire, mais pas pour les bonnes raisons. De nombreux États américains avaient déjà vécu ces problèmes et nous aurions pu tenir compte de leur expérience, surtout celle concernant la demande et les inventaires. Ceux qui voudront en savoir plus à ce sujet pourront consulter mon précédent blogue.

Malheureusement, cette légalisation trop hâtive aura eu tous les effets contraires des objectifs qui étaient de retirer ce marché des mains de la mafia et du crime organisé. Maintenant les clients savent à qui s'adresser pour la fiabilité, et ce n'est pas dans les établissements mandatés!

Du pot en pot

J'ai goûté quatre sortes de cannabis qui provenait de la SQDC (enfin, celles qui restaient...). À mon humble avis, il s'agissait d'un produit de bonne qualité dans un seul cas, les trois autres échantillons étaient «ordinaires».

Néanmoins, ils avaient tous la même caractéristique: ils étaient tous trop secs, beaucoup trop secs. Un cannabis sec devient fort au goût et a tendance à faire tousser. Ils étaient tous dans ces pots (eh oui, sans jeu de mots!) de plastique avec un bouchon qui se visse et qui vous font de si jolies poches lorsque vous les transportez...

Je vous conseille d'entreposer votre cannabis dans un petit pot ou préférablement dans un sac étanche en plastique épais et de le garder à l'abri de la lumière.

Le problème est que le volume d'air dans ce pot est beaucoup trop grand par rapport à la quantité de cannabis contenu, surtout si c'est une quantité de 3,5 g. Je vous conseille d'entreposer votre cannabis dans un plus petit pot ou préférablement dans un sac étanche en plastique épais et de le garder à l'abri de la lumière.

Les Québécois consomment davantage depuis la légalisation?

Les médias nous annonçaient dernièrement que, selon Statistique Canada, la consommation de cannabis a augmenté au Québec depuis la légalisation. Le nombre de consommateurs de 15 ans et plus serait passé de 727 600 à 939 600, ce qui représente une augmentation de presque 30%.

Je pense que cette interprétation est erronée et ne s'attarde qu'à la lecture des chiffres. Une partie de cette augmentation est due au même phénomène que l'on a remarqué dans tous les autres endroits ayant légalisé le cannabis. C'est une hausse temporaire qui devrait s'estomper peu à peu.

Il est tout à fait normal que plus de Québécois aient déclaré consommer du cannabis dernièrement, maintenant qu'il est légal.

Avant la légalisation, la population québécoise avait un accès très restreint au cannabis. Les autres provinces étaient beaucoup plus libérales dans ce domaine. Il y a longtemps que la Colombie-Britannique et l'Ontario toléraient les commerces et les cliniques qui avaient pignon sur rue. Il était extrêmement facile de se procurer du cannabis en rencontrant un médecin qui vous fournissait une prescription pour la consommation thérapeutique. Les sites web où l'on pouvait commander différents produits y étaient déjà nombreux, alors qu'ils étaient inexistants au Québec.

Le seul moyen de se procurer la «substance» était dans l'illégalité

La situation était très différente au Québec. L'ordre des médecins a toujours été très conservateur et les médecins qui acceptaient de donner une prescription pour se procurer du cannabis étaient très rares.

Bon nombre de Québécois allaient chercher leur prescription en Ontario. Contrairement à l'Ontario et à la Colombie-Britannique, la police ne tolérait pas le commerce du cannabis dans certaines «cliniques» qui existaient avant la légalisation.

Le seul moyen de se procurer la «substance» était l'illégalité. Et c'était le moyen qu'utilisaient les consommateurs ne pouvant accéder légalement au produit. Dans ces conditions, comment voulez-vous que le consommateur québécois déclare publiquement qu'il consomme du cannabis alors que nous avions un des systèmes des plus répressifs au Canada. Je pense que les données recueillies sur la consommation du cannabis au Québec étaient initialement tout simplement biaisées à cause de ce facteur.

Les producteurs illégaux, tous des mafieux?

Tous des membres de la pègre?

En parlant d'illégalité, j'aimerais éclaircir un point. On a trop tendance à associer le milieu criminel à la vente de cannabis. C'était vrai voilà quelques années, mais les choses ont changé depuis.

Il y a longtemps déjà que la mafia et la pègre ont changé de commerce pour des produits beaucoup plus payants et discrets que le cannabis.

Ils ont opté depuis longtemps pour le chimique et d'autres activités plus lucratives. Une partie de la pègre continue de faire le commerce du cannabis, mais un bon volume est produit par des petits producteurs qui arrondissent leurs fins de mois et qui n'ont aucun rapport avec le monde interlope.

Le sujet est trop vaste

Dans mon prochain texte, je vais faire mes recommandations au gouvernement caquiste sur l'encadrement légal existant et les futures mesures qu'il entend prendre. Il a une vision, à mon avis, trop conservatrice et électoraliste qui, en plus, ne protège pas nécessairement les jeunes. Une vision qui risque de nuire à une industrie naissante déjà très en retard au Québec, comparativement aux autres provinces.

Suite au prochain épisode...

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