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09/11/2018 11:48 EST | Actualisé 09/11/2018 12:05 EST

La pénurie de cannabis au Canada est inacceptable

Comment se fait-il que le gouvernement canadien ait persisté à vouloir légaliser le 17 octobre à tout prix en sachant que l’inventaire ne suffisait pas à la demande?

Comment se fait-il que le gouvernement canadien ait persisté à vouloir légaliser le 17 octobre à tout prix en sachant que l’inventaire ne suffisait pas à la demande?
Victoria Bee Photography via Getty Images
Comment se fait-il que le gouvernement canadien ait persisté à vouloir légaliser le 17 octobre à tout prix en sachant que l’inventaire ne suffisait pas à la demande?

Nous assistons à une rupture des stocks pour de nombreux produits à travers le Canada, seulement quelques jours après la légalisation et l'ouverture du marché du cannabis. Il est important de décrier cette situation parce qu'elle est inacceptable pour les raisons suivantes:

Il existe des données très précises sur la consommation de cannabis des Canadiens. Celles-ci ont été publiées le 25 janvier 2018 sous le nom de «Compte économique sur le cannabis, 1961 à 2017». Ces données dressent un portrait relativement juste de la consommation. Il y aurait cinq millions de consommateurs âgés de 16 à 64 ans au Canada. Chaque consommateur achèterait une quantité moyenne annuelle de 160g de cannabis pour un montant de 1200$. Ce marché représenterait annuellement un volume de 800 tonnes pour un montant de six milliards.

Les inventaires étaient déjà très bas au début de l'année 2018

Les inventaires de tous les producteurs médicaux canadiens (les seuls autorisés à produire pour le récréatif, jusqu'à la légalisation) sont très bas depuis plusieurs années. Au mois d'avril 2018, ils étaient de 50 tonnes pour le cannabis séché et de 20 tonnes d'huile. La consommation totale canadienne, toujours selon Statistique Canada, serait d'approximativement de 800 tonnes annuellement. Les problèmes d'approvisionnement pointaient déjà sérieusement à l'horizon.

Comment se fait-il que le gouvernement canadien ait persisté à vouloir légaliser le 17 octobre à tout prix en sachant que l'inventaire ne suffisait pas à la demande? Il y a deux possibilités. Quelqu'un n'a pas fait son travail adéquatement ou le gouvernement canadien a préféré appliquer sa loi pour des raisons politiques tout en sachant que l'on ne pouvait répondre à la demande. L'un comme l'autre sont désolants.

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Aucune province n'a mentionné une pénurie évidente

L'autre question que l'on peut se poser est: comment se fait-il qu'aucune province n'ait abordé le problème d'inventaire pour retarder la légalisation? Ces provinces ont motivé des problèmes législatifs, des difficultés d'implantation d'une chaine de distribution en si peu de temps ou des difficultés d'harmonisation entre les lois municipales et provinciales ainsi que plusieurs autres raisons.

Mais aucune n'a invoqué les difficultés d'approvisionnement. Et c'était un problème majeur!

C'est une situation qui était tellement prévisible si on avait seulement consulté les inventaires et le manque de permis de production au début de l'année. Il y avait plusieurs projets en prévision ou en construction, mais aucun de ces producteurs n'était en mesure d'offrir une production avant le début de l'année 2019 et ceci en quantité limitée. La plupart de ces sites en sont à leur phase initiale de développement et ne fonctionnent pas à leur pleine capacité.

Producteurs: trop occupés par les acquisitions, ont-ils oublié la production?

L'attitude des mégas producteurs me laisse aussi un peu perplexe. Il est question de légalisation depuis plus de deux ans. Comment se fait-il que ces producteurs n'aient pas accru la capacité de production en fonction de la légalisation qui arrivait à grands pas?

Peut-être mettaient-ils trop d'énergie à la capitalisation et aux acquisitions dans le but de faire grimper la valeur de leurs actions? Depuis l'année 2017, nous assistons à des fusions et des acquisitions hors du commun dans le domaine du cannabis. Avec cette stratégie, les actions ont grimpé en flèche, mais la capacité de production n'a pas suivi et c'est ce qui crée le problème d'approvisionnement.

Un vrai pétard mouillé!

La légalisation? Elle était nécessaire. Mais cette légalisation est brouillonne et c'est inacceptable de la part de nos gouvernements. Tout ceci va avoir un effet désastreux avec l'objectif de contrer le marché de l'illégalité.

Le message que le gouvernement a envoyé est très clair. Nous ne pouvons faire face à la situation, retournez voir vos vendeurs illégaux qui sont plus fiables. Tout un message à donner à la population!

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