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19/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 19/05/2018 08:00 EDT

En Finlande, un système d'éducation au cœur de débats mondiaux

Le modèle d'éducation finlandais a contribué à susciter des réflexions sur l'éducation.

Max Pixel

Le système d'éducation finlandais fait l'objet d'une attention particulière depuis le début du XXI ième siècle. De nombreux intervenants en éducation, interpellés par les succès des élèves aux classements mondiaux, ont exploré ce système et y ont cherché l'inspiration en vue d'améliorer leurs pratiques. Au-delà des rumeurs et des opinions, nous explorons ici la genèse de ce système d'éducation et ses caractéristiques les plus marquantes.

Dans les années 1970 fut instaurée l'école fondamentale afin de garantir l'enseignement élémentaire égalitaire et gratuit à tous les enfants, indépendamment du lieu de résidence et du profil socioéconomique de leur famille. Au préscolaire et durant la scolarité obligatoire, manuels scolaires et transport sont gratuits. Le repas de midi aussi - depuis 1948. L'enseignement est financé par les fonds publics à hauteur de 11%, un pourcentage comparable à celui du Canada et des États-Unis. Pour les universités, les subventions de l'État prennent en compte la qualité et l'impact des activités ainsi que des ressources externes. De ce fait, l'État octroie 2,5 euros de fonds publics pour 1 euro privé.

Les jeunes finlandais peuvent fréquenter l'école maternelle à 6 ans, au choix des parents. À 7 ans commence la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, incluant le primaire et le premier cycle du secondaire. 99,7 % des élèves achèvent l'école fondamentale à l'âge de 16-17 ans. Ensuite, l'élève peut fréquenter le lycée général ou professionnel, puis l'université. Les filières ne sont pas cloisonnées entre l'enseignement professionnel et général. Les études supérieures sont gratuites et les étudiants peuvent bénéficier d'aides financières. L'éducation aux adultes est facilitée par des mesures de conciliation travail-études.

Les journées sont courtes, entrecoupées de récréations à l'extérieur et comportent environ une heure de moins qu'au Québec.

La Direction nationale décide du contenu des programmes, des principes d'apprentissage et d'évaluation, de l'orientation scolaire, des besoins spéciaux et du bien-être des élèves. Dans ce cadre, les communes et les écoles établissent leur projet pédagogique. Les journées sont courtes, entrecoupées de récréations à l'extérieur et comportent environ une heure de moins qu'au Québec. Comme ici, les élèves effectuent des travaux scolaires à la maison. La plupart des écoles ont des éducateurs spécialisés et souvent un assistant. Les élèves en difficulté reçoivent des ressources complémentaires. Les enseignants des 6 premières années sont titulaires d'une maîtrise en sciences de l'éducation et pour les deux dernières années, d'une maîtrise dans leur discipline et d'un diplôme pédagogique. Le système d'éducation a connu dans les années 2000, un rayonnement mondial, car les élèves ont fait très bonne figure aux tests PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) organisés tous les 3 ans par l'Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE). Il s'agit d'évaluer la façon dont les élèves appliquent les connaissances et compétences acquises à l'école et font face aux défis de la vie réelle. Le but serait de renseigner les pays sur la performance de leur système d'éducation... Rien de moins!

En 2000, la Finlande se classait 1ère en lecture, 4e en mathématiques et 3e en sciences. En 2006, elle était 2e en lecture, 1ère en mathématiques et première en sciences. Ces résultats ont entraîné de nombreuses visites d'intervenants scolaires de plusieurs pays, lesquels procurent d'ailleurs aux universités des bénéfices intéressants, en offrant des sessions de formation. Chercheurs et visiteurs ont souligné la formation rigoureuse des enseignants et leur prestige social, la liberté pédagogique et les conditions de travail, qui en font une profession recherchée. Pasi Sahlberg, pofesseur en éducation, invoque les avantages d'une gestion précoce des difficultés d'apprentissage, d'un tronc commun obligatoire et de longue durée et de l'autonomie locale.

On décèle pourtant d'importants bémols hors des documents officiels. Ainsi, une enseignante expérimentée souligne la disparité du niveau scolaire entre les écoles et constate que les élèves nantis subissent la pression des parents, car l'accès aux meilleurs établissements se base sur les notes ou l'examen d'admission. Sur le plan de l'égalité, l'écart de réussite entre les filles et les garçons est élevé dans les pays testés par PISA entre 2000 et 2009 au bénéfice des filles. Les professeurs de mathématiques constatent des carences; en lecture, le nombre d'élèves en difficulté augmente entre 2000 et 2009. Après la scolarité obligatoire, les jeunes rencontrent des difficultés à s'inscrire au lycée général et il en est de même pour l'enseignement supérieur.

À partir des années 2010, les résultats au PISA ont fléchi. La Finlande occupait le 4e rang en lecture, le 12e en mathématiques et le 5e en sciences. Malgré l'affirmation que les tests n'ont pas tant d'importance pour la Finlande, le pays s'est lancé, en 2016, dans une vaste réforme. En pédagogie, le projet abolit les barrières entre les matières et incite les élèves à chercher, analyser et traiter les informations, à l'aide d'outils informatiques. Désormais, le ministère de l'Éducation, tout en réitérant l'idéal égalitaire, affirme désormais la nécessité pour les élèves d'«acquérir des compétences en lien direct avec la vie active et les guides pour devenir entrepreneurs, participer et savoir influencer la société».

L'influence des PISA sur l'éducation a des détracteurs. Gabriel H. Sahlgren affirme que «ce tableau d'honneur particulier (...) n'est pas adapté pour étudier le degré d'assimilation d'autres compétences basées sur les mathématiques telles que l'ingénierie, l'informatique ou l'économie. Nathalie Bulle l'accuse d'affaiblir les systèmes nationaux et de modifier leur philosophie. Pour Luc Guérinel, on veut remplacer le savoir par des compétences utilitaires, destinées à répondre aux exigences de l'économie libérale des marchés.

Le modèle d'éducation finlandais a contribué à susciter des réflexions sur l'éducation. Entre autres, la gratuité scolaire, la promptitude à déceler les difficultés des élèves et à y remédier, l'autonomie locale, la formation des enseignants et la liberté pédagogique, restent d'actualité. En ce qui concerne les tests internationaux, peut-être devrait-on dépasser les simples chiffres et mieux analyser ce qu'ils mesurent en réalité. Faut-il vraiment s'aligner sur un test de l'OCDE pour évaluer un système éducatif? Peut-être faudrait-il repenser l'importance qu'on leur accorde au regard des valeurs à privilégier dans les politiques éducatives.

Par Rachel Bégin

Chercheure en éducation

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