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09/01/2019 10:11 EST | Actualisé 13/05/2019 16:43 EDT

Continuons la réforme de l’aide sociale

Dans une société riche comme la nôtre, il est tout à fait justifié d’aider ce groupe d’individus n’ayant jamais demandé à être contraint à l’emploi.

TVP Inc via Getty Images
L'augmentation des prestations est un pas dans la bonne direction: aucun individu inapte au travail ne devrait être contraint, malgré lui, à vivre sous le seuil de la pauvreté.

Il y a à peine quelques semaines, nous apprenions que le gouvernement du Québec augmenterait les prestations d'aide sociale des personnes inaptes au travail. Ainsi, depuis le 1er janvier, une personne vivant seule et ayant des contraintes sévères à l'emploi voit son allocation de 1035$ par mois augmenter de 72$. Dans cinq ans, cette hausse atteindra l'ordre des 367$ par mois.

Il s'agit d'un pas dans la bonne direction: aucun individu inapte au travail ne devrait être contraint, malgré lui, à vivre sous le seuil de la pauvreté. Dans une société riche comme la nôtre, il est tout à fait justifié d'aider ce groupe d'individus n'ayant jamais demandé à être contraint à l'emploi. Maintenant, qu'en est-il des personnes aptes au travail qui vivent aussi des prestations d'aide sociale?

Une situation qui doit changer

Au Québec, plus de 300 000 adultes sont prestataires des programmes provinciaux d'assistance sociale. De ce nombre, plus du tiers ne présentent aucune contrainte à l'emploi. Autrement dit, seulement 60% des prestataires ont été jugés comme ayant des contraintes temporaires ou sévères. Qui sont ces gens aptes au travail qui bénéficient de cette aide de l'État?

Contrairement à ce que certains groupes de pression avancent, les trois quarts de ces individus n'ont pas d'enfant à la maison.

L'image répandue de la famille monoparentale ne représente qu'à peine 12% de ces prestataires. De plus, la vaste majorité des bénéficiaires sont des hommes.

Depuis l'adoption du projet de loi n°70 par les libéraux provinciaux qui visait à favoriser l'accès au marché du travail des individus aptes au travail et à répondre aux besoins de main-d'œuvre, le nouveau gouvernement caquiste a continué la réforme.

Avec le programme Objectif Emploi, ces prestataires ont désormais des incitations à se chercher un emploi. Ils jouissent d'un accompagnement personnalisé, leur permettant de bien se préparer à la réinsertion sur le marché du travail.

Pour une transition vers le marché du travail

La grande question que plusieurs économistes se posent est la suivante: comment venir en aide aux plus démunis tout en minimisant l'incitation à la dépendance de l'aide de l'État?

Cette question découle d'un principe économique simple, mais fondamental. Lorsque l'aide est trop généreuse, le coût d'opportunité de décrocher un emploi augmente. Autrement dit, les bénéficiaires de l'aide sociale prennent en compte les prestations auxquelles ils renoncent lorsqu'ils se trouvent un emploi.

S'ils jugent que le salaire qu'ils auraient avec leur nouvel emploi ne justifie pas l'effort et la renonciation des prestations, ils n'entreront pas sur le marché du travail.

C'est la raison pour laquelle notre gouvernement devrait favoriser davantage d'incitations au travail.

Dans plusieurs pays, cette forme d'aide sociale est temporaire pour les individus aptes à travailler. C'est d'ailleurs le cas des États-Unis depuis la réforme de Bill Clinton, un démocrate, rappelons-le. Ainsi, une personne vivant des moments difficiles peut décider d'avoir recours à l'aide de l'État pour une période fixe de quelques années, le temps qu'elle se remette sur pieds et qu'elle retrouve un emploi.

C'est tout à fait normal! Que ce soit à cause d'une rupture, d'un décès d'un proche, d'un problème de consommation ou pour une autre situation malheureuse quelconque, un filet social est de mise sous forme d'aide temporaire. Toutefois, aucune raison valable ne justifie que cette aide soit permanente.

Trop souvent au Québec, nous oublions les notions de choix et de responsabilité individuelles.

Lorsqu'un individu est apte à travailler et n'a aucune contrainte, il ne devrait pas pouvoir jouir d'une aide permanente de l'État sous forme d'aide sociale. Nous créons un malheureux cycle où les enfants de ces individus sont pris avec la pauvreté et deviennent trop souvent, à leur tour, des prestataires permanents de l'aide sociale.

Il est temps de venir en aide à tous ces individus ainsi qu'à leurs enfants en les incitant à travailler ou à s'inscrire à une formation. D'ailleurs, en temps de pénurie de main-d'œuvre, il s'agit du moment idéal pour mettre en place des réformes plus audacieuses qui seront bénéfiques pour notre société tant à court qu'à long termes.

S'il est trop compliqué de réformer complètement les programmes actuels, le gouvernement devrait instaurer des mesures pour les prochains demandeurs, afin de rendre les prestations temporaires. Elles devraient aussi être relativement faciles à obtenir pour que les individus qui vivent une période de leur vie plus difficile aient accès à cette aide.

J'espère que le gouvernement continuera ses réformes malgré une certaine minorité bruyante. La santé économique et sociale du Québec devrait toujours passer avant les calculs politiques et les intérêts de groupes de pression.

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