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07/01/2019 12:55 EST | Actualisé 07/01/2019 13:01 EST

La dérive universitaire

Tenir tête et rester indépendant d'esprit face à un activiste caché derrière un doctorat et un titre de professeur pour embrigader les foules n'est pas chose aisée pour qui que ce soit.

eclipse_images via Getty Images

Le semestre d'hiver 2019 s'entamera bientôt pour des dizaines de milliers d'étudiants québécois. Des centaines de professeurs, de chargés de cours, d'assistants de recherche s'activeront afin de parfaire la formation intellectuelle de la jeunesse et de faire progresser l'étendue des savoirs humains.

Se pourrait-il toutefois que, derrière les portes étincelantes des pavillons universitaires les plus prestigieux, leurs slogans ronflants et la supériorité morale intouchable du milieu académique, se cache une réalité nettement moins reluisante?

Difficile à croire. Ne doit-on pas aux campus américains l'avant-garde du progrès social avec les gender studies et les cultural studies, notamment, qui irriguent de leurs théories le débat public sur les toilettes pour transgenres à McGill et l'appropriation culturelle dans les pièces de Robert Lepage? Et si les assises mêmes sur lesquelles se basaient ces théories pour prétendre à la légitimité étaient pourries?

Méthode scientifique et publication universitaire

Ces assises sont celles de la méthode scientifique et de la publication universitaire. Ce processus se veut garant de la valeur et de la validité des théories avant qu'on les enseigne et les transmette. Des chercheurs produisent d'abord une étude afin de vérifier la validité de leurs hypothèses de recherche. Un protocole clair permettant de reproduire l'expérience est identifié.

Une fois l'expérience réalisée, un article scientifique est rédigé et soumis pour publication dans des revues universitaires spécialisées. Des comités de scientifiques lisent et vérifient la validité de l'article. Ce dernier peut être refusé, ou révisé et accepté. La publication est une consécration, une validation par la communauté scientifique des résultats obtenus par les chercheurs. Ce texte, une fois publié, sera enseigné aux universitaires et présenté comme la fine pointe de la connaissance dans le domaine duquel il relève.

Remettre en question la validité des connaissances issues de cette méthode est considéré comme un sacrilège intellectuel.

On accuse ceux qui osent le faire de cracher sur la raison et la science et de faire l'apologie de l'obscurantisme. Pourtant, trois chercheurs américains — James Lindsay, Peter Boghossian et Helen Pluckrose — ont récemment osé suggérer que le processus censé valider les savoirs avant qu'ils ne soient enseignés était en fait un filtre extrêmement inefficace contre la bêtise la plus abjecte.

Pendant 18 mois, ces trois chercheurs ont produit et soumis à des revues universitaires une vingtaine d'articles bidon aux thèses invraisemblables, basés sur des données fabriquées de toutes pièces, mais dont les conclusions étaient en accord avec les théories à la mode et les biais idéologiques des chercheurs qui contrôlent le processus de publication.

Résultat? En octobre dernier, sept de ces articles bidon avaient déjà été publiés, plusieurs autres étaient en voie de l'être. Ainsi, un article prétendant démontrer que l'astronomie était une science masculine et blanche et appelant à construire une astronomie féministe sur la base de la théorie du genre, de la théorie postcoloniale, de l'écologie politique féministe, afin d'ouvrir la voie à une astronomie plus inclusive, diverse, équitable et davantage centrée sur les relations humaines avec les étoiles était passée à travers le filtre de la démarche scientifique.

Un autre, intitulé «Réactions humaines face à la culture du viol et performativité queer dans les parcs à chiens de Portland, Oregon», implorait les lecteurs à cesser d'entretenir des préjugés de genre quant aux agressions sexuelles entre chiens de même sexe, afin d'abattre les formes hégémoniques de masculinité.

Donner le Bon Dieu sans confession aux spécialistes issus du monde académique du simple fait de leur diplôme ne protège absolument personne de la désinformation la plus odieuse.

Au-delà du fou rire que suscitent ces exemples indécents de bêtise intellectuelle chez tout esprit doté d'un minimum de sens commun, ce que révèle l'expérience de Lindsay, Boghossian et Pulckrose est d'une importance capitale. Donner le Bon Dieu sans confession aux spécialistes issus du monde académique du simple fait de leur diplôme, comme le font les journalistes et les hommes politiques d'aujourd'hui, ne protège absolument personne de la désinformation la plus odieuse.

Aux dizaines de milliers de jeunes Québécois se préparant à retourner sur les bancs universitaires, il faut plus que jamais enseigner les vertus de l'esprit critique et de la prudence, car les charlatans semblent aujourd'hui de mieux en mieux installés entre les murs des grandes écoles.

Tenir tête et rester indépendant d'esprit face à un activiste caché derrière un doctorat et un titre de professeur pour embrigader les foules n'est pas chose aisée pour qui que ce soit. Lire, s'informer ailleurs, ne pas craindre les ouvrages considérés comme interdits, obsolètes ou s'inscrivant en faux des modes idéologiques de notre temps reste, au-delà de la méthode scientifique, le meilleur rempart contre l'idiotie et l'effondrement intellectuel de notre civilisation.

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