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28/05/2017 11:09 EDT | Actualisé 28/05/2017 11:09 EDT

Résultats modifiés: la crise du moment

Les enseignants devraient effectivement être les premiers - voir les seuls - professionnels responsables et imputables dans ce dossier. Simple, n'est-ce pas? Pas tout à fait!

La vie dans une école est tout sauf un long fleuve tranquille. Le personnel qui travaille dans ces établissements peut difficilement anticiper leur horaire de la semaine sans y ajouter une place pour l'inconnu. À plus grande échelle, il en est de même pour tous ceux qui œuvrent de près ou de loin en éducation. Les tempêtes se succèdent dans le système scolaire et elles finissent par en définir la nature de ses actions.

Actuellement, ce sont les résultats des élèves qui attirent l'attention. Il s'agit là d'un sujet des plus importants. L'évaluation des apprentissages n'est pas une chose à prendre à la légère. Ce processus doit être fait avec diligence, avec professionnalisme, et ce, dans le but de ne pas porter préjudice aux jeunes qui, autrement, recevraient un message erroné quant à leur cheminement. Les enseignants devraient effectivement être les premiers - voir les seuls - professionnels responsables et imputables dans ce dossier. Simple, n'est-ce pas? Pas tout à fait!

Selon de récents sondages, les enseignements seraient majoritairement pour une commission parlementaire sur le sujet des résultats scolaires modifiés. La partie syndicale semble vouloir aller au fond de la question, bien que la partie patronale ne partage pas le même sentiment d'urgence à ce propos. Un combat classique, avec une trame de fond bien connue! Ici, les initiés du monde de l'éducation auront d'ailleurs compris que l'autonomie professionnelle des enseignants est au cœur du débat. Une thématique omniprésente dans nos écoles depuis des lunes.

Sans minimiser toute l'importance que l'on doit accorder au processus évaluatif, la crise du moment revêt un caractère hautement stratégique dans les relations de travail à l'interne. L'ingérence dans les champs d'expertise des enseignants est, une fois de plus, vivement dénoncée. Par contre, on semble oublier que la direction pédagogique d'une école doit être assurée par le directeur et que celui-ci est, dans la très grande majorité des cas, lui-même un enseignant dûment autorisé et qualifié. Il ne s'agit pas là d'un laissez-passer pour effectuer des modifications aux résultats des élèves, de façon unilatérale, mais d'une opportunité que l'on devrait considérer dans les cas les plus questionnants. Malheureusement, le fossé entre les parties impliquées tend à se creuser un peu plus dans le contexte actuel.

Il ne s'agit pas là d'un laissez-passer pour effectuer des modifications aux résultats des élèves, de façon unilatérale, mais d'une opportunité que l'on devrait considérer dans les cas les plus questionnants.

Pour qu'une commission parlementaire donne des résultats concrets et porteurs de changements à long terme, il faut s'y présenter en mettant cartes sur table et en ayant l'esprit ouvert quant aux solutions envisageables. Concrètement, c'est ce à quoi s'attend la population; elle qui s'inquiète des impacts, pour sa jeunesse, de l'obtention de résultats faussés. Cependant, ce point de vue est délicat. S'il y avait apparence d'une situation préjudiciable pour la clientèle scolaire, il y aurait là un risque trop important de rouvrir la porte au débat sur l'ordre professionnel. Un sujet clos selon la partie syndicale. Pour la partie patronale, on y voit une chance de parler d'imputabilité ou de l'adaptation de l'évaluation des apprentissages, mais on y constate aussi le risque de voir les portes des classes se refermer un peu plus. Une telle commission sera donc un terrain miné pour les parties en cause. Que cherche-t-on alors? Cette question trouve réponse, en partie, en analysant les crises du passé.

L'école est un milieu dans lequel les acteurs tiennent à leur autonomie. Que ce soit l'indépendance des enseignants par rapport aux directions d'écoles, de la liberté des écoles à l'égard des encadrements de la commission scolaire ou par rapport aux responsabilités qui appartiennent à ces instances locales versus les encadrements qu'impose le Ministère. Le rapport de force qui se dessine semble donc symptomatique d'une problématique plus importante. Le dernier exemple en liste ce fait a été le tollé qu'a soulevé l'annonce du projet Lab-école. Souvenez-vous de ce que l'on en disait... Pourquoi demander à des gens qui ne viennent pas du monde de l'éducation de repenser la configuration de nos écoles?

Il est important d'évaluer justement les élèves, notamment en fonction de leurs capacités et de leurs spécificités. À mon avis, l'évaluation des apprentissages est un acte qui devrait être réservé et mieux encadré. Une pratique qui ne devrait pas servir à sanctionner, mais qui devrait se faire de façon formative. Pour que les relations de travail s'assainissent, il faut offrir aux enseignants, une confiance a priori en reconnaissant leur autonomie; tout en encadrant leur rôle professionnel et en rappelant l'imputabilité qui en découle. Je ne crois toutefois pas que cette opinion soit une conclusion que l'on souhaite obtenir à la suite d'une commission parlementaire. Les discussions actuelles semblent plutôt orientées vers la recherche d'un « coupable ». Une démarche qui est malheureusement trop souvent contre-productive dans un processus d'amélioration des pratiques.

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