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14/02/2018 10:00 EST | Actualisé 14/02/2018 10:12 EST

Les 100 premiers jours de Valérie Plante: se définir ou se faire définir en politique

Si l'administration Plante-Dorais veut se rebâtir une crédibilité après un bilan moins que reluisant pour ses 100 premiers jours, elle devra commencer à écouter les Montréalais et cesser de croire qu'elle a toujours raison.

En politique, il est toujours préférable de se définir soi-même plutôt que de se faire définir par d'autres.
Olivier Robichaud
En politique, il est toujours préférable de se définir soi-même plutôt que de se faire définir par d'autres.

C'est une tradition médiatique de souligner les 100 premiers jours d'une nouvelle administration et d'énumérer ses bons et mauvais coups, les engagements réalisés ou non, et de lui donner une note de passage. L'exercice n'est intéressant que si on peut y déceler une tendance pour les mois et années à venir. Permettez-moi de partager mes observations quant aux 100 premiers jours de l'administration de Valérie Plante.

Budget et hausse de taxes

En politique, il est toujours préférable de se définir soi-même plutôt que de se faire définir par d'autres. Après tout, on a seulement une occasion de faire une première impression. Sans aucun doute, le geste qui définit le mieux la nouvelle mairesse au terme de ses 100 premiers jours a été la promesse brisée de ne pas augmenter les taxes au-delà du taux d'inflation.

Devant une hausse moyenne de 3,3 %, la réponse de tous – citoyens, commerçants, groupes communautaires, chroniqueurs – a été cinglante. On a rarement vu une réaction aussi unanime en début de mandat d'une nouvelle administration.

On a rarement vu une réaction aussi unanime en début de mandat d'une nouvelle administration.

Mais ce qui a choqué encore plus la population, ce sont les acrobaties verbales de la mairesse, qui a maintes fois répété qu'elle avait respecté sa promesse et que c'était tout simplement un «problème de communication». Elle a brisé le lien de confiance avec les citoyens, un lien aussi fondamental qu'il est fragile. Cela me surprend que personne ne l'ait étiquetée «Mme 3,3%».

Amateurisme

Si cette gaffe budgétaire monumentale représente l'exemple par excellence de l'amateurisme de Projet Montréal durant leurs 100 premiers jours, il existe quantité d'autres situations où l'administration de Valérie Plante a démontré son penchant pour les décisions précipitées, sans consultation, parfois avec pour unique objectif de détruire ce qu'il y avait avant.

Des exemples?

  • Dans les jours suivants, l'élection, la mairesse a dénoncé un «déficit» et un «trou» de 358 M$ laissé par l'administration précédente. Elle dit le 9 novembre : « On va essayer maintenant de comprendre comment on est passé d'un surplus de plus de 100 millions de dollars dans le passé à un déficit anticipé de 358 millions ».

    En plus d'être fausse, cette affirmation démontre un niveau surprenant d'amateurisme chez une élue qui ne peut faire la différence entre un déficit comptable des états financiers et un écart dans un processus d'élaboration budgétaire. La vérité sortira le 24 avril prochain lorsque les états financiers 2017 de la Ville seront dévoilés. Dira-t-elle encore que c'était un «problème de communication»?

  • J'ai déjà parlé des chiens de type pitbull dans ce blogue, donc je rappellerai seulement que l'abandon, dans le règlement sur le contrôle animalier, de toutes les dispositions touchant les pitbulls est une décision irresponsable qui met la sécurité des Montréalais à risque. L'administration aurait au moins pu attendre d'avoir une solution de rechange à proposer avant de permettre que ces animaux prolifèrent à nouveau à Montréal.
  • La mairesse a également annoncé que les calèches allaient disparaître graduellement du Vieux-Montréal. Une autre décision précipitée, prise sans aucune consultation et, comme pour les pitbulls, en suivant l'avis de lobbies aux motifs idéologiques.
  • Doit-on parler des nombreux cafouillages dans le déneigement? De la décision de laisser les rues et trottoirs enneigés et glacés durant cinq jours avant de finalement décider de charger la neige?
  • Il a fallu près de trois ans pour élaborer le projet de réaménagement de la rue Ste-Catherine Ouest; il n'aura fallu que quelques minutes à l'équipe de Projet Montréal pour saboter tout ce travail, en décidant arbitrairement de revoir l'ensemble du projet... alors que les travaux sont commencés depuis un mois!
  • On a aussi pu constater cette précipitation lors de l'annonce pour l'achat des fameux 300 autobus hybrides. Une décision prise sans tenir compte de plusieurs facteurs importants comme: a) le manque d'espace pour garer ces autobus, les garages de la Société de transport de Montréal (STM) n'ayant pas la capacité requise; b) le coût, qui sera de 400 M$ plutôt que les 225 $ annoncés en campagne; c) les sommes nécessaires pour l'embauche des 600 chauffeurs, mécaniciens et préposés à l'entretien que nécessiteront ces 300 bus seront de 75 millions $ de plus par année à partir de 2020. D'où viendra cet argent? d) le choix du modèle hybride, une technologie transitoire qui risque d'être dépassée au moment de la livraison des véhicules en 2020.
  • Enfin, le plus récent exemple d'amateurisme, c'est la sortie du maire du Plateau Mont-Royal, M. Luc Ferrandez, qui décide qu'il va mettre fin à la circulation des voitures en ville, en commençant par leur interdire de traverser la montagne en empruntant la voie Camillien-Houde. Ne cherchez pas les comptes-rendus de consultations, les avis des spécialistes, des défenseurs du mont Royal ou même des citoyens ordinaires interrogés sur le sujet: il n'y en a pas. Fidèle à son idéologie anti-voitures, le maire du Plateau poursuit sa croisade personnelle, et la mairesse Plante ne fait rien pour l'arrêter.

Mettre son orgueil de côté

Espérons que l'administration Plante saura tirer des leçons de ces 100 premiers jours. Une leçon d'humilité, qui l'obligera à mettre son orgueil de côté et à prendre en compte les besoins des Montréalais. L'Opposition officielle, que je dirige, travaille en ce sens depuis des mois.

Une leçon d'humilité, qui l'obligera à mettre son orgueil de côté et à prendre en compte les besoins des Montréalais.

Par exemple, à la suite du dépôt du budget 2018 par la mairesse Plante et M. Benoit Dorais, nous avons proposé un amendement afin d'abolir la hausse de la taxe de l'eau de 1,1 % et de ramener l'augmentation de la charge fiscale moyenne des Montréalais à 2,2 % (au lieu de 3,3 %). Cette «main tendue» à l'administration a été rejetée de façon assez cavalière.

De même, afin d'éviter les guerres de chiffres lors des changements d'administrations, nous avons proposé la création d'un Bureau indépendant du budget, qui aurait pour mandat de fournir au conseil municipal et au conseil d'agglomération une analyse indépendante de la situation budgétaire de la Ville. Proposition rejetée par l'administration Plante-Dorais.

Enfin, toujours dans l'intérêt des citoyens montréalais, nous avons récemment demandé que les sommes volées à la Ville à la suite de fraudes dans le cadre de contrats municipaux soient restituées directement aux contribuables, sous la forme d'une réduction de taxe foncière, et que cette réduction soit bien visible sur leur compte de taxes.

Espérons que cette proposition sera acceptée. Si l'administration Plante-Dorais veut se rebâtir une crédibilité après un bilan moins que reluisant pour ses 100 premiers jours, elle devra commencer à écouter les Montréalais et cesser de croire qu'elle a toujours raison.

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