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18/01/2018 05:56 EST | Actualisé 18/01/2018 05:56 EST

La confiance à l'ère des « Valérie »

L'électeur-citoyen est simplement plus naïf que les politiciens sont menteurs.

Valérie Plante, mairesse de Montréal.
La Presse canadienne
Valérie Plante, mairesse de Montréal.

Même si on ne peut y échapper, sachant que je suis banlieusard éloigné et donc, de quoi je me mêle, je ne veux surtout pas faire le procès de Valérie Plante relativement à l'un de ses premiers gestes significatifs comme mairesse de Montréal, celui du budget 2018. Plusieurs chroniqueurs et éditorialistes s'en donnent encore à coeur joie, presque tous dans le même sens : le lien de confiance qu'elle avait rapidement établi avec la population s'est brisé encore plus vite, au soir du budgétaire 10 février 2018.

C'est pourquoi je voudrais aborder la question de la confiance même si c'est un sujet un peu basique, chacun sachant d'instinct de quoi il en retourne. Commençons par le commencement, par une définition avec l'aide de mon bon vieux Petit Robert 1994, dernière année où j'ai acheté un dictionnaire. La confiance, c'est « L'espérance ferme, l'assurance de celui (de celle, soyons inclusifs 2018) qui se fie à quelqu'un ou à quelque chose. »

C'est souvent une constante en politique, on n'élit pas quelqu'un, on se débarrasse de la personne en place et le moindre mal dans la balance des inconvénients, c'est le moins pire des candidats qui gagne.

C'est souvent une constante en politique, on n'élit pas quelqu'un, on se débarrasse de la personne en place et le moindre mal dans la balance des inconvénients, c'est le moins pire des candidats qui gagne. Ce qui fait qu'une Valérie Plante s'est retrouvée mairesse de Montréal contre toute attente, en donnant notamment « l'espérance ferme» que les hausses de taxes foncières en 2018 seraient inférieures ou égales à l'inflation. Ce ne fut pas le cas et la comptabilité créative justificatrice, même énoncée en sourire à gorges déployées, ne rétablira pas la confiance; en ce domaine comme dans plusieurs aspects de la vie, la magie opère rarement deux fois.

Le problème, c'est que nous, citoyen-électeur, nous comprenons instinctivement avec une dose de gros bon sens ce qu'est la confiance, sous son angle « espérance ferme ». Même si nous savons tout aussi instinctivement, que nous serons de facto trahis à la première occasion. Ce qui a fait dire à plusieurs qu'une Valérie Plante est une politicienne ordinaire, une de plus qui se vend sous l'angle de la « politique autrement », concept bidon que personne n'a jamais réussi à définir, encore moins à prouver.

C'est comme dans la fable où le scorpion à la fin, pique la grenouille en lui disant que c'est dans sa nature.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que les « Valérie » sont des hommes et des femmes comme monsieur et madame tout le monde, à la conscience souvent élastique. C'est comme dans la fable où le scorpion à la fin, pique la grenouille en lui disant que c'est dans sa nature. Comme il est dans la nature de l'Homme et de la Femme de voguer dans la vie au gré des petites et grandes trahisons qu'ils font ou subissent, nos « Valérie » de façon innée ou par acquisition de comportements, en viennent à prendre des décisions où ils doivent trahir notre confiance. C'est un choix qu'ils font sciemment, sinon à la limite, c'est la démission. Ce qui fait que la Valérie montréalaise ne s'est pas formalisée de cette hausse de taxe, sa nature de gauche où faire payer les autres s'inscrit dans sa génétique politique idéologique; l'idéologie a simplement vaincu l'honneur. D'où le rapide bris de confiance, le moi électoral étant différent du moi politicien, lui-même différent du moi privé. Pour ce qui est de sa vraie nature comme personne et son attitude post-budget, chacun jugera.

En fait, l'électeur-citoyen est simplement plus naïf que les politiciens sont menteurs. Sachant cela, ces derniers se donnent d'instinct une marge de manoeuvre, pour nous mentir selon leur bon vouloir, considérant que nous allons nous la fermer de toute façon, occupé ailleurs. En fait, nous aimons nous faire raconter des bobards pour ensuite être choqués de nous être fait remplir. C'est dans notre nature. Ce qui fait qu'aux prochaines élections, une fois de plus, nous élirons le moins pire du moment, en pensant que nous élisons le meilleur pour l'avenir.

Ce qui fait qu'aux prochaines élections, une fois de plus, nous élirons le moins pire du moment, en pensant que nous élisons le meilleur pour l'avenir.

Il y a un vieux principe en gestion qui dit que la confiance n'exclut pas le contrôle. Si en gestion, nous pouvons faire du contrôle en continu et prendre lorsque requis, les mesures appropriées de redressement, il en va autrement en politique. En fait, nous ne pouvons exercer nos mécanismes de contrôle qu'aux 4 ans et souvent, nous nous laissons dominer par la forme plutôt que le fond des choses. D'ailleurs, si tel n'avait pas été le cas, Denis Coderre serait probablement encore aux commandes malgré sa gaffe électrique monumentale. Donnant du sens à une loi non écrite qui suggère de ne pas faire de gaffe à la fin d'un mandat, les électeurs jugent sur leur dernière impression et non pas sur l'ensemble de l'oeuvre.

Les citoyens-électeurs qui habitent dans les grands centres ont cependant la chance de pouvoir compter sur des contre-pouvoirs relativement efficaces comme une opposition politique et surtout, des médias allumés qui mettent en relief les petites et grandes trahisons de nos « Valérie ». Il en va autrement dans les petites villes où tout le monde se connaît et où souvent, quand il existe, il n'y a qu'un seul média pour couvrir les affaires publiques. Les journalistes y sont alors pris entre l'arbre et l'écorce, s'alimentant des « Valérie » dont ils doivent rapporter et analyser les actions. Ce qui fait que les politiciens des petites villes ont rapidement compris qu'ils pouvaient dire n'importe quoi, il n'y aura personne pour les critiquer et de toute façon, le peuple est occupé ailleurs, surtout les soirs d'hiver.

En bout de piste, nos institutions font des efforts importants pour améliorer la participation citoyenne à la vie démocratique, en particulier lors des périodes électorales. Voter est l'un de geste citoyen le plus important, mais pris individuellement, il est décourageant par son impact minime. Ce qui fait que plusieurs n'ont plus confiance dans la classe politique et ne se donnent même plus la peine d'aller voter en se disant : « Qu'osse ça donne ». La dernière manœuvre de Valérie « Valérie » Plante ne fera rien pour améliorer les choses, sauf le cynisme, à Montréal et ailleurs.

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