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08/02/2016 10:13 EST | Actualisé 08/02/2017 05:12 EST

Les «dadas» de Philippe Couillard

C'est maintenant l'environnement qui pourra freiner toute initiative de développement. On le voit avec la sortie idéologique et totalement irresponsable de Philippe Couillard concernant l'exploration sur l'île Anticosti...

Le remaniement du Conseil des ministres de Philippe Couillard a fait couler beaucoup d'encre ces derniers jours: la nomination de la toute nouvelle députée Dominique Anglade au ministère de l'Économie, le démantèlement du «trio économique» qui avait séduit les électeurs soucieux de l'état de la dette et de l'économie, le retour de François Blais à l'Emploi et à la Solidarité sociale, la nomination de Pierre Moreau à l'Éducation, etc.

Dans les jours précédant cette annonce, un vigoureux débat sur les ondes radios de Québec portait sur le leadership du premier ministre.

«Y a-t-il un pilote à bord?», se demandait-on. «Où est son obsession pour l'économie, pour la création d'emplois? Je ne reconnais plus le PLQ», s'interrogeait l'animatrice Nathalie Normandeau, ancienne Vice-première ministre du gouvernement libéral de Jean Charest. Aurait-il trahi l'ADN du Parti libéral en décrétant de Paris, l'arrêt du projet d'exploration auquel s'était engagé le gouvernement du Québec sur l'île d'Anticosti, en partenariat avec la firme québécoise Pétrolia?

Il va sans dire qu'un premier ministre est sous intense observation. On peut en être fier lorsqu'il réagit admirablement aux lendemains des événements de Paris ou du Burkina Faso comme on peut être complètement dérouté lorsque les orientations gouvernementales nous semblent incohérentes ou sortir d'une boîte à surprises.

Un manque de vision?

Ce qu'on ne peut pas dire, cependant, c'est que Philippe Couillard manque de vision. En fait, on pourrait en venir à comprendre que le premier ministre du Québec en entretient plusieurs. Au gré de ses lectures, de ses rencontres avec les grands de ce monde, des modes et des buzz-words du moment. En ce sens, j'ai idée que le poste qu'il occupe le sert personnellement très bien, en nourrissant sans doute sa curiosité intellectuelle, sa soif d'apprendre et sa prétention d'avoir accès à la fine pointe de la connaissance.

Ces jours-ci, on peut saisir la vision du PM dans l'allocution qu'il livrait suite à l'assermentation de son nouveau conseil des ministres jeudi dernier.

Il nous faut prendre un virage qui nous permettra de développer une économie du 21e siècle. Une économie propulsée par deux grandes forces: l'innovation, notamment numérique, et la transition vers une économie plus sobre en carbone. La quatrième révolution industrielle est en cours. (...) Notre économie, elle, doit être basée sur les principes du développement durable. (...) Ce qui est bon pour l'environnement est bon pour l'économie. Une économie qui considère la lutte contre les changements climatiques comme un pôle incontournable de développement. Donc une économie qui doit réduire l'empreinte carbone ...

Ces deux grandes forces doivent imprégner toutes les actions de développement, ajoute-t-il, ces deux grandes forces étant la révolution numérique et une économie plus sobre en carbone.

Ajoutez à cela les buzz-words de notre époque et vous avez là, une idée des sensibilités et de la vision de Philippe Couillard: stratégie numérique, électrification des transports, lutte aux changements climatiques, mobilité durable, lutte contre l'intimidation, saines habitudes de vie, et le «dada» personnel du ministre François Blais: le revenu minimum garanti.

«Trendy Couillard»? Peut-être, mais là n'est pas la question. Vous me direz que cette vision se rapprocherait plus d'un parti tel que celui de Québec solidaire, mais il n'en demeure pas moins qu'il s'agit bel et bien d'une vision. Là où Philippe Couillard conduira le Québec.

Un PM sous influence et en mission

Le projet de société de Philippe Couillard? En changer la nature, transformer son économie, modeler ses habitudes de vie, ses valeurs. Très inspiré par un mouvement global cherchant à en finir avec une économie basée sur le carbone, Couillard est en mission.

Désormais, et tout particulièrement depuis Paris, le gouvernement du Québec milite et a rejoint les rangs des activistes verts. Désormais, le gouvernement ne se contente plus d'encourager l'innovation provenant du génie créatif humain ou des entrepreneurs - ou issue d'une association entre la recherche universitaire et les entreprises innovantes. Avec Philippe Couillard, l'État est l'instrument qui les contraindra à se diriger vers la sortie verte.

Sous la direction de Pierre Arcand, par exemple, «nous présenterons sous peu la nouvelle politique énergétique du Québec, marquée par la transition vers plus d'énergie renouvelable et la réduction de notre dépendance aux combustibles fossiles.» Clairement, s'il fut un temps où l'on croyait que les processus d'évaluation de projets de développement étaient biaisés en faveur des industries, nous assistons à un mouvement de pendule où c'est maintenant l'environnement qui pourra freiner toute initiative de développement. Est-ce mieux?

On le voit avec la sortie idéologique et totalement irresponsable de Philippe Couillard concernant l'exploration sur l'île Anticosti, on le voit dans sa réaction étonnamment émotive en regard du projet Énergie-Est et on le voit dans la plus récente tentative du gouvernement d'en appeler aux opposants du projet Anticosti pour intervenir contre le projet. (Lire la réaction de Pétrolia ici) Est-ce un hasard que l'on retrouve dans les pages de La Presse d'en fin de semaine un texte signé David Suzuki?

Délaissant son statut d'arbitre cherchant à concilier développement économique et souci environnemental, le geste de Philippe Couillard et son ministre de l'Environnement est extrêmement lourd de conséquences. Ce faisant, ils discréditent de façon irresponsable et partisane, tout processus d'évaluation portant sur le potentiel Anticosti, potentiel que les Québécois ont au moins le droit de connaître. Comment pourra-t-on, en effet, faire confiance à un processus «indépendant» d'évaluation de projets de développement de nos ressources si le gouvernement lui-même manipule hypocritement les interventions des acteurs.

Alarmés par une xième théorie de la fin des temps, l'économie traditionnelle, pour ce gouvernement et son chef, est donc vue comme une source de bruits, d'odeurs, d'émanations, de pollution visuelle et surtout d'émissions de gaz à effet de serre.

Une économie du 21e siècle? Là n'est pas le problème. Le problème, il réside dans la vitesse qu'on impose à une transition déjà douloureuse et dans le nouveau rôle qu'on attribue à l'État et à un gouvernement dirigiste, activiste et insouciant des conséquences de son empressement à bouleverser une économie déjà fragilisée.

Ne nous y trompons pas. Désormais, nous sommes à l'ère des gouvernements de prohibition, outillés de processus d'évaluation qu'on dit «indépendants» mais qu'on aura trafiqué à la faveur du «Non», à coups de concepts «d'acceptabilité sociale» et de «test-climat».

Fascinant.

Voilà donc la vision de Philippe Couillard. On peut s'en réjouir, s'en désoler ou attendre que l'obsession passe et que la lucidité reprenne ses droits. Mais on ne peut pas dire que la vision est absente. Ce qu'on peut en dire, cependant, c'est que les coûts d'une telle idéologie et d'un PM sous influence, ce sont les Québécois qui en feront les frais. Que dis-je, qui en font déjà les frais...

Écoutez également la 2e partie de ma chronique sur le sujet

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