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07/01/2016 03:35 EST | Actualisé 07/01/2017 05:12 EST

Gobeil à la CAQ: la carte des partis politiques se redessine

François Legault avec sa CAQ mise sur le fait que le Parti québécois s'éteindra à la prochaine élection.

Toujours difficile pour un troisième parti à l'Assemblée nationale d'obtenir de la visibilité dans les médias, mais en ce début d'année 2016, François Legault porte un grand coup. Avec la venue d'un pur et dur de l'indépendance du Québec du nom de Stéphane Gobeil comme conseiller, il s'assure d'une couverture médiatique au moins à court terme.

S'étant clairement situé dans le camp des «nationalistes» - nouvelle étiquette pour «indépendantistes en attente d'un contexte plus favorable à la souveraineté du Québec» - et s'étant également débarrassé des éléments franchement trop fidèles au Canada à son goût (ex: Gérard Deltell) et du courant plus «libéral» (ex: Dominique Anglade et al.), Legault a choisi son camp: celui d'un 450 à saveur nationaliste identitaire plutôt qu'un 418 qui le déçoit et qu'il peine à comprendre.

Ainsi, le repositionnement de Legault suivi du recrutement de Stéphane Gobeil comme conseiller envoie un signal supplémentaire aux désabusés de la cause souverainiste. Ajoutez à ça des mécontents au sein du Parti québécois et une désillusion face à leur nouveau chef Péladeau, et ce que j'écrivais en octobre dernier se confirme assez bien.

Ce faisant, Legault parle aux péquistes et fait le choix de courtiser les comtés du 450 davantage que ceux de la grande région de Québec, là où se trouvaient jadis les électeurs aux allégeances anciennement adéquistes. Toujours dans le paradigme et une logique fédéralistes vs souverainistes, on peut présumer que la CAQ mise sur les désillusionnés du Parti québécois qu'il espère rejoindront son parti. - Mon blogue du 26 octobre 2015.

Cela dit, avec l'auteur de Un gouvernement de trop, je pressens que les journalistes, somme toute, drogués à la question nationale, se feront un plaisir de voir comment cet ex-stratège péquiste et bloquiste, ex-conseiller de Pauline Marois et de Gilles Duceppe, fera évoluer l'action parlementaire, sinon la pensée mouvante et circonstancielle de François Legault.

Tout de même curieux qu'un parti ayant «passé du côté fédéraliste de la Force» (selon Jean-François Lisée, le même qui a préfacé le bouquin indépendantiste de Gobeil), ait réussi à attirer en son sein un «pur et dur», me direz-vous? Pas vraiment. François Legault récupère le slogan d'un «Québec fort à l'intérieur du Canada», mais le chef de la CAQ propose tout de même de tenir un référendum sur une nouvelle réforme constitutionnelle et demander plus de pouvoirs à Ottawa. C'est probablement là qu'il entendra utiliser son nouveau conseiller Stéphane Gobeil, ayant promis à ses membres, sa nouvelle proposition constitutionnelle pour le prochain conseil général de la CAQ.

Ce langage, ce paradigme d'un Québec qui demande plus de pouvoirs à Ottawa, Legault le connaît bien. Le problème, c'est que les Québécois en sont tannés. Ces derniers ont choisi des partis fédéralistes lors de la dernière élection fédérale et ont servi toute une gifle aux indépendantistes en élisant un nouveau Trudeau comme premier ministre!

Alors voici le défi de la CAQ maintenant qu'elle s'est redéfinie en parti «nationaliste». S'agira-t-il d'un nationalisme victimaire et suprêmement identitaire à l'extrême ou s'agira-t-il plutôt de dégager une attitude résolue de régler au moins dans un premier temps, les questions qui préoccupent la population plutôt que les gens qui ont baigné dans des débats technocratiques et constitutionnels qui n'ont rien à voir avec l'incapacité actuelle de nos gouvernements d'au moins régler ce qui relève de leurs propres champs de juridiction (ex: santé, éducation, environnement prospère)?

François Legault avec sa CAQ mise sur le fait que le Parti québécois s'éteindra à la prochaine élection. Je crois comme eux que les probabilités sont fortes. Mais «importer» des ex-souverainistes dans les rangs du parti aura ses limites s'ils émigrent avec leurs vieux schèmes victimaires. Je rappelle qu'à la dernière élection de 2014, un sondage Léger (p. 9) démontrait que 43% des caquistes avaient comme 2e choix le PLQ. Seulement 17% d'entre eux identifiaient le PQ comme leur 2e choix.

Quant aux péquistes, seulement 16% d'entre eux auraient désigné la CAQ comme leur deuxième choix, lui préférant Québec solidaire, et de loin (à 40%)!

Ajoutez à cela que les plus jeunes générations en ont marre des discours nationalistes creux, se sentent plus libres et ont comme première priorité «d'être riches» et d'avoir une belle qualité de vie.

Oh, il y aurait eu une autre approche que la CAQ aurait pu adopter. Comme je le suggérais dans un récent blogue, au final, la pertinence de la CAQ, à mon avis, n'est pas de revêtir les habits d'un Parti québécois en décrépitude mais bien, au contraire, d'être plus libéral que les Libéraux du PLQ.

François Legault saura-t-il réconcilier ce qu'il croit être la nature «nationaliste» des Québécois tout en ne versant pas dans un nationalisme identitaire excessif quasi-honteux et un nationalisme économique ruineux dont seuls les contribuables font les frais? La vision de Legault qui prétend que le problème se situe essentiellement dans la division du vote «francophone» est-elle périmée? La définition de «peuple québécois» de Stéphane Gobeil risque-t-elle de faire fuir les caquistes aux gênes adéquistes et à la philosophie plus libérale? Comme on dit, on verra ça dans l'année qui vient.

Pour en lire davantage sur le sujet: L'article du Devoir, l'article de Michel Hébert, l'article du Soleil, le billet de Stéphane Gobeil lui-même, et enfin, un texte de Stéphane Gobeil de 2013 où il critique François Legault d'avoir amarré la CAQ «au quai délabré de l'idéologie adéquiste».

PS: J'ai idée que les caquistes aux gênes adéquistes seront de plus en plus inconfortables dans cette nouvelle CAQ aux couleurs souverainistes... Pire, il semble que les «libéraux» de Philippe Couillard pourront continuer pour un temps à faire du faux libéralisme en ne s'estimant pas menacé par des gens prônant plus de liberté économique, matière première à la prospérité.

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