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08/03/2019 09:36 EST | Actualisé 08/03/2019 09:37 EST

S’attaquer aux inégalités pour améliorer le sort du personnel du réseau de santé

Fermer les yeux sur le fossé grandissant des inégalités sociales au Québec n'est pas une bonne idée.

SEAN GLADWELL via Getty Images
Chaque année, l'écart se creuse entre les plus riches de notre société et le reste d'entre nous qui n'ont pas la chance de profiter des politiques néolibérales de nos gouvernements.

Tentons de voir en quoi la crise vécue dans le réseau de la santé et des services sociaux et le réseau des services de garde rend plus pertinent que jamais le fait de s'attaquer à la hausse fulgurante des inégalités sociales.

Prise de parole sur les inégalités sociales

Il y a quelques semaines, les médias nous ont interpelés sur le problème de la pénurie de préposés aux bénéficiaires et le fait qu'elles sont sous-payées. Comme c'était la fin du mois de janvier, j'ai mentionné en ondes le problème des inégalités sociales croissantes en mentionnant l'étude de l'Oxfam qui a démontré qu'il y a 26 personnes qui ont accumulé une valeur qui équivaut à celle de 50% de la population mondiale la plus pauvre.

Lors de mon entrevue avec Dutrizac, il a dit: «Oui je comprends, mais ça, c'est Bezos et sa gang.» Rapidement, j'ai donné quelques exemples qui illustrent le problème des inégalités sociales au Canada et au Québec. Plutôt que de nous concentrer sur la comparaison des salaires de gens de la classe moyenne, comme de comparer le salaire des préposés et de ceux qui travaillent à la SAQ, je faisais valoir qu'il fallait bien plus se préoccuper des très riches qui ne paient pas leur juste part.

Lors de cette entrevue, je me suis dit qu'il faudrait revenir sur cette question. La population a l'impression que les inégalités ne sont pas un problème au Québec. C'est faux. De plus, le problème va empirer avec l'application des politiques du gouvernement précédent.

La richesse des géants de la Silicon Valley nous concerne

D'abord, pour ce qui est de Jeff Bezos (le grand manitou d'Amazon), de Zuckerberg de Facebook, ainsi que des dirigeants de Twitter, des Uber de ce monde, ils accumulent tous des sommes hallucinantes. Une partie de ces sommes viennent de la population du Québec. Qui n'a pas déjà acheté quelque chose en ligne chez Amazon?

Contrairement aux librairies du Québec, Amazon ne paie pas d'impôt au Québec ou au Canada. Même chose sur les revenus générés par les annonces sur Facebook, Google, etc.

Aucune contribution ne vient de la part de ces multinationales pour maintenir les infrastructures qui leur permettent d'accumuler ces fortunes colossales. Il faut que nos gouvernements s'en occupent!

Ne pas s'intéresser aux inégalités sociales est une grave erreur

Et au Québec, y'a-t-il une augmentation des inégalités sociales?

Pendant longtemps, les inégalités au Québec étaient moins importantes qu'ailleurs. Mais, au fur et à mesure que les politiques du PLQ font effet, les inégalités se mettent à augmenter ici aussi. Dernièrement, le magazine Canadian Business a publié la liste des 100 personnes les plus riches au Canada. Il y a 20 personnes du Québec sur la liste. J'ai pris quelques minutes pour regarder l'évolution de la valeur nette de ces chanceux.

Consultez ce tableau qui compare leur valeur nette entre 2011 et 2018 pour constater l'ampleur du problème.

De plus, il faut savoir que plusieurs de ces fortunes se sont accumulées avec l'aide de la population québécoise. En 1979, Jacques Parizeau a créé le Régime épargne-actions (REA) qui permettait aux mieux nantis de réduire de façon substantielle leur «fardeau» fiscal en investissant dans les entreprises québécoises. Plusieurs noms sont sur cette liste, notamment Alain Bouchard de Couche-Tard qui en a profité amplement. Maintenant qu'ils ont accumulé leur fortune, un retour de balancier n'est pas trop demandé.

En sept ans, la valeur nette de ces 18 fortunes a plus que DOUBLÉE! C'est leur valeur nette après avoir payé leurs impôts (s'ils en ont payé)! Ces fortunes ont augmenté de 14,77% par année en moyenne. Ce sont des augmentations faramineuses beaucoup plus élevées que celles des travailleurs. Plusieurs sont ceux qui n'ont pas eu d'augmentation salariale de leur salaire net de 14,77% entre 2011 et 2018.

En sept ans, c'est donc 30 milliards de dollars qui, en grande partie, sortent de l'économie québécoise pour aller dans les poches de ces fortunés. Soyons clairs, ces montants ne sont pas la valeur nette des compagnies de ce groupe, c'est leur valeur nette personnelle. Leurs compagnies continuent d'être profitables et d'investir dans leurs domaines.

S'attaquer aux inégalités sociales pour sauver nos réseaux

Ces 30 milliards de dollars qui reviennent à 18 fortunes ont un très grand impact sur les inégalités sociales. Chaque année, l'écart se creuse entre les plus riches de notre société et le reste d'entre nous qui n'ont pas la chance de profiter des politiques néolibérales de nos gouvernements.

Avec l'impact des politiques du gouvernement précédent, il est tout à fait possible d'imaginer ces fortunes doubler encore dans sept ans si rien n'est fait pour freiner le tout.

Un individu a besoin de combien de millions et de milliards avant qu'on dise qu'il faudrait demander une contribution beaucoup plus importante de sa part à collectivité? Ceci n'est pas un débat qui appartient à ces 18 personnes. C'est un débat qui appartient à la société.

Nous ne serons jamais capables de payer correctement les préposés aux bénéficiaires, les éducatrices, le personnel de bureau, les ouvriers spécialisés, les infirmières auxiliaires, les travailleuses sociales, le personnel paratechnique et des services auxiliaires et j'en passe, si les inégalités continuent d'augmenter à ce rythme. Et le pire, c'est que ces 18 personnes ne sont que la pointe de l'iceberg.

Regardons par exemple dans le système de la santé et des services sociaux. En haut de la pyramide, on retrouve les médecins spécialistes qui ont tellement augmenté leur rémunération qu'il a fallu inventer des primes comme la prime jaquette et la prime pour être à l'heure pour être capable de distribuer le pactole. Ils dépassent maintenant la rémunération moyenne canadienne. En plus, ils sont de plus en plus nombreux à s'incorporer pour éviter de payer des impôts sur la manne qui arrivent depuis les années Couillard/Barrette. Entre temps, les salaires du personnel qui assure les services stagnent. Espérons que le nouveau gouvernement va respecter sa promesse de récupérer une partie de cet argent !

Fermer les yeux sur le fossé grandissant des inégalités sociales au Québec n'est pas une bonne idée. Il faut y voir!

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