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04/02/2016 03:18 EST | Actualisé 03/02/2017 05:12 EST

Mais où s'en va l'éducation?

Le régime minceur imposé par le gouvernement actuel laissera des traces profondes dans l'ensemble du réseau.

Depuis des mois, les artisans du monde de l'éducation crient au désespoir devant les nombreuses coupures successives dans le système d'éducation déjà lourdement fragilisé.

Devant un matériel désuet et vétuste, des établissements scolaires en piteux états ou complètement délabrés, des ressources humaines au service aux élèves en manque partout et des profs à bout de souffle, on peut se demander quelle est la place de l'éducation dans cette province. Le régime minceur imposé par le gouvernement actuel laissera des traces profondes dans l'ensemble du réseau, les directions d'établissements et le corps professoral. Et que dire des enfants?

Au fond, c'est tout le Québec qui est perdant dans ce programme économique rigoriste. L'avenir d'un pays, d'une nation, nous le savons pertinemment, passe sans compromis par l'éducation. Ce n'est pas à la ixième relance du Plan Nord auquel il faut s'attaquer dans ce Québec des grands espaces mais à l'éducation, une éducation de qualité. Elle est là notre richesse, l'économie de demain et l'avenir de notre coin de pays.

Les plus anciens se souviendront du fameux slogan qui a moussé la vaste campagne en faveur de l'éducation dans les années 60: «Qui s'instruit, s'enrichit!». L'entrée du Québec dans la modernité a été marquée par la réforme en profondeur de l'éducation par les propositions audacieuses du rapport Parent.

En fait, l'éducation a été un des piliers centraux de la Révolution tranquille et le passage de l'un des taux de scolarisation le plus bas du monde industrialisé à un des plus élevés. Mais faut-il le rappeler fortement en ce temps de rigueur budgétaire, que cet adage n'a pas vieilli et qu'il pourrait encore aujourd'hui sortir le Québec de sa torpeur, de sa morosité. Une des bases fondamentales de la relance économique est là. Il nous faut en ce coin de pays une main-d'œuvre qualifiée, des chercheurs audacieux, des innovateurs talentueux, des passionnés du Québec de demain.

Malgré les pas de géant réalisés depuis 50 ans, la situation du déficit de formation est bien réelle dans notre société capable pourtant de réalisations spectaculaires. Comment expliquer, selon les chiffres de la Fondation pour l'alphabétisation, que 49% de la population active éprouve des difficultés de lecture et qu'un adulte sur six est complètement analphabète? Constat certes alarmant! Et que dire du tiers des étudiants qui ne termine pas leurs études secondaires?

Dans ce monde bousculé par d'innombrables changements technologiques et les secousses de la mondialisation, il me semble que ce n'est pas le temps de sabrer dans l'éducation et de réduire les services aux élèves. L'agitation sociale des derniers mois n'est pas sans raison, futile. L'éducation est le tremplin de notre avenir à tout point de vue. La connaissance et le savoir s'avèrent indispensables dans ce monde où l'économie du savoir a son pesant d'or, règne en maître sur notre monde.

Les Québécois, certes grands pragmatiques et au savoir-faire époustouflant, ont toujours eu une certaine méfiance, voire malaise devant l'intellectualisme ou encore face à des brasseurs d'idées quelque peu décapantes. Il faut se rendre compte à l'évidence, il n'y a pas que le divertissement dans la vie! Suscitons chez les jeunes le goût d'apprendre, de connaître, de découvrir, de se dépasser. C'est une voie salutaire pour le futur des nôtres. Mais dans un monde de la facilité, où tout se joue sur les bouts des doigts, la culture de l'effort et de la persévérance ne semble pas au rendez-vous, encore moins une valeur prioritaire. Entre vous et moi, il n'y a pas d'ascenseur pour la réussite scolaire, il faut prendre avec courage l'escalier. D'où l'importance de l'environnement dans lequel évolue les enfants québécois.

Dans le rapport du Centre sur la productivité et la prospérité des HEC, publié le 25 janvier dernier, les chercheurs affirment clairement que l'éducation devrait être la priorité du gouvernement. «Si le Québec aspire à renouer avec une croissance économique soutenue, le gouvernement doit réussir à implanter de façon durable une culture de l'innovation, laquelle devra inévitablement passer par la priorisation de l'éducation afin de former une main-d'œuvre compétente et qualifiée», soutient Robert Gagné, directeur du CPP. Les chercheurs proposent même d'ailleurs des avenues fort intéressantes pour atteindre cet objectif. On ne peut sacrifier des générations d'enfants au nom de la rigueur budgétaire. Et qui plus est, chiffres sur lesquels les économistes ne réussissent pas à s'entendre réellement. Tout le monde l'affirme ad nauseam que l'éducation n'est pas une dépense mais un investissement.

Le consistant remaniement ministériel de jeudi dernier par le premier ministre Philippe Couillard semble susciter un peu plus d'espoir dans le milieu scolaire. La nomination de Pierre Moreau au Ministère de l'éducation apportera-t-elle un peu de latitude, de bonnes nouvelles? Imaginé, c'est le troisième titulaire à ce poste depuis la formation du présent gouvernement le 24 avril 2014. Cette nomination confirme bien l'expression «Jamais deux sans trois». Signalons toutefois que les propos de monsieur Couillard furent tout de même encourageants et prometteurs en faisant miroiter, lors de ce remaniement ministériel, un réinvestissement en santé et en éducation. L'équilibre budgétaire semble atteint mais la croissance économique promise tambour battant n'est tout simplement pas au rendez-vous.

L'ampleur du remaniement ministériel n'apparaissait pas toutefois évidente. Ce fut toute une surprise en ce mi-mandat. Il faut dire que les politiques d'austérité menées à un rythme d'enfer par le «trio économique» du présent gouvernement étaient en train de faire couler le navire québécois qui ne cesse de piquer du nez et de faire fuir les investisseurs.

Selon l'économiste Pierre Fortin, les mesures d'austérité auront coûté l'équivalent de 1% du PIB. On aura gagné quoi tout au long de ce brassage social inédit des derniers mois? Drames et désenchantements! Il faudra sans doute des mois, voire des années pour reprendre la cadence de la croissance économique et un peu d'harmonie sur le plan social. En éducation, le Québec ne doit jamais baisser les bras. Bien au contraire, l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, qui croient en la beauté de leurs rêves.

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