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05/04/2019 06:00 EDT | Actualisé 05/04/2019 08:28 EDT

Laïcité: faire éclater la vision tunnellaire

Il faut cesser de comprendre la laïcité uniquement dans l’optique étroite d’un employé restreint dans ses droits. Le rôle de l’État laïc doit être celui d’un médiateur agissant dans l’intérêt de toutes les parties.

Posnov via Getty Images
La Cour suprême a clairement affirmé que la liberté de religion de ses représentants peut être restreinte, dans l’exercice de leurs fonctions, précisément au motif qu’ils le représentent.

Le débat sur la laïcité a repris exactement comme il se pratiquait avant la défaite du Parti Québécois. Les mêmes arguments, servis par les mêmes acteurs et recyclés de la même manière, sans être plus décisifs.

On nous dépeint une déplorable agression contre des libertés individuelles sacralisées, tout en négligeant de dire que la victime en question ne représente qu'un des acteurs impliqués dans le drame social dénoncé. La problématique est plus vaste et plus complexe qu'on veut bien nous le laisser voir.

En élargissant notre champ de vision, on réalise qu'il existe de nombreux autres acteurs impliqués, chacun à la recherche d'un compromis respectant ses droits.

La problématique est constituée d'innombrables interactions bien réelles dans lesquelles la liberté de l'un peut facilement nuire à celle de l'autre. On y découvre, entre autres, que la liberté d'un employé de l'État peut très bien empiéter sur celle des citoyens.

Un arbitre neutre, l'État, doit intervenir

La Cour suprême a maintes fois confirmé qu'il peut imposer des restrictions aux droits et libertés au nom de l'intérêt public ou du respect des droits d'autrui et que cette règle s'applique aussi à la liberté de religion.

Il faut cesser de comprendre la laïcité uniquement dans l'optique étroite d'un employé restreint dans ses droits. Le rôle de l'État laïc doit être celui d'un médiateur agissant dans l'intérêt de toutes les parties.

Cette vision tunnellaire empêche aussi de bien saisir la nature impérieuse de l'exigence de neutralité de l'État. La Cour suprême nous a dit que c'est le principe démocratique lui-même qui l'exige. Dans son jugement sur la prière à Saguenay, en tenant compte des intérêts de tous les intéressés, le tribunal nous a expliqué que l'État ne peut s'identifier à une religion.

La neutralité s'applique à l'État seulement. Pas aux individus! En revanche, la Cour a aussi confirmé explicitement que lorsque ses représentants, dans l'exercice de leurs fonctions, professent, adoptent ou favorisent une croyance, ils discriminent les autres convictions et contreviennent ainsi aux obligations de neutralité de l'État.

Elle a clairement affirmé que la liberté de religion de ses représentants peut être restreinte, dans l'exercice de leurs fonctions, précisément au motif qu'ils le représentent. C'est d'ailleurs la seule justification acceptable à cette fin.

Ainsi s'effacent les ridicules et incohérents arguments d'autorité et de coercition du rapport Bouchard-Taylor. La proposition de la Cour suprême résout même beaucoup plus facilement toutes ces spéculations simplistes censées mener à des inconsistances.

Espérons que la CAQ comprenne que pour bien défendre son projet de loi, elle doit d'abord s'engager dans une pédagogie de la laïcité qui seule pourra enfin faire éclater cette vision tunnellaire qui étouffe le débat.

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