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29/06/2018 16:16 EDT | Actualisé 03/07/2018 09:45 EDT

Enjeux électoraux au Québec: oublis ou omissions

Au cœur d’une houleuse pré-campagne électorale, nous aurions dû retrouver deux choses au cœur des débats politiques au Québec.

Getty Images

Le creux de vague qui survient dans le flot des nouvelles au Québec en cette fin juin comprend certaines vertus! Il permet notamment de prendre du recul sur notre écosystème politique pendant quelques jours.

Les enjeux prioritaires semblent être en suspens, voire en réévaluation. Or, dans le narratif des derniers mois, au cœur d'une houleuse pré-campagne électorale, nous aurions dû retrouver deux choses qui, je crois, devraient sans faute être au cœur des débats politiques au Québec. J'ai nommé: un projet économique d'envergure et la réforme de l'administration de la justice.

Le premier, si au niveau de ce que mérite le Québec, pourrait faire en sorte d'assurer la prospérité à long terme, rien de moins. Le second: rehausser la confiance qu'ont les citoyens en le fonctionnement de son État et ceux qui le dirigent. Pourtant, aucun parti n'en a fait cheval de bataille.

Essayons, humblement, de changer cela en quelques mots.

En matière de justice

Pour la justice, comme nous parlons du provincial, rien ne sert de citer les cas de sentences inappropriées attribuées à des individus violents qui reviennent si régulièrement sur le tapis, cela est de ressort fédéral. Ce sera pour un prochain billet!

Toutefois, nous avons la possibilité de réduire les délais, les frais, les embûches pour les citoyens qui doivent se servir de cet outil se voulant une mission de base des États. Pour ce faire, nous devrons miser une fois pour toutes sur un juriste visionnaire, plein d'énergie et disposant d'un appui véritable du premier ministre, ainsi que de son président du Conseil du trésor, qui tiendra les cordons de la bourse. Cela a été très loin d'être le cas au cours des dernières années.

Plus important encore devrait être un projet économique qui permettrait de financer mieux chaque aspect d'implication du gouvernement dans l'avenir.

La pauvre Stéphanie Vallée s'est vue mise sous tutelle avec la nomination d'un bon vieil apparatchik du système (Denis Marsolais) par le premier ministre il y a quelques mois pour gérer (ou plutôt sauver les meubles d'une situation crée par une inaction crasse depuis très longtemps) les contrecoups de l'arrêt Jordan, qui ô surprise, venait forcer une revue des délais de traitement par la Cour.

Des millions ont évidemment été jetés au panier, sans la moindre tentative sérieuse d'évaluer les possibilités de réorganisations pouvant générer des économies. Non! Cent quarante millions par an pour les cinq prochains devrait suffire à accélérer les traitements, tout en assurant que soit enfin pris le virage numérique, donner accès aux citoyens à leur dossier judiciaire, instaurer des pratiques innovantes (!!), etc.

Le tout sur un budget d'environ 900 millions par an, ce qui ne représente même pas un centième du budget total.

Et pendant ce temps...

Pendant ce temps, le chef des Hells Angels poursuit le gouvernement pour l'avoir emprisonné à tort, la Régie du logement fait son travail au ralenti, des procès continuent à avorter, d'autres s'étirent de façon toujours plus déraisonnables sans qu'aucune conséquence ne soit envisageable pour d'autres parties prenantes que les civils, parce que justement il s'agit de causes non-criminelles.

Pourtant, les propositions en ce domaine se font timides. Cela ne fait aucun sens. Il est temps qu'un parti présente un ministre de la Justice potentiel assez déterminé pour changer la donne. Cela devrait être un déterminant majeur pour les électeurs.

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Miser sur l'économie

Plus important encore devrait être un projet économique qui permettrait de financer mieux chaque aspect d'implication du gouvernement dans l'avenir. Pour une province de la taille du Québec, cela est inévitable. Nous devons développer un nombre limité de niches et y investir davantage. Parmi les possibilités en ce sens, il y a le fameux stockage informatique qui requiert une température semblable à la nôtre et en même temps des tarifs d'électricité flexibles...

Mais encore plus logique et simple: profiter de l'émergence de la nouvelle classe moyenne mondiale, qui se veut spectaculaire, pour offrir un produit qui se serait exotique pour la majorité de ses nouveaux protagonistes. En effet, nos grands espaces et notre climat froid sont encore là un attrait qu'il est inconcevable de ne pas mettre à profit. Le contexte devrait faire que nous nous attaquions agressivement aux nouveaux voyageurs venant de contrées où l'hiver est synonyme de simples pluies!

Pourtant, aucun chef de parti n'a cru bon miser là-dessus à date. Une offensive publicitaire majeure à l'étranger n'est mentionnée nulle part. Nos politiciens se perdent en formules creuses du genre: «faire du tourisme une industrie performante, innovante et axée sur le développement économique», comme le mentionne la ministre du Tourisme actuelle dans son plan d'action 2016-2020.

Rien de très vendeur pour le grand public là-dedans, ni de très effectif. Espérons simplement que cette lacune soit enfin vue comme une opportunité par notre classe politique, au retour de ce temps de célébrations nationales, juste avant une campagne qui semble prometteuse quant à l'avènement de certains changements.

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