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12/07/2018 14:13 EDT | Actualisé 12/07/2018 14:16 EDT

Boycottage: voici pourquoi j’irai aux É.-U. cet été

Le président américain n’est pas des plus tendres envers le Canada par les temps qui courent.

Mike Blake / Reuters

Le président américain n'est pas des plus tendres envers le Canada par les temps qui courent. Il a joué les chipies avec Justin Trudeau au G7. Il impose des tarifs. Il n'est d'aucune aide dans l'amélioration de nos lacunes à la frontière. Considérer tout ce qu'il est possible de lui reprocher sur sa politique intérieure est assez pour certains pour montrer du dédain envers l'Amérique entière, et boycotter leurs produits et leur territoire.

Cela peut sembler sensé, mais il importe toujours de pousser ce genre d'analyse à un deuxième niveau avant de l'appliquer. Pour ma part, cet exercice m'a poussé à conclure que cela n'est pas ce qu'il y a de plus productif.

Voilà pourquoi.

Premièrement, il faut convenir de ce fait: un dirigeant politique a pour devoir de mettre de l'avant les mesures qu'il croit être les meilleures pour le mieux-être du peuple l'ayant élu. Donald Trump a reçu l'appui de dizaines de millions d'Américains et est devenu chef d'État. Avec comme mantra économique d'obtenir plus d'avantages pour son pays dans les accords internationaux de commerce. Sa stratégie s'avèrera peut-être contre-productive au final, mais nul ne peut nier que l'intention soit louable.

Je répète: un dirigeant politique a pour devoir de mettre de l'avant les mesures qu'il croit être les meilleures pour le mieux-être du peuple l'ayant élu. Cela peut paraître radical aux mondialistes du genre de Justin Trudeau, mais l'idéal serait que ce soit aussi vrai dans un système de relations internationales beaucoup plus «post nations», d'où nous sommes néanmoins toujours très loin.

Dans le cas du commerce international, il ne peut se produire d'autres résultats que ceux qu'on espère voir générer par les effets de l'avantage comparatif à l'œuvre, qu'en grappillant des concessions aux pays avec lesquels ces accords sont passés. Nous faisons partie de ces pays, et nous devrons probablement en faire.

Les États-Unis ont le gros bout du bâton. Le Canada envoie le deux tiers de toutes ses exportations vers son voisin du sud. C'est seulement 18% de celles des Américains qui aboutissent chez nous. Que dirions-nous si un de nos dirigeants laissait de côté un tel avantage lors de négociations? Évidemment que nous nous insurgerions. Nous aurions raison. Donald Trump ne doit pas le faire. Et il faut oublier ici l'argumentaire fallacieux voulant que le libre-échange soit la panacée économique miraculeuse. Si c'était le cas, nous vivrions un total et complet libre-échange.

Reprocher à Donald Trump de se comporter en matamore sur le commerce international est pratiquement l'équivalent de lui accorder le titre de stupéfiant négociateur.

Or, ces accords sont sempiternellement constitués de nombre d'exceptions plus vaste que de réelles ententes de réciprocité. Ils sont donc le fruit d'intenses négociations, où la bonne foi ne peut qu'être définie par la présence à la table. Rien n'interdit de profiter des avantages dont on dispose. Reprocher à Donald Trump de se comporter en matamore sur le commerce international est pratiquement l'équivalent de lui accorder le titre de stupéfiant négociateur. C'est de l'aveuglement volontaire. Il ne fait qu'user d'une stratégie accessible à qui le voulait bien. Il considère que c'est pour le mieux pour son pays. Il faut donc le comprendre.

Un coup d'épée dans l'eau

Toutefois, il serait insensé de se laisser abattre et abdiquer! Mais boycotter les produits américains ou éviter les plages du Maine cet été est du registre du coup d'épée dans l'eau. Ce qu'il nous faut est de l'audace politique. Les produits américains récemment surtaxés par Ottawa en sont un exemple timide. Il faudra plus.

Il faudra peut-être intégrer d'autres enjeux aux négociations (l'appui au retrait de l'accord sur le nucléaire iranien par exemple), même si cela n'est pas très orthodoxe. Il faudra peut-être une rebuffade ou deux (à l'exemple de Trudeau père et de sa reconnaissance de la Chine de Mao à la barbe de Nixon). Mais surtout: il faut repenser notre organisation économique et diversifier rapidement nos destinations d'exportations.

Au surplus, si les façons de faire de Donald Trump renforcent l'économie américaine en fin de compte, il y aura de quoi se réjouir! L'Amérique, étant la plus grande puissance mondiale toutes catégories de puissances confondues, est une bénédiction pour le monde!

Son hégémonie tient office de régulateur des relations internationales depuis l'effondrement de l'URSS, et, si elle n'a pas été parfaitement exemplaire en jouissant de ce statut, la perspective de voir la Chine, deuxième en lice depuis déjà un moment, accéder à cette première marche de podium a de quoi relativiser ces écarts de conduite passés chez les Américains.

Le pays de Xi Jinping, qui s'est littéralement couronné lui-même comme possible dirigeant à vie récemment, façon Bonnaparte, a un bilan incomparablement moins reluisant en matière de respect des droits de l'Homme, de corruption, ou de principes démocratiques. Sa puissance a décuplé depuis son arrivée dans l'Organisation mondiale du commerce, début 2000, profitant plus que copieusement de l'excédent commercial le plus spectaculaire de tous les temps, celui avec les États-Unis.

En vue de l'amenuiser, justement, quoi de mieux, dans le jeu de torses gonflés ayant cours en guise de négociations, que de souligner que même le Canada se voit bousculé actuellement!?

Voilà, entre autres, pourquoi j'irai faire un tour aux États-Unis pendant mes vacances cet été.

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