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03/02/2017 09:02 EST | Actualisé 03/02/2017 09:02 EST

Le Québec n'a pas été victime d'un acte terroriste

Le refus de la différence raciale ou religieuse, érigé en terrorisme à un haut niveau n'est pas l'exemple que doivent recevoir les gens plus fragiles.

La nouvelle a fait le tour du monde et tellement rapidement que des informations sur les présumés coupables ont dû être corrigées par la suite parce qu'elles étaient fausses. Il n'y avait pas deux attaquants, mais plutôt un seul et aucun Marocain n'était suspect.

Devrait-on maintenant corriger la nouvelle ? Notre Belle Capitale n'a pas été victime d'un acte terroriste. Elle a été le site d'une attaque contre des musulmans pratiquant leur religion dans un lieu de culte. Cette attaque a été perpétrée par un Québécois de souche, un natif d'ici.

Une attaque terroriste est habituellement commise par des gens de l'extérieur contre un lieu ou des gens représentant leur culture ou leur société. À Paris, le Bataclan représentait, pour les assaillants, la liberté et la dépravation d'une société différente de la leur. Le journal Charlie Hebdo représentait la liberté d'expression dans une société beaucoup plus libre que celle des assaillants. Les tours du World Trade Center à New York étaient la représentation de la puissance américaine.

Lorsque les talibans attaquent un poste de police ou un édifice gouvernemental, ils s'attaquent à l'autorité, à une autorité qu'ils voudraient abattre pour prendre le pouvoir à sa place. Le comportement et les motivations semblent les mêmes pour le groupe État islamique lorsqu'il envahit une ville de Syrie. Lorsque Boko Haram enlève de jeunes filles d'une école, il s'attaque à l'autorité pour faire preuve de force, pour intimider et pour acquérir du pouvoir sur un village, une ville ou une région.

Notre société s'est enrichie en accueillant des médecins, des restaurateurs de plusieurs nationalités et des spécialistes de plusieurs secteurs pour compléter nos forces et combler nos faiblesses.

Or, à Québec, l'attaquant seul voulait tuer des gens différents de lui qu'il n'accepte pas dans son environnement. C'est le fait d'un esprit malade et je ne dis pas cela pour qu'il s'en tire en cour en invoquant la maladie ou la folie. Il est malade de constater que la société évolue en se diversifiant. Son refus de cette évolution est le symptôme d'une insécurité et ne justifie en aucun cas un acte d'une telle violence.

Il y a cinquante ans, le Québec a ouvert ses portes au monde avec l'Expo 67 et depuis, nous avons découvert et adopté des mets, des cultures et des gens différents. L'accueil au départ amical et timide est devenu plus large et parfois limité, surtout depuis les événements du World Trade Center. De très nombreux Québécois ont aussi voyagé pour découvrir et approfondir ces différentes cultures.

Notre société s'est enrichie en accueillant des médecins, des restaurateurs de plusieurs nationalités et des spécialistes de plusieurs secteurs pour compléter nos forces et combler nos faiblesses. Notre seuil de tolérance pour la diversité n'est pas toujours au niveau espéré. Nos ordres professionnels font encore preuve à l'occasion d'étroitesse d'esprit en exerçant un protectionnisme indu et nuisible. Des employeurs montrent encore de la réticence à embaucher des travailleurs d'origine étrangère.

L'évolution est lente, mais il y a évolution dans le bon sens. La connaissance de l'autre en le côtoyant ou en allant le visiter chez lui contribue à mieux l'accepter. Nous devons poursuivre ce processus tout en établissant clairement des conditions de base à l'intégration dans notre société.

Aujourd'hui, le terrorisme dépasse les attaques violentes et dévastatrices. C'est le geste d'un président qui veut ériger un mur pour empêcher son voisin d'entrer chez lui. C'est aussi le refus de ce même président de recevoir sur ses terres des gens de l'extérieur s'ils ne proviennent pas de pays amis, rassurants ou soumis. Le refus de la différence raciale ou religieuse, érigé en terrorisme à un haut niveau n'est pas l'exemple que doivent recevoir les gens plus fragiles.

À quand le boycottage des politiciens formulant des discours alarmistes? À quand le boycottage et la neutralisation des beaux parleurs faisant croire à un seul mode de vie acceptable, le leur?

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