LES BLOGUES
29/08/2016 08:19 EDT | Actualisé 29/08/2016 08:19 EDT

À toi, qui veux devenir enseignant

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - Je t'arrête tout de suite, ne perd pas ton temps, il n'est pas possible de devenir enseignant. Je suis désolé de mettre fin aux rêves de certains, mais malheureusement, nous sommes enseignants depuis toujours ou nous ne le sommes pas.

Je t'arrête tout de suite, ne perd pas ton temps, il n'est pas possible de devenir enseignant. Je suis désolé de mettre fin aux rêves de certains, mais malheureusement, nous sommes enseignants depuis toujours ou nous ne le sommes pas.

La vérité, c'est qu'être en enseignant ça ne s'invente pas, arrêtons de se le cacher. Vous avez certainement déjà connu un mauvais ou une mauvaise enseignante. Vous savez, celui qui vous a fait demander un court instant : « Mais bon sens, qu'est-ce qu'il fait dans le domaine de l'éducation ? ». Il faut toutefois faire attention, je ne voudrais pas m'aventurer sur les terrains accidentés de la prétention, mais simplement démontrer ma thèse. Pourquoi ne pourrait-on pas créer de bons enseignants me demanderez-vous ? Et je vous répondrai que la formule est beaucoup trop complexe pour les jeunes scientifiques du cerveau que nous sommes, nous, les êtres humains.

Par contre, si pour une journée, nous étions de grands biologistes capables des plus grandes créations humaines jamais conçues auparavant, la recette du bon enseignant commencerait sans doute par une grande dose de don de soi. Toutefois, s'il n'est pas jumelé à une foi incommensurable en l'individu, le don de soi sera inutile. Il faut arriver à croire en chaque élève même lorsque l'espoir lui-même s'est éteint en lui. C'est également refuser l'abandon d'un étudiant même lorsque ce serait l'option la plus évidente à choisir. Pour créer le parfait enseignant, nous aurions sans doute besoin d'ajouter la capacité de voir ce qu'il y a de bon en chaque personne. Le pouvoir d'accepter la différence et de s'en servir comme une motivation à la réussite plutôt que comme un argument à l'échec également. Il y a tant à considérer et à mélanger à juste dose pour faire d'une personne, un véritable enseignant. Ce n'est pas pour rien que l'on entend souvent dire que l'éducation est une vocation.

Puis, il y aura ceux qui vous diront: «Oui, mais t'as deux mois de vacances», comme si les dix autres mois de l'année ne comptaient pas, que c'était simplement du temps à passer en classe à se tourner les pouces. La majorité des personnes ne te verront pas préparer tes cours les dimanches après-midi et ils ne verront certainement pas les fins de semaine que tu passes à l'université pour parfaire tes connaissances. Certains de tes élèves oseront même bouder les exercices que tu auras préparés en te disant que ça ne leur « tente » pas. Comme si toi ça te tentait de prendre du temps dans la fin de semaine pour les préparer. Malgré tout cela, tu te contenteras de sourire en te disant que cet élève est comme il est et que dans le fond, tu l'aimes quand même. Il y aura les mille et un comités, parce que non, tu ne termineras pas ton quart de travail à trois heures trente en même temps que les élèves. Il te faudra préparer tes prochains cours, préparer des évaluations, les corriger et faire un suivi un peu plus particulier pour certains de tes étudiants.

Si malgré tout cela, tu occupes encore ton nouveau poste d'enseignant que tu désirais tant à la fin du mois de juin, on t'annoncera probablement et froidement que ton poste ne sera peut-être pas renouvelé l'année d'après. Tu te demanderas sans doute comment tu devras occuper tes vacances : à te chercher un nouvel emploi ou à te reposer. Probable qu'à ce moment précis tu remettes en doute ton choix de carrière même si tous tes collègues et tes proches te disent constamment que tu es « tellement fait pour ça ».

«J'ai des élèves fantastiques, allumés, différents et tous unique. Je les aime tous, sans exception, à ma façon. Je me suis promis d'avoir un impact positif et considérable sur chacune de leur vie.»

Finalement, un jour tu arriveras à la graduation de tes élèves et t'auras sûrement cette énorme envie de pleurer en toi. Ton cœur sera envahi de joie devant ces jeunes personnes à qui tu auras donné la chance d'avancer un peu plus. Un élève viendra peut-être à ta rencontre pour t'annoncer tout bonnement que tu as complètement changé sa vie.

C'est ça, le plus beau métier du monde et je te comprends, cher lecteur, de vouloir l'exercer.

J'enseigne depuis maintenant deux ans et je n'échangerais pas ma place pour rien au monde. J'ai des élèves fantastiques, allumés, différents et tous unique. Je les aime tous, sans exception, à ma façon. Je me suis promis d'avoir un impact positif et considérable sur chacune de leur vie et de les aider à parcourir ce miracle qu'est la vie.

C'est ma façon bien à moi, de léguer mon héritage aux prochaines générations.

Découvrez d'autres témoignages d'enseignants et de professeurs dans notre section Enseigner au 21e siècle

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Les 10 métiers où l'on trouve le plus de psychopathes Voyez les images