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02/03/2019 06:00 EST | Actualisé 02/03/2019 06:00 EST

Carnet de voyage: découvrir Oman

Oman est vraiment entré dans la modernité à partir de 1970, grâce aux revenus du pétrole et du gaz, qui ont permis ce que les Omanais appellent «la renaissance».

Emad Aljumah via Getty Images
Vieilles maisons entourées de palmiers et de montagnes, Nizwa, Oman.

Le Sultanat d'Oman, sans doute la plus discrète des monarchies pétrolières et gazières de la péninsule arabique, s'est tourné vers le tourisme pour diversifier son économie. Et il en a les atouts. Des infrastructures ultramodernes, des milliers de kilomètres de côtes, une histoire et des traditions uniques ainsi que des paysages à couper le souffle, sans oublier un climat tempéré en hiver. Je viens d'en faire l'expérience.

Il y a quelques années, j'y avais fait une courte visite avec des collègues diplomates, dans la péninsule de Musandam, au nord-ouest du pays. Nous nous y étions rendus par la route à partir de Dubai. Région montagneuse spectaculaire, le long du détroit d'Hormuz.

Surnommée la Norvège du Moyen-Orient, avec ses fjords exceptionnels que l'on peut naviguer à bord de «dhow» ces bateaux typiques d'Oman, j'avais aussi été impressionné par le ballet incessant des vedettes rapides remplies à ras bord de produits de consommation courante destinés à l'Iran à 55 km de là. De la contrebande assumée. Après ce premier séjour, je m'étais dit qu'il faudrait en voir plus un jour. C'est fait.

D'abord, quelques jours dans la capitale Mascate (ou Muscat). Contrairement à des villes comme Doha ou Dubai, il n'y a pas de hauts gratte-ciels. La cité moderne est passablement étendue et traversée d'autoroutes. Une route suit la côte et traverse le port où des croisières font escale de l'autre côté du souk, permettant aux plaisanciers de venir acheter toutes sortes de babioles «made in India».

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Un souk à Mascate, à Oman.

En fait, la «vieille ville» est de dimension modeste. C'est là que l'on retrouve le palais du Sultan Qaboos Bin Said, des ministères, mais surtout un superbe musée qui permet au visiteur de parcourir la longue histoire du pays et d'apprivoiser sa culture et ses sites.

On peut y voir notamment des tablettes en caractères cunéiformes d'origine mésopotamienne datant de 4000 ans, qui attestent de l'existence de commerce avec une entité appelée Magan, qui est sur le territoire d'Oman d'aujourd'hui. C'est le cuivre qu'on y trouvait qui en faisait sa réputation.

Les conflits tribaux, de pouvoir ou ceux qui, au cours des siècles, ont opposé la côte d'Oman et les régions plus pauvres de l'intérieur, ont incité à la construction de forteresses. Elles ont été très bien restaurées au cours des dernières années, sous la supervision de l'UNESCO. Celles de Nizwa, Bahla, Nakhal sont particulièrement impressionnantes.

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Le fort et la mosquée de Nizwa, Oman.

Le djebel Akhdar, une région montagneuse accessible par une route spectaculaire, nous fait monter jusqu'à 2500 mètres. Nous avons pu aussi visiter, au milieu de nulle part, un site de sépultures datant de 5000 ans (Al Ayn) et une grotte récemment découverte de 5 km de long (Al Hoota).

Nous avons terminé notre séjour en bord de mer à Salalah au sud du Sultanat où un climat plus tropical permet la culture de la noix de coco et de la banane. Tout près de notre hôtel, le site d'un ancien port du XIIe siècle (Al Balleed), d'où partaient jadis les bateaux pour le commerce de l'encens ( extrait d'un arbre de la région) vers l'Inde, est fort bien préservé et se parcourt par un sentier balisé le long de la mer. Il est doté d'un musée particulièrement instructif sur la production de l'encens et l'histoire de la région.

Les Omanais étaient de grands voyageurs naviguant en mer Rouge, dans le golfe Persique, dans l'océan Indien.

photography by Ulrich Hollmann via Getty Images
Plage à proximité de Salalah, Dhofar, Oman.

Se rendant sur rives de l'Indus, en Perse, la péninsule arabique, la Mésopotamie. Ils commerçaient avec l'Égypte des Pharaons, les Phéniciens, les Grecs et les Romains. Le produit de prédilection était l'encens bien sûr, mais aussi les dattes (excellentes et sucrées) notamment. Ils se rendirent jusqu'au Mozambique et sur les rives du sud de la Chine.

Sinbad le Marin s'inspire de leurs exploits. Marco Polo y a fait escale.

Oman fut l'un des premiers pays à s'être islamisé. Cependant, il n'est pas sunnite ni chiite. La majorité des Omanais sont des Ibadites, une secte formée dans le contexte des querelles de succession qui ont suivi la mort du prophète Mohamed au VIIe siècle de notre ère. Ils ne forment que 1% du monde musulman. On en compte aussi en Algérie, Libye, l'Ile de Djerba en Tunisie et à Zanzibar. On les décrit comme tolérants, et rejetant la violence pour atteindre des objectifs politiques. En fait, Oman est le seul pays où l'on trouve une majorité ibadite.

Oman est vraiment entré dans la modernité à partir de 1970. En effet, avec l'aide des Britanniques, le sultan actuel renversa sans effusion de sang son propre père, qui voulait garder le pays dans la tradition et un relatif isolement. Les revenus du pétrole et du gaz ont permis de mettre en place ce que les Omanais appellent «la renaissance».

Les habitants bénéficient d'un revenu parmi les plus élevés dans le monde. On le constate quand on voit leurs habitations, les écoles, hôpitaux et universités. Cependant tout n'est pas parfait. Oman a aussi connu en 2011 son printemps arabe. Des manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes. Les protestataires s'en prenaient au chômage, au coût de la vie et à la corruption. Ils réclamaient aussi davantage de droits civils et politiques, sans demander un changement de régime cependant.

Elles furent reprises en 2012. Les jeunes voulaient que le processus «d'omanisation» de la main-d'œuvre soit plus rapide. En effet, Oman comme les autres pays de la région utilise une large main-d'œuvre étrangère à bon marché, d'Inde, des Philippines et du Bangladesh, notamment. Sans elle, le pays ne pourrait fonctionner. Ces manifestations furent suivies de vague d'arrestations et de répressions chez les journalistes et d'activistes. Depuis, le régime a fait quelques réformes et créé des emplois pour les jeunes dans la fonction publique.

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Le sultan d'Oman, Qaboos bin Said al-Saiden janvier 2019.

La succession du sultan Qaboos pose aussi des interrogations. Sa santé est fragile. Il n'est pas marié et ne laisse pas de descendants. Cela crée une certaine inquiétude au sein de la population habituée au même leadership depuis près de 50 ans, sans partage! Le sultan contrôle tout. Le processus menant à lui trouver un successeur semble plutôt obscur.

Profitant des excellentes structures du pays, y voyager est très facile. Les aéroports sont flambant neufs, les routes impeccables (tout un choc quand on connaît les nôtres!) et conduire n'est pas un problème. Les indications routières sont bilingues (anglais-arabe) et beaucoup d'Omanais parlent anglais. On trouve de l'alcool dans les grands hôtels.

L'atmosphère générale dans le pays est détendue. Les Omanaises conduisent, se mêlent aux hommes en public. La capitale a été dotée d'un magnifique opéra et, lors de mon séjour, Placido Domingo chantait dans La Traviata de Verdi avec une troupe italienne. Pour les sportifs, la pratique de la plongée, de la plongée libre ou du trekking dans les montagnes sont très populaires. Des expatriés viennent des émirats pour faire du vélo de montagne.

Ce qui n'empêche pas de voir en même temps des espaces dans certains restaurants permettant aux familles de s'isoler pour manger sans ustensiles parfois, assises sur le sol, de manière traditionnelle.

L'intérieur du pays est plus conservateur. Les cultures se côtoient donc.

Parlant de tradition Oman, possède depuis trois millénaires un système unique d'irrigation agricole (falag), encore utilisé de nos jours.

Compte tenu de l'instabilité au Moyen-Orient et du risque terroriste, le nombre de pays que l'on peut visiter dans la région n'est pas énorme et a tendance à se réduire. Oman compte profiter de cette situation. Grand bien lui fasse!

(PS: ce texte n'est pas une commandite du gouvernement d'Oman ni d'agences de voyage... et fut effectué à nos frais!)

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