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12/06/2018 09:00 EDT | Actualisé 12/06/2018 09:00 EDT

Québec Debout: le retour de Forces et Démocratie?

Force est de constater que la ressemblance est troublante entre Québec Debout et le défunt parti de Jean-François Fortin.

Sergey Tinyakov via Getty Images
Espérons que Québec Debout soit ouvert à la discussion avec le Bloc afin d'éviter un autre fiasco comme Forces et Démocratie lors de la prochaine élection.

Alors que beaucoup croyaient initialement qu'il s'agissait d'un moyen de pression pour faire écarter Martine Ouellet de la chefferie du Bloc Québécois, il semblerait que les cinq ex-députés bloquistes ne s'étant pas ralliés au parti après son départ comptent réellement fonder leur nouveau parti, baptisé « Québec Debout ». Lorsque Rhéal Fortin, député fédéral de Rivière-du-Nord et chef intérimaire de la nouvelle formation politique, a annoncé cette décision au lendemain du vote de confiance, de mauvais souvenirs ont dû resurgir pour les bloquistes ayant une bonne mémoire. En effet, Québec Debout rappelle directement le défunt parti Forces et Démocratie, fondé par le député bloquiste Jean-François Fortin pour l'élection fédérale de 2015, qui s'est avéré un échec cuisant.

Tout commence au lendemain de l'élection fédérale de 2011. Le Nouveau Parti Démocratique de Jack Layton a balayé le Québec avec la « vague orange » et se retrouve l'opposition officielle du Canada, supplantant le Parti Libéral du Canada. De son côté, le Bloc Québécois, qui gagnait aisément la majorité des sièges québécois à toutes les élections depuis son apparition en 1993, se retrouve décimé et passe de 49 à 4 élus seulement. Après le bref passage de Daniel Paillé à la tête du parti, une course à la chefferie est organisée en 2014 et oppose Mario Beaulieu, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, à André Bellavance, député bloquiste de Richmond-Arthabaska. Le premier fait la promotion d'un Bloc Québécois résolument indépendantiste agissant comme un acteur important du mouvement souverainiste, alors que le second veut d'un parti « Pour tous ceux qui ne sont pas nécessairement souverainistes - il y a des indécis au Québec, mais pour qui le respect du Québec dans son intégralité est leur priorité ».

Finalement, c'est Mario Beaulieu qui gagne la chefferie avec 55% des appuis, confirmant la volonté des membres d'avoir un Bloc Québécois indépendantiste. Peu après, André Bellavance et Jean-François Fortin, député de Haute Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, démissionnent du caucus bloquiste en raison de ce qu'ils appellent « l'extrémisme indépendantiste » du nouveau chef, soit sa volonté de se servir du Bloc Québécois pour promouvoir l'indépendance du Québec, ce qui cadre directement avec sa mission fondatrice. À la suite de sa démission, Jean-François Fortin fonde le parti Forces et Démocratie, un parti fédéral implanté principalement au Québec visant à défendre les enjeux locaux sans avoir de ligne indépendantiste. Sans surprise, il est oblitéré aux élections de 2015 et seuls deux de ses candidats, dont Jean-François Fortin, parviennent à obtenir plus de 2% des suffrages exprimés. Comme de raison, Forces et Démocratie meurt de sa belle mort en 2016 lorsqu'il est radié par Élections Canada.

Force est de constater que la ressemblance est troublante entre Québec Debout et le défunt parti de Jean-François Fortin. Outre le nom de famille de leur chef respectif, les formations politiques ont en commun d'être formées de dissidents bloquistes reniant l'indépendance du Québec au fédéral dans le but de ratisser plus large dans l'électorat, ce qui historiquement a été un échec cuisant. On l'a vu par le passé, il n'y a pas de place pour deux partis mettant le Québec d'abord sur la scène fédérale. Si le Bloc formait jusqu'ici un front uni des indépendantistes québécois, il court maintenant la chance de voir son vote divisé lors du prochain scrutin et de sombrer plus bas que jamais.

Si le Bloc formait jusqu'ici un front uni des indépendantistes québécois, il court maintenant la chance de voir son vote divisé lors du prochain scrutin et de sombrer plus bas que jamais.

Au final, pour reprendre la locution de Rhéal Fortin, qu'est-ce qui « affaiblira le plus le Québec », des indépendantistes ayant fondamentalement à cœur le Québec ou plus de députés fédéralistes que jamais, élus grâce à une division du vote nationaliste-indépendantiste entre le Bloc Québécois et Québec Debout? La question se pose et, depuis le départ de Martine Ouellet, il n'y a plus de raisons valables pour que demeure cette triste division chez les indépendantistes au fédéral. Surtout avec le projet de refondation porté par le Forum Jeunesse du Bloc Québécois qui se met en branle, espérons que Québec Debout soit ouvert à la discussion avec le Bloc afin d'éviter un autre fiasco comme Forces et Démocratie lors de la prochaine élection. Le mouvement indépendantiste et tous ceux pour qui c'est le Québec d'abord s'en porteront nettement mieux.