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01/03/2019 08:25 EST | Actualisé 01/03/2019 08:30 EST

Une percée verte aux élections fédérales?

Même si rien n'est acquis pour le Parti vert du Canada, qui amorcera la prochaine campagne avec un seul siège à la Chambre des communes, les indicateurs lui prédisent déjà une certaine montée dans l'opinion publique canadienne.

CP/Lars Hagberg
Les divers sondages pancanadiens prévoient une montée importante de la formation politique dirigée par Elizabeth May, d'ici à l'élection fédérale du 22 octobre prochain.

Lundi dernier, lors des élections partielles fédérales tenues dans Outremont pour remplacer Thomas Mulcair, le Parti vert du Canada a causé la surprise. Son candidat, Daniel Green, est arrivé troisième avec 12,5% du vote, soit plus de trois fois le score du parti aux élections fédérales de 2015.

Dans cette circonscription montréalaise, les verts ont donc réussi à devancer à la fois le Parti conservateur du Canada et le Bloc québécois.

Dans la même lignée, les divers sondages pancanadiens prévoient une montée importante de la formation politique dirigée par Elizabeth May d'ici à l'élection fédérale du 22 octobre prochain. Le dernier coup de sonde de la firme Angus Reid, par exemple, place le PVC à 8% au pays, alors que celui-ci n'a récolté que 3,45% des appuis lors du scrutin canadien de 2015.

Il est donc question d'un réel bond en popularité pour le parti, qui doublerait pratiquement son score électoral.

Tout le monde aime l'environnement

Pourtant, tout n'est pas gagné pour les verts du Canada, malgré une certaine montée en importance de l'enjeu écologique, notamment dans les médias. Les formations politiques mieux établies, surtout celles qui penchent plus ou moins à gauche, ne sont pas folles et souhaitent toutes surfer sur la vague verte jusqu'à la Chambre des communes en octobre prochain.

En effet, le Parti libéral du Canada, malgré qu'il a carrément nationalisé un oléoduc pour la modique somme de 4,5G$ d'argent public, a trouvé sa caution environnementale en engageant Steven Guilbeault, cofondateur d'Équiterre, pour coprésider son nouveau comité gouvernemental sur les changements climatiques.

S'il venait à être candidat libéral, nul doute que Justin Trudeau pourrait gagner quelques points de légitimité en le présentant comme un potentiel ministre de l'Environnement.

Les formations politiques mieux établies, surtout celles qui penchent à gauche, souhaitent surfer sur la vague verte jusqu'à la Chambre des communes en octobre prochain.

Parallèlement, le Bloc québécois d'Yves-François Blanchet a fait moult professions de foi environnementales, notamment dans le but d'attirer le vote millénial dans le giron souverainiste. Nul doute que le Bloc fera campagne en mettant dos à dos le Québec vert et le Canada pétrolier, une stratégie qui pourrait lui être bénéfique.

Ne souhaitant pas demeurer en reste, le Nouveau Parti démocratique s'agite lui aussi sur le front environnemental, ayant annoncé récemment qu'il souhaite complètement bannir les bouteilles de plastique à usage unique d'ici trois ans partout au Canada. Cependant, alors que le parti amorce une grande descente le rapprochant de plus en plus du Parti vert dans les sondages, on peut se demander si des électeurs néodémocrates feront le saut vers le PVC plutôt que l'inverse.

Les écologistes: minorité bruyante ou majorité silencieuse?

Même si le discours de l'urgence climatique se fait de plus en plus présent, on peut malgré tout se demander s'il est l'apanage d'une minorité extrêmement vocale ou s'il représente de plus en plus une priorité sociétale.

La question environnementale était le facteur premier du vote de seulement 3,4% des Québécois.

Dans son étude publiée dans Policy Options sur les raisons du vote lors des élections québécoises d'octobre dernier, la professeure Claire Durand a établi que la question environnementale était le facteur premier du vote de seulement 3,4% des Québécois.

Bien entendu, un tel chiffre ne signifie pas que seuls 3,4% des Québécois se soucient de la crise écologique, bien au contraire. Cependant, pour accorder son vote au Parti vert du Canada, un parti qui s'est bâti exclusivement sur le discours environnementaliste, il faut être extrêmement préoccupé par cet enjeu.

Autrement, les progressistes de diverses tendances pourraient se satisfaire d'appuyer le PLC, le NPD ou le Bloc tout en gardant bonne conscience, puisque les trois partis se disent verts. En toute franchise, seul le Parti conservateur du Canada, qui fait activement campagne contre le marché du carbone proposé par Justin Trudeau, ne cache pas son apathie face aux changements climatiques.

Un vote protestataire

Ainsi, même si la sensibilité écologique gagne de plus en plus de citoyens, on ne pourrait forcément prédire l'irrésistible montée d'un parti politique qui peine à s'affirmer sur les autres enjeux essentiels à la joute politique face à des formations plus polyvalentes qui affichent un virage vert destiné à séduire les verts les moins résolus.

Toutefois, on pourrait réalistement voir l'émergence d'un vote vert protestataire dans certaines circonscriptions urbaines traditionnellement acquises au Parti libéral du Canada ou au Nouveau Parti démocratique.

Lors du scrutin québécois d'octobre dernier, le phénomène s'est produit à moindre échelle dans certaines circonscriptions du West Island, où le Parti vert du Québec a dépassé les 5% alors que son score à l'échelle du Québec était de 1,68%. Sans doute le parti d'Alex Tyrell a-t-il servi d'exutoire à des fédéralistes de gauche exaspérés des libéraux.

Malgré le bon score du Parti vert dans Outremont lors de l'élection partielle, il y a fort à parier que les gains des troupes d'Elizabeth May se feront d'abord ailleurs.

Si l'environnement s'impose comme un thème dans la campagne électorale fédérale, rien n'empêcherait la formation écologiste de voir entrer un, deux voire trois nouveaux élus à la Chambre des communes, autant de symboles forts d'un enjeu de plus en plus discuté dans le débat public.

Malgré le bon score du Parti vert dans Outremont lors de l'élection partielle, il y a fort à parier que les gains des troupes d'Elizabeth May se feront d'abord ailleurs, le vote vert étant nettement moins répandu au Québec lorsqu'on le compare à des provinces comme la Colombie-Britannique ou l'Île-du-Prince-Édouard.

Au final, même si rien n'est acquis pour le Parti vert du Canada, qui amorcera la prochaine campagne avec un seul siège à la Chambre des communes, les indicateurs lui prédisent déjà une certaine montée dans l'opinion publique canadienne.

Si l'environnement s'impose comme un thème dans la campagne électorale fédérale, rien n'empêcherait la formation écologiste de voir entrer un, deux, voire trois nouveaux élus à la Chambre des communes, autant de symboles forts d'un enjeu de plus en plus discuté dans le débat public.

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