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J'ai survécu à la thérapie de conversion. Voici ce que l’interdiction canadienne doit inclure.

Définir ce qui constitue exactement la thérapie de conversion, puis cibler les praticiens connus, sera le défi du gouvernement Trudeau.

Il y a peu de choses plus troublantes pour la communauté LGBTQ que l’idée de la thérapie de conversion. Le fait que des organisations et des praticiens existent pour pousser les êtres humains à essayer de tuer une partie de leur véritable identité est encore pire considérant que cet acte de torture est toujours légal dans la majeure partie du Canada. C’est pourquoi l’annonce de Justin Trudeau en décembre de son intention d’interdire la thérapie de conversion à l’échelle nationale a si grandement soulagé des victimes comme moi.

Justin Trudeau lors de la période de questions à la Chambre des communes le 9 décembre 2019.
Justin Trudeau lors de la période de questions à la Chambre des communes le 9 décembre 2019.

Un rapport de 2019 de l’Université de la Colombie-Britannique soumis à la Chambre des communes du Canada estime que plus de 20 000 Canadiens issus de minorités sexuelles ont été exposés à une certaine forme de thérapie de conversion - mais je soupçonne que les chiffres réels sont beaucoup plus élevés. Environ 700 000 adultes américains ont été soumis à une certaine forme de cette pratique. Tous ces gens n’ont pas été contraints à une thérapie de conversion; en fait, un grand nombre de personnes recherchent activement ces programmes et adhèrent volontiers à leurs méthodes.

Je le sais, parce que c’est précisément ce qui m’est arrivé.

J’avais 24 ans et j’habitais à Vancouver quand un appel à l’aide s’est transformé en un cauchemar de six ans qui a changé ma vie pour toujours. En 1989, le rejet par ma famille de mon homosexualité m’a plongé dans une profonde dépression. Mon médecin de famille m’a référé à un psychiatre qui, pendant six ans, m’a dit qu’il réparait ma masculinité intérieure et ma sexualité endommagées en utilisant des traitements et des méthodes comme la thérapie par aversion et la «réparation»; qu’il m’aidait à «désapprendre l’erreur» de mon homosexualité. J’ai fini le traitement en me sentant mort à l’intérieur.

Dans le procès pour faute médicale qui a suivi, le psychiatre a nié tout acte répréhensible. Il a affirmé qu’il avait simplement traité ma dépression, mais ses actions faisaient écho à la fausse croyance selon laquelle les personnes qui s’identifient comme lesbiennes, gais, bisexuelles, transgenres ou toute autre minorité sexuelle sont «brisées» et ont besoin d’être «réparées». Il n’est pas le seul.

Depuis la disparition d’Exodus International, la plus grande organisation au monde d’ex-homosexuels qui voulaient en aider d’autres à limiter leurs désirs, les programmes de «thérapie de conversion» ou de «thérapie réparatrice» qui cherchent à changer l’homosexualité en hétérosexualité voilent désormais leurs intentions dans un langage apparemment pro-LGBTQ.

«Si vous apprenez à marcher «comme un homme» ou à vous habiller «comme une femme» et que vous êtes en couple avec un partenaire du sexe opposé, vous êtes «guéri».»

Ils mettent l’accent sur «l’intégrité sexuelle, les «difficultés sexuelles» et les «problèmes d’identité». Aujourd’hui, ils parlent moins de «changer» d’orientation sexuelle et proposent plutôt une «guérison par le Christ» pour aider «l’homosexuel à vivre un mode de vie célibataire ou hétérosexuel».

Le résultat de ces programmes est toujours le même. Aucune transformation intérieure profonde n’a lieu. Au lieu de ça, ces programmes prennent le désir d’appartenance d’une personne et le transforment en désir de conformité. Si vous apprenez à marcher «comme un homme» ou à vous habiller «comme une femme» et que vous êtes en couple avec un partenaire du sexe opposé, vous êtes «guéri». Vous êtes à la bonne place. Bien sûr, vous envisagez peut-être aussi le suicide, mais ça n’a rien à voir.

Les interdictions doivent aller plus loin

Je suis un défenseur des restrictions légales sur la thérapie de conversion depuis plus de 20 ans. J’ai aidé à demander la première interdiction municipale au Canada dans ma ville natale, Vancouver.

Lorsque j’ai contacté la Ville pour la première fois en 2017, le comité consultatif LGBTQ2+ de Vancouver (un sous-comité du conseil municipal de Vancouver) a résisté à l’idée qu’une interdiction de la thérapie de conversion soit même nécessaire, ou que de telles «thérapies» existaient toujours. Leur partager mes expériences les a aidés à changer d’avis. La motion était à l’origine limitée aux moins de 18 ans, ce qui a été modifié après qu’un conseiller eut exprimé sa stupéfaction.

Mais lorsque l’interdiction a été décrétée en 2018, c’était un tournant important, pas une solution. Le bannissement interdit à toute entreprise de la région de Vancouver de «facturer des frais pour tout service visant à changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne». Il clarifie plus loin que les services interdits ne comprennent pas «les services consistant à offrir acceptation, soutien ou compréhension à une personne ou à faciliter l’adaptation, l’accompagnement social ou l’exploration ou le développement identitaires de celle-ci».

Cette définition permet à certaines organisations offrant des traitements de «changement» de poursuivre leurs activités comme d’habitude, en continuant à insister sur le fait qu’elles fournissent des conseils et un soutien religieux plutôt que des services qui cherchent à changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

«Le projet de loi ne fait aucune mention de la criminalisation de l’acte de thérapie de conversion, seulement de la «publicité» et de l’obtention d’un «avantage matériel».»

L’inefficacité de l’interdiction de Vancouver montre que Trudeau devra faire bien plus que n’importe quelle interdiction provinciale ou municipale déjà en place. Définir ce qui constitue exactement la thérapie de conversion, puis cibler les praticiens connus, sera le défi de son gouvernement.

Le projet de loi S-202 du Sénat, «Loi modifiant le Code criminel (thérapie de conversion)», est arrivé en deuxième lecture après avoir été déposé au début de 2019 par le sénateur Serge Joyal. Malheureusement, le projet de loi ne fait aucune mention de la criminalisation de l’acte de thérapie de conversion, seulement de la «publicité» et de l’obtention d’un «avantage matériel». Le projet de loi S-202 est également limité aux personnes de moins de 18 ans.

En partie, le projet de loi se lit désormais comme suit: «... la thérapie de conversion s’entend de pratiques, traitements ou services visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’un individu ou visant à éliminer ou réduire l’attirance sexuelle ou le comportement sexuel entre personnes de même sexe. Il est entendu que la présente définition ne vise pas le changement chirurgical de sexe ou tout service qui s’y rapporte.»

Ce n’est juste pas suffisant.

«Il est certain que personne ne choisit la thérapie de conversion pour continuer à se faire vivre à soi-même ce que la société lui a fait subir depuis toujours.»

La définition du projet de loi sénatorial de «thérapie de conversion» ne permet pas de saisir l’étendue complète et la nature subversive de ces traitements. Il ne suffit plus d’affirmer que ces traitements visent à «changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre». Les législateurs doivent maintenant clarifier que les tentatives de «conversion» ou de «réparation» se font généralement sous le couvert de l’aide, une partie distincte de ce qui rend la soi-disant thérapie de conversion d’aujourd’hui si insidieuse - et mortelle.

Les législateurs doivent interdire ces tentatives de conversion une fois pour toute, pas seulement pour ceux qui sont contraints ou forcés de s’inscrire. Il est certain que personne ne choisit la thérapie de conversion pour continuer à se faire vivre à soi-même ce que la société lui fait subir depuis toujours.

Toute modification au Code criminel du Canada visant à mettre fin à la thérapie de conversion devrait faire de l’acte lui-même un acte criminel, sans égard aux avantages matériels ou à l’absence de publicité. Et l’interdiction ne doit pas être limitée aux mineurs. Enfin, toutes les organisations religieuses connues pour pratiquer ces traitements anti-LGBTQ devraient être privées de leur statut d’organisme de bienfaisance.

Lorsque j’ai témoigné devant le conseil municipal de Vancouver, je leur ai dit que la thérapie de conversion, comme toutes les formes de haine et d’intolérance, est un problème d’idéologie - elle ne connaît ni frontières ni nationalité. La thérapie de conversion est une torture, pure et simple. Personne n’a le droit de torturer un autre être humain ou de l’exposer à une violation frauduleuse, cruelle et dangereuse des droits de la personne.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost Canada, a été traduit de l’anglais.

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