Que se passe-t-il dans notre corps quand on ne sort pas?

Ne pas mettre le nez dehors n'est pas sans conséquences sur notre physique et notre mental.

Sédentaires... avez-vous dit? On ne l’a jamais autant été que depuis le début de la pandémie. Confinements répétés, télétravail, météo peu engageante, il n’en faut pas plus pour que nos sorties se raréfient. Mais que se passe-t-il dans notre corps lorsque nous ne mettons pas un pied dehors?

17h (18 ou 19h?), en pyjama, encore, l’écran de notre ordinateur nous a absorbés au point de ne pas réaliser que la lumière du jour déclinait. Groggy et grognon, on referme notre laptop, prêts à nous déplacer devant un autre écran, plus grand, qui nous dispensera une énième série. Les yeux carrés (épuisés par l’écran), éreintés, enfin l’heure est arrivée, notre lit nous attend pour une nuit... d’insomnie.

Ces images vous parlent? Et dans tout ça, n’avez pas mis le nez dehors!

Le serpent qui se mord la queue

«Le sentiment d’être enfermé, puni, en prison, privé de ses libertés, cela peut faire éprouver de l’angoisse et mener à une dépressivité, voire une dépression», explique Joy Wielart, psychologue clinicienne à Paris COD.A.L.I. Fondation Léoplod Bellan.

Moins on sort et moins on aurait envie de sortir. Notre cocon devenant alors notre tanière, notre refuge, dont on finit par peu, voire pas, sortir. Selon la psychologue, le lieu de vie ainsi investi, comme un refuge, permet à certains de se sentir protégés des autres, potentiels porteurs de la maladie. Ou bien de protéger ces autres, si on se sent porteur de risque pour autrui. Deux attitudes extrêmes qui expriment notre défense face à l’imprévisibilité et à l’inconnu.

Si la tête est à spin, le corps, lui, s’enraye, s’encroûte.

«Après trois heures assis, il faudrait marcher 15 minutes», explique Sébastien, praticien en ostéopathie. Les 10 000 pas préconisés par jour sont, pour nombre d’entre nous, devenus un voeu pieu.

Ces pas qui nous entraînaient vers notre bureau, puis vers le gym, sinon vers un 5à7, sont de l’ordre du passé. Disons-le, ce modèle a volé en éclats avec la pandémie. Par ailleurs, les mauvaises attitudes posturales liées au télétravail sont à l’origine de tensions et douleurs, qui ne sont pas sans impact sur notre mental.

«Ce cocktail - mauvaises postures, inactivité, muscles affaiblis, tensions et douleurs, manque de lumière naturelle - crée beaucoup de stress et demande énormément d’énergie!», précise Sébastien. «Prenez une personne introvertie, penchée sur elle-même, elle va se créer d’autres problèmes qu’une autre personne le torse bombé.» Autrement dit, renfermé chez nous et sur nous, nous respirons moins bien et cela un impact direct sur notre degré de stress et d’anxiété.

Le corps (affaibli) et la tête (lourde) sont reliés et victimes de notre inertie.

Le jour de la marmotte

Confinés, totalement isolés pour certains, la frustration grandit et lorsque la soupape de sécurité explose = danger!

«Ce qui est dangereux, ce sont les états et signes de dépression qui peuvent survenir de façon insidieuse et ne s’exprimer qu’au moment d’une angoisse massive. Notre résistance cède et nous devons alors lâcher le cumul de stress ignoré. Il est important, avant tout, de préserver des liens sociaux, d’appeler ses proches et amis à défaut de pouvoir les voir ou alors de demander de l’aide auprès des écoutants, psychologues, médecins, etc.», explique la psychologue clinicienne Joy Wielart.

Un seul tempo, une journée qui ressemble aux six autres de la semaine, c’est le sentiment éprouvé lorsqu’on évolue entre nos quatre murs, sans briser la routine, isolés dans notre tanière.

Imaginez un morceau avec un seul accord en boucle, cela reviendrait à vivre au sein d’une journée sans fin, comme dans ces films de science-fiction où la journée se répète à l’identique, inlassablement, selon la psychologue.

C’est pourquoi, les «routines», les «rituels», sont importants mais sont à agrémenter de variations pour éviter que chaque jour ne se ressemble! Une simple balade de 15 minutes n’est certainement pas à négliger, quotidiennement, sans parler de gravir le mont Royal.

«L’importance de la lumière naturelle est à répéter!», souligne Sébastien, le praticien en ostéopathie. On se propulse dehors pour fuir la lumière bleue que dispense notre ordinateur, quelques instants au moins et chaque jour.

On s’exerce

«Là encore, si nous n’éprouvons plus d’envie et une lassitude de vivre il est important de pouvoir en parler et de ne pas en avoir honte. L’ennui éprouvé peut être l’expression d’une forme de dépressivité», explique Joy Wielart.

Encabanés, le stress et l’anxiété dans le tapis, comment redescendre d’un cran avant de pouvoir envisager de croiser en plein air l’un de nos congénères masqués?

«Il y a un exercice qui marche très bien et qui consiste à obliger notre système nerveux à un reset en pratiquant la cohérence cardiaque», explique Dre Johanne Lévesque, neuropsychologue.

Explications.

La cohérence cardiaque revient à contrôler sa respiration selon la règle du 365, soit cinq secondes à l’inspiration, cinq seconde à l’expiration, soit six respirations par minute.

Ce qui permet de ramener notre système sympathique - qui déclenche toutes les actions nécessaires à la fuite ou au combat, mais aussi l’accélération de la fréquence cardiaque et respiratoire ainsi que la dilatation des pupilles ou l’inhibition de la digestion - au niveau du parasympathique, qui quant à lui favorise la récupération, la relaxation, le repos, la réparation…

Mais le fait d’être confiné ou en couvre-feu avec tout le cortège des restrictions et angoisses qui en découlent peut aussi se vivre comme un moment salutaire et une occasion de gérer à son rythme son quotidien. Tout dépend de la créativité et de la constitution de chacun ainsi que du contexte au sein duquel il vit (en famille ou seul, avec des voisins que l’on apprécie, un animal de compagnie...). Il n’existe malheureusement pas de solution miracle ou de package adaptable face à la diversité des ressentis et vécus, selon la psychologue clinicienne, Joy Wielart.

Seule certitude, on ne répétera jamais assez l’importance d’une routine quotidienne qui inclut des sorties et une bonne hygiène de vie. Un classique ressassé depuis le début de la pandémie, il y a bientôt un an, déjà!

Le site de l’Ordre des psychologues du Québec a mis en place une page spéciale COVID-19 avec de nouvelles thématiques abordées régulièrement.

Si vous vous sentez en détresse, que vous avez perdu de l’intérêt pour vos activités préférées, que les ressources autour de vous sont insuffisantes, que vous avez de la difficulté à accomplir vos tâches quotidiennes et que vous éprouvez une grande fatigue, une aide professionnelle peut être nécessaire.