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Une pétition contre la grossophobie sur le site de l'Assemblée nationale

«Les gros sont encore une des dernières têtes de turc dans notre société», croit la militante Edith Bernier.

Modifier la Charte des droits et libertés pour y faire entrer la discrimination basée sur l’apparence physique: tel est l’objectif de la pétition lancée mardi matin par Edith Bernier.

La militante montréalaise derrière le site web grossophobie.ca souhaite que les gens soient mieux protégés contre cette discrimination basée sur la grosseur et le poids, malheureusement très répandue, selon elle.

«C’est encore un type de discrimination sociale très accepté, fait remarquer Edith Bernier. Je ne dis pas qu’on ne peut plus parler de poids, mais il est temps qu’on arrête d’écoeurer le monde, parce que les gros sont encore une des dernières têtes de turc dans notre société.»

La militante Edith Bernier a fondé le site web grossophobie.ca en août dernier.
La militante Edith Bernier a fondé le site web grossophobie.ca en août dernier.

Cette discrimination «est en grande partie basée sur la croyance que le poids corporel est le fruit de choix personnels, malgré que la science ait démontré le contraire», souligne la pétition. Et elle n’est pas sans conséquences, rappelle Édith Bernier: cette discrimination contribue à l’isolement social et à la détérioration de la santé des personnes grosses en les mettant davantage à risque de développer différents problèmes de santé physiques et/ou psychologiques.

Selon les données de la dernière Enquête canadienne sur les mesures de la santé, 62% des adultes canadiens sont en surpoids.

La pétition, appuyée par la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé, est en ligne jusqu’au 25 février. Une conférence de presse pour lancer officiellement la pétition aura lieu ce jeudi, à Montréal, alors que se déroule justement la Semaine «Le poids? Sans commentaire!».

Ce genre de distinction pour condamner la discrimination basée sur la taille et le poids existe déjà dans plusieurs, villes, États ou pays, comme San Francisco, la France ou le Michigan, précise Edith Bernier.

«Ça forcerait une prise de conscience collective. Ça changerait la donne. Il y a des personnes grosses qui se perçoivent encore comme une caricature, qui pensent qu’elles méritent d’être traitées comme cela.»

- Edith Bernier

La militante ne se fait pas de faux espoirs: elle sait bien qu’un tel ajout dans l’article 10 de la Charte des droits et libertés ne va pas tout régler... puisque le sexisme ou le racisme existent encore, malgré tout.

«Mais ça forcerait une prise de conscience collective, croit-elle. Ça changerait la donne. Il y a des personnes grosses qui se perçoivent encore comme une caricature, qui pensent qu’elles méritent d’être traitées comme cela. Et ces personnes doivent réaliser qu’elles méritent le même respect que les autres. Et ce serait un bon début, si elles avaient l’impression que la loi et le système sont derrière elles.»

Un momentum

Depuis les derniers mois, on entend de plus en plus parler de grossophobie dans les médias, notamment dans ce dossier du magazine L’actualité.

«C’est un bon momentum», croit Edith Bernier, qui espère justement que cette pétition se traduise par une prise de conscience réelle.

«Il faut solidifier ces acquis, pour ne pas que ce soit seulement une mode», ajoute-t-elle.

Un triste événement survenu pendant la fin de semaine, et partagé sur les réseaux sociaux, a d’ailleurs rappelé à des dizaines de milliers d’internautes que la grossophobie est encore bien présente dans notre société.

Samedi, une admiratrice de Céline Dion qui a assisté à son spectacle à Montréal a publié un long message sur Facebook, s’adressant à sa voisine de siège... qui a cru bon d’envoyer des textos à trois personnes pour les aviser que «deux gros tas» venaient de s’asseoir à côté d’elle. La publication a été partagée plus de 55 000 fois.

«Ça démontre bien à quel point c’est systémique, croit Edith Bernier. À quel point les salles de spectacle ne sont pas conçues pour les gros... mais aussi que les gens se sentent à l’aise de texter deux ou trois amis pour dire “ark, y’a des grosses madames à côté de moi!” Ce genre de commentaires, ça peut être tellement dommageable!»

L’idée, avec cette pétition, est simplement de demander le respect, fait-elle doucement remarquer.

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