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25/11/2019 15:26 EST

Mes problèmes de santé mentale m'ont permis de devenir un meilleur père

Après avoir vécu avec l'anxiété et survécu à une tentative de suicide, soutenir Emily à vaincre son anorexie m'a aidé à vaincre mes propres démons.

Courtoisie/Mark Simmonds
Mark Simmonds et sa fille Emily

Il y a deux choses que vous devez savoir sur moi.

Premièrement, je souffre d’un trouble de santé mentale: l’anxiété. Je l’ai hérité de ma mère polonaise, Alice, qui a enduré les horreurs de la Seconde Guerre mondiale dans des camps de réfugiés. Avant d’être contrôlée, mon anxiété a parfois conduit à la dépression. J’ai expérimenté le côté obscur et j’ai passé la majeure partie de ma vie adulte à essayer de gérer une maladie qui peut être très affaiblissante. En 2001, la maladie est allée encore plus loin lorsque j’ai tenté de me suicider.

La deuxième chose que vous devez savoir, c’est qu’au cours des 25 dernières années, j’ai eu une belle carrière de formateur en gestion dans le domaine de la créativité et de l’innovation. J’ai dirigé des programmes dans le monde entier en collaboration avec de grandes entreprises. 

Mon trouble de santé mentale et mon travail sont deux parties distinctes de ma vie, mais ils ont un point commun: ils ont tous deux joué un petit rôle en contribuant à sauver la vie de notre fille, Emily.

C’était l’automne 2012, à la fin d’un été glorieux où la Grande-Bretagne avait baigné dans une mer d’or olympique. Emily, alors âgée de 16 ans à peine, est arrivée un jour à la maison en avouant qu’elle avait développé un trouble de l’alimentation. Nous n’avions pas vu ça venir. Et malgré que nous avons cherché très rapidement l’aide d’un professionnel, nous n’étions pas encore en mode panique. Nous aurions dû l’être.

L’anorexie mentale est un trouble de santé mentale dont le taux de mortalité est de 20%. C’est un vrai monstre. Et pendant une période de six ans, notre fille a passé 12 mois dans trois cliniques pour les troubles alimentaires différentes. Elle s’est automutilée, a menacé de se suicider et a souffert d’une grave dépression. Son poids a chuté de façon catastrophique et, à son point le plus bas, un tube lui a été inséré dans le nez pour lui donner la nutrition dont elle avait besoin pour rester en vie.

Bizarrement, c’est là que ma femme Mel et moi avons ressenti le plus grand soulagement: notre fille avait été épargnée. La cerise sur le gâteau était que l’anorexie, un ennemi impitoyable, l’empêchait aussi de compléter une formation universitaire.

Pour ce qui est de ma santé à travers tout ça, la mauvaise nouvelle était que l’arrivée inopportune de l’anorexie - ou comme nous l’appelions «affectueusement», Ana - dans notre maison signifiait que chaque jour j’étais soumis à une dose complète de dépression, ce qui amenait chez moi peu de joie dans tout ce que je faisais, les sourcils froncés et toujours chargés d’inquiétude.

Ce que j’ai réalisé, c’est que ma propre expérience de la maladie mentale m’a donné une idée claire de ce que vivait Emily et de la douleur qu’elle ressentait.

Je n’étais pas la personne la plus solide et même si je n’avais jamais vécu autant de souffrance mentale qu’en 2001, je n’avais jamais réellement été testé. Je le serais maintenant.

Ce que j’ai réalisé, c’est que ma propre expérience de la maladie mentale m’a donné une idée claire de ce que vivait Emily et de la douleur qu’elle ressentait. Elle ne faisait plus de choix sur la Planète Rationnelle et ne réagissait donc pas bien aux commentaires sensibles comme «si tu ne manges pas assez de nourriture, ton corps et tes os s’affaibliront» ou «ne vois-tu pas que tu es sur le point de gâcher ta vie.» 

Je sais par expérience que le cerveau d’une personne souffrant de problèmes de santé mentale graves est abîmé. Les neurotransmetteurs ne se parlent pas. Le cerveau ne réagit pas ou ne répond pas bien au rationnel ou à la logique. Emily vivait désormais sur la planète irrationnelle.

Ce qu’elle voulait, c’était être écoutée, comprise, encouragée et serrée dans ses bras. Elle avait besoin de se faire répéter à maintes reprises que tout allait bien se passer, qu’elle était simplement en «hibernation» et qu’elle se reposait. Et que lorsqu’elle en émergerait, elle serait plus forte et la vie serait encore plus belle.

Je pourrais parler le «langage irrationnel» couramment, parce que c’est la langue que nous parlons du côté «obscur». Mais il y avait aussi des moments où Emily réagissait bien à une approche basée sur les besoins et le comportement humain rationnel.

Dans le monde de l’éducation, nous savons que les individus apprécient différents styles d’apprentissage. Pour certains, la logique est leur style d’apprentissage préféré - raisonnement, théorie et chiffres. D’autres apprennent mieux par une approche d’apprentissage verbal, en utilisant des mots à la fois en langage parlé et en écriture. 

Emily a mieux réagi en utilisant des photos et des images et en s’engageant dans le son et la musique. Elle était plus à même d’exprimer ses émotions par la poésie, la peinture et l’écriture de chansons. Et chaque fois que je m’asseyais avec elle et essayais de l’aider à visualiser une photo du futur, nous utilisions des tableaux d’humeur, des post-it et de nombreux stylos colorés. 

Lui demander de digérer un livre de 300 pages contenant des faits et des chiffres aurait été comme demander à un enfant en bas âge de lire et de comprendre Shakespeare. Ça n’allait pas arriver. Alors, de temps en temps, nous nous rencontrions tous les deux sur la Planète Rationelle dans un langage coloré auquel elle réagissait bien. Elle aurait pu être une de mes meilleures étudiantes. Toujours consciencieuse et assidue, essayant toujours aussi fort d’imaginer une vie sans Ana, cherchant toujours désespérément cette lumière au bout du tunnel. Mais sa «sœur diabolique» n’était jamais très loin.

En 2018, à notre immense fierté, Emily a finalement réussi à gagner son combat contre l’anorexie. Elle a maintenant 23 ans et vit à Londres. À aucun moment je ne prends le crédit de son rétablissement. Mon épouse, notre famille, nos amis et toute une armée de professionnels de la santé ont tous joué un rôle crucial. Et surtout, ce n’est qu’au moment où Emily a décidé elle-même qu’elle était prête à se rétablir qu’elle a finalement été en mesure de faire un pied de nez à la maladie.

Il est par contre juste de dire que mon expérience de la maladie mentale et mon travail de formateur m’ont aidé à converser plus facilement avec elle tout au long de cette période. Je me sentais capable de basculer entre les langues Rationnelle et Irrationelle chaque fois que le moment était opportun. Et comme dans tous les domaines de la vie, si vous adoptez la bonne méthode de communication, vous obtiendrez probablement les bons résultats.

Comme père, cette épreuve m’a aussi apporté. Tout d’abord, l’expérience d’Emily m’a montré que de temps en temps, la vie va mettre des embûches sur notre chemin. Maladie, mort dans la famille, soucis financiers, problèmes d’amitié... l’incertitude du Brexit, la certitude de rien.

C’est la façon dont vous gérez les mauvaises choses et l’attitude que vous adoptez lorsque vous apprenez à vivre avec qui compte. Et si vous le faites bien en tant que parent et en tant que père, vous fournissez à vos enfants un modèle qu’ils peuvent suivre eux-mêmes. Je pense que c’est un cadeau formidable à leur offrir.

Et la deuxième bonne nouvelle, c’est qu’aider Emily à vaincre sa maladie m’a aidé à vaincre mes propres démons. J’ai aussi remporté ma propre guerre en quelque sort, en ressortant plus fort et résilient.

Et pour ça, seulement ça, je te remercie, Ana.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre le Centre de prévention du suicide au 1866 APPELLE (277-3553).