Mykaell, 29 ans, trans: «Ma mère m’a accepté comme je suis grâce au confinement.»

Après son coming out trans, Mykaell a fait face au long silence de sa mère. La COVID-19 les a réconciliés.

Histoires de la vie covidienne: ce sont des témoignages de familles qui ont vu la COVID-19 transformer leur vie, radicalement. En croisant le regard de différentes générations, cette série nous plongera dans ces parcours marqués par la pandémie.

Début 2019, Mykaell Blais annonce à ses parents qu’il veut aller dans la masculinité. Changer de prénom. Faire une mastectomie. Peut-être même prendre des hormones, il ne sait pas encore.

«Mon père s’est levé et m’a serré dans ses bras. Ma mère… ne bougeait pas, elle fixait le vide avec rien qui se passait pendant un bon quinze minutes», raconte Mykaell au HuffPost Québec.

Suivent des mois de silence, sans nouvelle.

«Quand je voyais mon père, il me disait que pour elle c’était difficile, qu’elle vivait un gros deuil. À la fête des Mères, j’ai envoyé un texto et elle m’a répondu: “Merci mais je veux pas te voir.” Ça, ça fesse.»

Au printemps 2020, la COVID-19 frappe le Québec. Et là, c’est l’électrochoc.

«Je crois que ça lui a montré que s’il arrivait quelque chose, alors qu’on avait une relation plus froide, elle s’en serait voulu. Et ne se serait jamais pardonnée», explique Mykaell.

««Ah mon Dieu, ça faisait tellement de bien! J’en profitais pour lui souligner, lui dire que c’était apprécié. J’avais tellement pleuré, l’enfant en moi avait eu tellement de peine.»»

- Mykaell Blais

Durant le confinement, la mère et le fils se téléphonent. Ont de belles conversations, à coeur ouvert. Tout remonte: les craintes, les peurs. Mais l’amour, surtout.

«On a pu parler des questions d’opérations. Je prenais des hormones. Elle a super bien réagi. Quand elle s’est rendue compte que ma voix était plus grave elle me disait: ”Tu as une belle voix.” J’avais peur de lui dire mais elle me disait de ne pas être gêné de lui en parler.»

Pour Mykaell, c’est un poids immense qui quitte ses épaules.

«Ah mon Dieu, ça faisait tellement de bien! J’en profitais pour lui souligner, lui dire que c’était apprécié. J’avais tellement pleuré, l’enfant en moi avait eu tellement de peine.»

Un long chemin d’acceptation et d’amour

Pour autant, il en a fallu des années de patience et de difficultés au duo pour parvenir jusque-là.

Car s’il a passé une enfance sans histoire, près de Québec, le «clash» pour Mykaell s’est produit à l’adolescence, vers 13 ans, quand son corps «s’est mis à changer». La poussée des seins, les règles, «toutes ces affaires», dit-il, «pour moi, ça ne marchait pas.»

«Mais je n’avais aucune idée que les personnes trans existaient, la première fois que j’en ai entendu parler j’avais 18 ans au cégep. Je me disais: je dois être lesbienne.»

En secondaire 4, Mykaell annonce qu’il aime les filles. Cette nuit-là, sa mère le met dehors.

«Elle pensait qu’elle avait raté mon éducation, et elle s’est mis en tête de faire de moi la fille par excellence. Maquillage, épilation, ”habille toi sexy mais pas trop. Chercher le regard des garçons. J’ai essayé de me conformer à ce qu’elle voulait de moi.»

Commencent alors «les deux pires années de sa vie», comme il le raconte au HuffPost.

«Je suis tombé dans l’excès de la féminité, j’ai fréquenté des garçons. Au bal, j’y suis allé avec la grosse robe, le maquillage, la coiffure, je regarde les photos et je ne me reconnais pas. Je n’ai pas un vrai sourire, c’est un faux sourire. Mais je pouvais rester chez nous et j’avais un toit sur la tête donc je le faisais.»

Plus tard, il essaiera de s’ôter la vie.

À Montréal, la découverte de soi

En 2012, Mykaell déménage dans la grande ville, à Montréal. Il commence à se questionner sur son identité. Se coupe les cheveux plus courts, s’habille de façon plus masculine, arbore des parfums d’hommes.

««La première fois qu’on m’a dit «t’es donc ben beau!», c’est comme si on m’avait enlevé mon imperméable et que je sentais enfin la pluie. J’avais le sourire niaiseux en coin et la jambe qui shake.»»

- Mykaell

«Mais si on me demandait si j’étais une personne trans, je me fâchais, non non non, ça venait me choquer. Avec le recul maintenant je me rends compte que c’était de la transphobie intériorisée. Je ne voulais tellement pas être comme ça que c’était à tel point que je jugeais les autres.»

Aussi, Mykaell ne se reconnaissait pas dans le parcours des autres personnes trans.

«J’aurais aimé ça avoir accès à un témoignage qui montre que tu peux être une personne trans mais pas être sûr depuis que tu as trois ans. Que tu peux être trans mais pas être sûr non plus pour les hormones.»

Plus tard, il commence à se faire appeler au masculin par ses proches. Pour essayer. Sa meilleure amie le fait. Sa blonde de l’époque aussi.

«La première fois qu’on m’a dit «t’es donc ben beau!», c’est comme si on m’avait enlevé mon imperméable et que je sentais enfin la pluie. J’avais le sourire niaiseux en coin et la jambe qui shake

Quelques années plus tôt, il ne pouvait pas se regarder dans une vitrine en marchant dans la rue. Aujourd’hui, Mykaell se trouve beau.

«Dans mes relations ça va tellement mieux. J’ai l’impression de ne plus jouer un jeu. Ma nouvelle blonde me soutient et me supporte, je ne pourrais pas demander mieux. Ce qu’on gagne quand on laisse du temps au temps, c’est magnifique.»

L’année 2020, les retrouvailles

«Quand on m’a dit que c’était une fille [à la maternité] j’étais contente, généralement une mère a une relation privilégiée avec sa fille.»

«Je suis en deuil de ma fille.»

Des phrases, prononcées par sa mère, qui ont blessé Mykaell dans sa chair. Lui ont fait mal. Durant le confinement, il passe du temps sur les réseaux sociaux et voit les témoignages d’autres personnes trans pour qui tout s’est bien passé avec les parents.

«J’avais un sentiment d’injustice. Bien sûr j’étais content pour eux autres, mais je me disais: “Maudit, pourquoi moi ça peut pas être comme ça?”»

Aujourd’hui, il dit comprendre que c’est normal.

«Les parents peuvent avoir plein de craintes, même s’ils veulent bien faire. Ils ne veulent pas que leurs enfants soient victimes d’intimidation, qu’ils se fassent tabasser dans la rue. Ils voient que le monde peut être méchant avec les gens trans. Ma mère aussi avait peur.»

À l’été, alors que le Québec déconfine, Mykaell et sa mère se retrouvent au chalet familial. Elle le présente à toute la famille sous son identité d’homme.

«C’est Mykaell», dit-elle. Ce qu’elle n’avait jamais fait.

«On pense souvent qu’on a du temps, mais le confinement nous a montré que non, on ne le sait pas, dit Mykaell. Je voyais les décès dans les communiqués de presse. On avait peur les uns pour les autres. Ça nous a rapprochés.»

Aujourd’hui, une chose est certaine: plus question pour lui d’être une autre personne que lui même.

«Quand je vais mourir je vais être face à moi-même. Alors je veux avoir vécu ma vie en tant que la personne que je veux être. Et si ça me coûte mes parents, ça me coûte mes parents.»

Mais finalement... «J’ai eu de la chance», dit-il, un (vrai) sourire aux lèvres.

«Elle reste ma petite maman, et moi son enfant».

» Ressource: Le GRIS Montréal (Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale) est un organisme communautaire à but non lucratif qui démystifie les orientations sexuelles et les identités de genres.

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