OPINION
18/10/2019 13:56 EDT | Actualisé 18/10/2019 14:02 EDT

Les partis politiques doivent désavouer des candidat.es ayant tenu des propos ouvertement intolérants

Si le Bloc persiste à garder ces gens irréfléchis dans ses rangs, il créera un dangereux précédent.

Danielle Donders via Getty Images

On a appris récemment qu’entre 2013 et 2019, cinq candidats du Bloc québécois ont publié ou partagé sur des réseaux sociaux des propos stupéfiants d’ignorance et de haine, parfois en appui à l’extrême-droite, surtout contre nos concitoyennes et concitoyens musulmans. Par exemple, Lizabel Nitoi a partagé un texte affirmant que la consanguinité massive parmi les musulmans pourrait avoir endommagé leur génétique!

Le Bloc québécois, qui a pris la décision de ne pas désavouer ces personnes, prétend qu’elles ne portent plus cette haine: elles seraient rendues ailleurs. Or ces publications haineuses sont loin de remonter à un passé lointain: 2013 à 2019, c’est hier! De plus, la virulence de leurs propos, leur absurdité et leur nombre (l’une de ces personnes a publié pas moins de 60 tweets!) démontrent que nous avons affaire à une conviction bien enracinée, voire à une véritable obsession. Enfin, les explications qu’on nous a fournies la semaine dernière ne sont pas venues des candidat.es eux-mêmes, mais d’un communiqué du Bloc que les candidat.es se sont contenté.es de partager.

Il y a bien une candidate qui a parlé en son nom propre, mais c’est pour affirmer que les questions des journalistes à son endroit relevaient de la «campagne de salissage», une réaction qui montre bien qu’elle n’a pas pris le moindre recul face à ces idées haineuses et qu’elle n’a en rien compris l’ampleur des sottises qu’elle a fait circuler.

On peut lire dans le même communiqué que ce sont les journalistes à l’origine de ces divulgations qui «considèrent comme islamophobes» les messages en question! Doit-on comprendre que ces messages ne seraient par conséquent pas islamophobes? Cette incapacité à percevoir la haine et la peur qui traversent ces messages, cette complaisance devant la bêtise, ne démontrent-elles pas que l’auteur de ce communiqué est lui-même sous le joug de cette bêtise?

On dirait bien ici que ce ne sont pas les candidat.es qui ont évolué vers un Bloc plus respectueux qu’eux, mais que c’est plutôt le Bloc qui, par solidarité avec eux, pour les protéger, minimise la portée de leurs propos et ainsi se rapproche, insensiblement et sans s’en rendre compte, de leur islamophobie. Voilà qui n’augure rien de bon pour la suite! Le Bloc et ses partisans ne seront-ils pas amenés, par réflexe de solidarité, à cautionner les dérives prévisibles de ces candidat.es et à les suivre sur leur chemin de haine?

Faut-il rappeler que nous cherchons des gens qui seront nos représentant.es politiques, qui devront faire preuve de jugement tous les jours?

Si le Bloc persiste à garder ces gens irréfléchis dans ses rangs, il créera un dangereux précédent. Jusqu’à maintenant, les partis politiques qui découvrent des candidat.es toxiques en leur sein leur interdisent l’accès à l’arène électorale. Dans la campagne actuelle, le Parti conservateur a expulsé une candidate qui traitait les homosexuels de pervertis et le Parti libéral a expulsé Hassan Guillet pour des propos pourtant bien moins discutables. Le Bloc québécois est donc le premier grand parti qui tolère dans ses rangs des candidat.es ayant tenu des propos ouvertement intolérants. Les réactions du Parti vert à ses propres candidats intolérants semblent suivre cet exemple.

Faut-il rappeler que nous cherchons des gens qui seront nos représentant.es politiques, qui devront faire preuve de jugement tous les jours? Faut-il rappeler que la parole des député.es, parce qu’ils et elles parlent au nom de leurs concitoyen.nes, revêt une autorité morale particulière? Le manque total de jugement dont font montre ces candidat.es (prêt.es à prendre pour argent comptant la première niaiserie qui se présente sur les réseaux sociaux) les rend tout à fait inaptes à remplir cette fonction.

Signataires de la lettre

Abdelaziz Djaout, Angélique Soleil Lavoie, Anne Guilleaume, Annie Demers Caron (professeure d’anthropologie), Benjamin-Hugo LeBlanc (ex-officier du renseignement militaire et sociologue), Bouchera Chelbi (enseignante à la CSDM), Denis Mehdi Duchene (politologue), Élisabeth Cyr, Elisabeth Dubois, Éric Châteauvert, Éric Dubois, (syndicaliste), Gaétan Bouchard, Georges Leroux (professeur, UQAM), Hanadi Saad, Holly Nazar, Ianik Marcil, Ichrak Nourel Hak, Jacques Pelletier (professeur associé, UQAM), Jean-Baptiste Lamarche, Johanne Heppell, Julie Nadeau-Lavigne, Julien Gravel, Linda Roy, Louise O’Neill, Mariam Fassih, Marie Lafrance, Marie Lamarche, Marie-Noëlle Ryan, Maryam Bessiri, Mathieu Marion (professeur, UQAM), Mathieu Senécal, Nicolas Bernier, Paul-André Lévesque, Pierre Jobin (ex-militant syndical), Pierre-Louis Cauchon, Réal Godbout, Sébastien Barraud (syndicaliste), Sébastien Bouchard, Sébastien Robert, syndicaliste, Suzie Ouellet, Sylvain Bernier, Sylvain Caron (militant anti-pauvreté), Valérie Blanc, Victor M. Muñiz-Fraticelli (professeur de droit et sciences politiques, Université McGill), Violaine Cousineau