TÉMOIGNAGES
24/10/2019 10:59 EDT | Actualisé 28/10/2019 10:19 EDT

Je me suis sorti de la toxicomanie et maintenant, je redonne au suivant

Pour moi, ce n'est même plus une option de recommencer à consommer. Il n'est pas question de retourner en arrière.

Chalabala via Getty Images

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

De 16 à 26 ans, ma consommation a toujours augmenté. L’alcool, la cocaïne ou n’importe quelle drogue sur laquelle je pouvais tomber. Quand j’ai commencé à consommer, c’était par la pression des pairs et pour l’estime de soi. 

Avec le temps, j’ai réalisé que je ne savais pas où je m’en allais dans la vie. Consommer venait soulager tous mes maux, et rapidement, je suis resté pris dans un engrenage.  La vie n’avait pas de sens pour moi et j’étais perdu. Comme ado, j’avais des questionnements existentiels et j’avais peur. La consommation me permettait de ne pas me responsabiliser. 

J’ai changé d’emploi environ sept fois quand je consommais. Quand tu as des problèmes de toxicomanie, c’est rare que tu gardes le même travail longtemps. Il finit par y avoir des conséquences directes sur ton assiduité, ta ponctualité et ton implication dans un milieu.

Souvent, trois jours après une paie, je n’avais plus d’argent. Ça m’a amené à mentir, voler et manipuler les gens autour de moi pour essayer d’avoir assez d’argent pour la semaine suivante. Dans les périodes où j’allais à l’école, j’arrivais saoul à mes cours.

Les membres de ma famille et mes amis ne voulaient plus me parler, j’étais seul avec mes problèmes.

Je vivais dans un monde à part. Quand tu es tout le temps en consommation, tu n’as pas à faire face à tes problèmes et tu n’as pas à prendre de décisions pour ta vie. C’est comme rester adolescent et innocent le plus longtemps possible. 

À un moment donné, j’ai atteint un bas-fond. Je n’avais plus une cenne, j’étais endetté, mon frigo était vide et je mangeais des nouilles sèches pendant des jours et des jours. J’avais maigri, mon appartement était sens dessus dessous et rien n’avançait dans ma vie. Les membres de ma famille et mes amis ne voulaient plus me parler, j’étais seul avec mes problèmes. Je commençais à penser au suicide. J’étais découragé et je ne savais plus à qui demander de l’aide. J’étais à bout de ressources.

Un jour, j’ai finalement décidé d’aller sur Internet pour trouver de l’aide. J’ai fait quelques appels et j’ai été touché par la personne à qui j’ai parlé chez Portage. À ce moment-là, j’allais à l’université, j’avais un travail et un appartement donc ça m’inquiétait. Mais on m’a dit de venir le plus vite possible et qu’on allait me prendre en charge.

J’ai donc participé à un programme de huit mois basé sur la thérapie communautaire. Là-bas, j’ai réappris à fonctionner à l’intérieur d’une communauté. Il faut dire que Portage a été ma troisième thérapie. La rechute fait partie du processus en toxicomanie. J’en ai vécu plusieurs avant d’avoir un bon résultat. 

Quand on consomme, on gèle ses émotions, donc on ne les ressent pas.

Ce n’est jamais perdu d’entreprendre une démarche thérapeutique ou de désintox. Tu acquiers des outils, mais c’est sûr que quand tu as 18 ans et qu’on te dit que tu ne pourras plus jamais prendre un verre ou consommer de ta vie, les risques de rechute sont souvent plus importants. 

La thérapie chez Portage se fait à travers les interactions avec les autres. C’est comme une microsociété. Mes journées étaient de six heures le matin à neuf heures le soir, alors qu’avant, j’avais l’habitude de me coucher à six heures le matin. Je n’avais presque pas de temps libre. Le but, c’était de m’amener à adopter un style de vie sain. J’étais amené à exprimer mes émotions parce que quand on consomme, on gèle ses émotions, donc on ne les ressent pas.

La thérapie, c’est une des épreuves les plus difficiles que j’ai vécues.

J’ai aussi développé plusieurs compétences qui m’ont permis de remonter mon estime de moi parce qu’en arrivant en thérapie, dans ma tête, je ne valais pas une cenne. J’ai réappris à bien vivre, à m’aimer, à tisser des liens avec les gens. J’ai pu me créer un groupe de soutien sain avec qui cheminer. Au terme de la thérapie, j’ai pu réintégrer la société tranquillement.

La thérapie, c’est une des épreuves les plus difficiles que j’ai vécues. Ça demande énormément de courage, de détermination et de discipline. Le plus difficile, c’était d’être dirigé et entouré du matin au soir, sans arrêt. Je n’avais jamais un moment pour moi. J’étais tout le temps avec des gens, en train de me faire remettre en question, pousser, challenger. C’est très exigeant.

Si tu n’es pas prêt à te regarder dans le miroir, c’est très difficile. Il y en a beaucoup qui quittent. J’avais des photos des membres de ma famille sur mon cartable et dans ma chambre. C’est ça que je regardais tous les jours pour m’accrocher dans les moments plus difficiles.

De toxicomane à intervenant

Aujourd’hui, je vais très bien. Je suis rendu à une autre étape dans ma vie. Pour moi, ce n’est même plus une option de recommencer à consommer. Il n’est pas question de retourner en arrière. Les rechutes ont fait en sorte que je sais ce qui m’attend si j’y retourne. Je sais quel est le résultat et c’est juste de la souffrance et du négatif. Je veux être heureux et avancer dans la vie. 

Je travaille depuis un an et demi au Programme pour toxicomanes atteints de problèmes de santé mentale chez Portage. Quelques semaines après avoir fini ma thérapie, j’ai été engagé. Avec l’aide que j’ai reçue là-bas, j’ai pu me sauver la vie. Pour moi, une journée de travail, ce n’est même pas du travail. Je redonne au suivant. Je suis vraiment heureux.

Ça va de soi qu'il faut que je redonne ce qu'on m'a donné.

Après avoir moi-même fait la thérapie et m’être sorti de la toxicomanie, je considère être la personne la mieux placée pour aider quelqu’un d’autre. J’ai une compréhension de la thérapie communautaire très différente d’une personne qui sort de l’école avec son baccalauréat en travail social.

Ça va de soi qu’il faut que je redonne ce qu’on m’a donné. Je comprends ce que ces personnes-là vivent, donc c’est beaucoup plus facile de me mettre à leur place, d’être empathique et de travailler les bonnes choses avec elles. 

Lorsqu’on tend la main, l’aide vient vers nous. Il ne faut pas avoir peur d’avouer qu’on a un problème. Mais une fois que c’est fait, si on est déterminé, le reste se fait très facilement. N’importe qui peut le faire.

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Florence Breton. 

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre le Centre de prévention du suicide au 1866 APPELLE (277-3553).

L’auteur de ce témoignage a préféré préserver l’anonymat.