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Pourquoi les entreprises canadiennes ont échoué lors du Mois de l'histoire des Noirs

Où est allée cette énergie des carrés noirs et de l'opposition au racisme de l'été dernier?

Je repense souvent au 1er juin 2020. Nous pleurions collectivement la perte d’une autre vie innocente lorsque des membres du groupe de ressources des employés noirs de l’entreprise où je travaillais ont reçu une invitation à un appel vidéo. Mon employeur de l’époque voulait savoir comment nous nous sentions, et offrir son soutien. Elle se demandait aussi ce que l’entreprise devrait faire ensuite dans le cadre des tensions raciales croissantes et des manifestations.

Je me suis connectée, vêtue de l’armure que je m’étais forgée après sept ans de communication en entreprise et toute une vie de femme noire au Canada. J’avais une liste de messages stratégiques à transmettre, mais je ne les ai pas abordés. Au lieu de cela, j’ai pleuré – pleuré fort. Rien, pas même une armure, n’aurait pu me sauver du traumatisme de voir des innocents qui me ressemblent se faire assassiner, encore et encore.

En appui à Black Lives Matter, plusieurs entreprises canadiennes, grandes et petites, avaient promis l'été dernier de soutenir la diversité et les initiatives contre le racisme.
En appui à Black Lives Matter, plusieurs entreprises canadiennes, grandes et petites, avaient promis l'été dernier de soutenir la diversité et les initiatives contre le racisme.

Lorsque les plus grandes marques canadiennes ont condamné le racisme dans des publications Instagram parfaitement rédigées sous des carrés noirs, j’ai d’abord voulu crier: «Le racisme est mal, on le sait!» Mais la reconnaissance et l’engagement public à faire mieux semblaient ouvrir la voie à une nouvelle ère. Les entreprises admettaient enfin que le profilage racial des clients de la diversité n’était pas acceptable, pas plus que de concentrer leurs efforts pour la diversité dans les échelons les plus bas de l’entreprise. De l’intérieur, j’ai vu à quel point il était inconfortable pour certains cadres de parler de racisme et de dire carrément que «Black Lives Matter». Mais ils l’ont fait.

Notre entreprise a formé un groupe de travail dans tous les départements, a dirigé une formation sur la diversité et l’inclusion, créé des ressources pour les employés et examiné les pratiques et politiques d’embauche. Le changement avait commencé – et je l’admets, c’était génial. Je recevais un soutien d’une manière inespérée. Pour la première fois, de nombreux employés noirs avaient l’impression que leur carrière était considérée. J’ai alors pensé que l’histoire des Noirs, la vie des Noirs et l’avenir des Noirs seraient célébrés toute l’année, pas que brièvement en février.

«Il n'est pas surprenant de constater que bon nombre des initiatives de diversité, d'équité et d'inclusion des entreprises semblent avoir perdu de leur élan.»

Éventuellement, l’été s’est transformé en automne et ce démantèlement d’un système construit au fil des décennies est venu se heurter à la fatigue émotionnelle de la pandémie. Une grande partie du travail a été mise, de manière inacceptable, sur les épaules des employés noirs. Notre groupe de travail a été entraîné dans d’innombrables directions, et nos priorités commerciales (nos tâches quotidiennes) exigeaient chaque instant de notre temps. Les réunions ont été reportées, les délais se sont dissipés et les suivis avec les dirigeants sont devenus peu fréquents. J’étais fatiguée. Nous étions tous fatigués. Notre important travail est tombé à l’eau.

Il n’est pas surprenant de constater que bon nombre des initiatives de diversité, d’équité et d’inclusion des entreprises semblent avoir perdu de leur élan. Les formalités administratives, les responsabilités partagées et les conversations à huis clos sont difficiles à gérer lors d’une bonne journée. Le défi est encore plus grand lorsqu’il s’agit d’un sujet que beaucoup ne comprennent pas ou ne cherchent pas à comprendre. Lorsque l’inclusion et la diversité ne sont pas des sujets récurrents lors des réunions et qu’ils ne figurent pas parmi les objectifs établis clairement, ils s’effacent.

Sans objectifs précis et sans imputabilité, il est peu probable que les compagnies puissent opérer un changement majeur sur les plans de la diversité, de l'équité et de l'inclusion.
Sans objectifs précis et sans imputabilité, il est peu probable que les compagnies puissent opérer un changement majeur sur les plans de la diversité, de l'équité et de l'inclusion.

Au moment d’écrire ces lignes (en février), les marques canadiennes phares comme la Compagnie de la Baie d’Hudson et Joe Fresh semblaient avoir atteint un plafond dans leurs engagements sur la diversité et l’inclusion. On ne fait plus mention de ces objectifs depuis les premiers messages antiracistes de l’été 2020. Avoir des modèles noirs dans les publicités ne suffit pas.

Pendant ce temps, d’autres font ce qu’ils font chaque année: rejoindre paresseusement et sélectivement la conversation du Mois de l’histoire des Noirs comme pour cocher une case sur leur calendrier de contenu. Par exemple, Sephora a récemment publié une étude commandée sur les préjugés raciaux aux États-Unis dans le commerce de détail et a partagé plusieurs publications sur la diversité via les comptes du siège social. Pourtant, en ce qui concerne son homologue canadien, la case «Mois de l’histoire des Noirs» a été cochée avec une seule publication Instagram mettant en vedette Pat McGrath. Une publication mettant l’accent sur un honneur reçu de la part de la reine Elizabeth II – oublions le fait que McGrath est connue comme l’une des maquilleuses les plus influentes au monde.

Cela soulève une question. Pour les entreprises canadiennes, s’agissait-il d’un mouvement, ou d’un moment?

«Le Mois de l'histoire des Noirs est une chance de s'impliquer et de «faire mieux», comme les entreprises l'ont promis.»

Si les grandes marques placent la barre aussi bas, d’autres suivront. Nous avons besoin des entreprises comme la Compagnie de la Baie d’Hudson et Aritzia pour aider à élever les attentes dans la lutte au racisme systémique. Sans engagement public et sans imputabilité à l’interne – pas seulement des pages sur la diversité et l’inclusion remplies de jargon – personne n’exercera la pression pour faire plus, ni même pour faire le strict minimum. Le Mois de l’histoire des Noirs est une chance de s’impliquer et de «faire mieux», comme les entreprises l’ont promis.

À vous les entreprises, laissez-moi vous expliquer comment vous pouvez ajouter de l’énergie au mouvement et célébrer de manière significative le Mois de l’histoire des Noirs dans le futur:

Commencez de l’intérieur

Vérifiez les routines et la culture internes pour voir où se situent les lacunes. Avez-vous des pratiques d’embauche biaisées? Vérifiez! Les professeurs Elizabeth Hirsh, de UBC, et Donald Tomaskovic-Devey, de UMA, expliquent comment utiliser des paramètres précis comme première étape pour accroître la diversité et réduire les biais.

Définissez vos intentions

Maintenant que vous avez écouté et que vous avez amassé des données, fixez des objectifs clairs et créez l’imputabilité en partageant les progrès. Quand la marque de bijoux torontoise Mejuri a créé un fonds d’autonomisation pour les femmes noires et les personnes noires non binaires, elle avait un premier objectif clair – soutenir l’enseignement supérieur – et a détaillé comment et quand elle distribuerait ses 120 000 $US en bourses.

Soyez authentique

Travaillez à votre façon et célébrez le mouvement à travers le prisme de votre marque, tout en respectant la culture noire. Le libraire Indigo a adopté une approche pédagogique en février en mettant en vedette des auteurs noirs et un membre du conseil d’administration noir, et en expliquant l’importance de ce mois. J’ai trouvé cela simple, efficace et authentique.

«Mo’ money, mo’ voices»

Investissez dans la cause et utilisez votre plateforme pour en amplifier d’autres. La marque de vêtements Roots Canada a fait les deux en lançant un t-shirt en édition limitée conçu par le duo de sœurs noires derrière Révolutionnaire. Les profits ont été versés à la Black Academy, qui lutte contre le racisme systémique au Canada. Le t-shirt à 44 $ s’est vendu en une seule journée, prouvant que la diversité, l’équité et l’inclusion ne font pas que du bien, c’est aussi bon pour les affaires.

Il s’est écoulé neuf mois depuis le meurtre tragique de George Floyd. Si certaines entreprises semblent tenir fermement leurs engagements, trop parmi elles ont été absentes des célébrations du Mois de l’histoire des Noirs. Où est allée cette énergie des carrés noirs et de l’opposition au racisme de l’été dernier? Où est le soutien dans le discours et le matériel? La performance est terminée et je crains que l’appui qui l’accompagnait ne le soit aussi. Je croyais en vous, les entreprises canadiennes. Nous croyions tous en vous.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

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