Sirtfood, la nouvelle diète «malsaine» ultra tendance

Maintenant que la popularité de la diète cétogène a faibli, en voici une nouvelle!
La consommation de jus verts est essentielle dans la diète sirtfood.
La consommation de jus verts est essentielle dans la diète sirtfood.

On lui attribue la perte de poids éclair de la chanteuse Adele. C’était aussi le régime le plus recherché sur Google en 2020 au Canada. La diète Sirtfood qui promet de nous faire maigrir en consommant du chocolat et du vin rouge semble excitante à première vue… jusqu’à ce qu’on la mette en pratique et observe les effets secondaires. Les explications de nutritionnistes.

Sirt… quoi?

Popularisée par les auteurs du livre Le régime Sirtfood, Aidan Goggins et Glen Matten, la diète consiste à consommer presque uniquement des aliments qui agissent sur les sirtuines, des enzymes auxquelles on attribue des propriétés amincissantes, antioxydantes et anti-vieillissement.

Parmi les aliments recommandés sont cités: le chou kale, le vin rouge, les fraises, les oignons, le soja, le persil, l’huile d’olive vierge, le chocolat noir (85% et plus), le thé vert matcha, le sarrasin, le curcuma, les noisettes, la laitue, les piments oiseau, les pommes, les dattes, les noix, les myrtilles, le radicchio, les câpres et le café. Ils sont surnommés «super-aliment», un terme que de plus en plus de nutritionnistes tentent pourtant d’effacer du vocabulaire collectif.

Il n’y a pas à proprement parler d’«aliments interdits». On limite cependant la consommation de gras et de produits laitiers pour réduire le nombre de calories ingérées. Idéalement, on ne consomme que les aliments énumérés ci-haut.

La diète se divise en trois phases. Une première qui dure trois jours pendant laquelle on limite son apport calorique à 1000 calories par jour en buvant trois jus vert maison, et en mangeant qu’un seul repas «sirtfood». Les quatre jours suivants, on consomme un maximum de 1500 calories en se contentant de 2 jus verts et de 2 repas «sirtfood».

Ensuite, pendant deux semaines, pas de restriction calorique, mais une limitation à 3 repas «sirtfood» et 1 jus vert par jour. Les auteurs de «Régime Sirtfood», un pharmacien et un nutritionniste, suggèrent ensuite de recommencer pour perdre plus de poids, ou de revenir à une alimentation normale en intégrant au maximum les aliments «sirtfood».

Au secours, j’ai faim!

«Ce régime vous permettra de perdre en moyenne trois kilos en sept jours, tout en préservant, et même en développant votre masse musculaire», promet le duo derrière «sirtfood», avec une «restriction calorique modérée».

Pourtant, elle est tout sauf modérée, selon la nutritionniste québécoise derrière le blogue Science & Fourchette, Annie Ferland. Elle ne doute pas de la perte de poids rapide, mais s’inquiète de l’apport calorique faible que s’imposent ceux qui suivent la diète.

«On parle plutôt d’une grande privation. […] Aucune personne normale qui bouge le moindrement, même sans faire de sport, ne peut vivre à 1000 calories par jour sans éprouver la faim. Même au dessus de 1200 calories par jour, c’est dangereux», dit-elle, considérant que certains ont besoin d’un apport calorique quotidien de 2500 calories pour fonctionner normalement.

Le nutritionniste Hubert Cormier compare même Sirtfood à la controversée cure de jus, compte tenu du nombre de jus verts au menu. «Tu risques de ressentir une faim intense, ce qui ne sera certainement pas une période des plus amusantes», écrit-il sur son blogue.

Impossible aussi de ne pas perdre de masse musculaire, selon Annie Ferland, puisqu’après la perte hydrique, le poids de notre corps en eau, des premières semaines, le corps ira inévitablement puiser dans les réserves de gras et de muscles pour fonctionner. De plus, avec un régime aussi pauvre en calories, fort est à parier qu’on délaissera les séances d’entraînement, faute d’énergie.

La créatrice de Science & Fourchette s’inquiète par ailleurs de la promesse de perdre 3 kilos (6,6 livres) en 7 jours et de la suggestion des auteurs de répéter la diète pour atteindre son objectif. «Chacun a un métabolisme différent [NDLR: et perd donc du poids à un rythme différent|. Promettre un nombre de livres perdues est très dangereux puisque les gens s’accrochent à ça et peuvent être très déçus du résultat compte tenu de la privation qu’ils se sont infligée.»

Manque de variété

Se limiter à la consommation d’une vingtaine d’aliments, même s’ils sont considérés «sains», n’est pas non plus bénéfique pour la santé. Le guide alimentaire canadien est clair : seule la variété nous permet un apport nutritionnel équilibré en vitamines, lipides, glucides, protéines et minéraux. «Notre corps est un grand orchestre symphonique. Si on arrête le violon, ou l’ingestion d’un type d’aliment, il y a un déséquilibre [NDLR : potentiellement des carences] et on fait juste forcer, ou épuiser notre corps pour rattraper le déficit», affirme Annie Ferland.

Effet yoyo et conséquences à long terme

Comme avec tous les régimes contraignants du cétogène au jeûne intermittent, il faut s’attendre à une reprise du poids perdu dès la fin de la diète Sirtfood, et même à gagner quelques kilos de plus.

Pourquoi? «Parce que la perte de poids a un effet sur le métabolisme de base. Plus la diète est restrictive et rapide, plus notre métabolisme normal ralentira, ou autrement dit plus notre capacité à éliminer les graisses et perdre du poids naturellement sans rien faire ralentira, explique Annie Ferland. Chaque diète a un coût sur le métabolisme.»

Effectuer la diète Sirtfood au complet risque également de vider les réserves énergétiques du corps, l’emmenant à être en mode «rétention» de tout ce qu’on ingère dès qu’on réintègre une alimentation régulière.

Sont aussi fréquemment citées parmi les conséquences d’une diète : la perte musculaire, la baisse d’énergie, les troubles digestifs (brûlements, reflux gastriques, gaz, estomac ou côlon irritable) qui s’ensuivent, mais également des symptômes psychologiques comme l’anxiété, la dépression, la perte de plaisir lié à la nourriture, l’insatisfaction corporelle et les troubles alimentaires. Des conséquences qui peuvent s’étaler sur toute une vie, prévient Annie Ferland.

Aucune étude sur l’humain

La science n’a pas encore confirmé les avantages ou les inconvénients de la diète Sirtfood, simplement puisqu’aucune étude n’a été réalisée sur l’effet des sirtuines chez l’être humain à court ou long terme.

Des travaux effectués sur des souris, des levures et des cultures de cellules ont cependant montré que le niveau de sirtuines avait une incidence positive sur l’espérance de vie.

Une énième mode

Mais pourquoi Sirtfood a supplanté la diète cétogène et le jeûne intermittent, pourtant sur toutes les lèvres? «C’est juste une question de mode, stipule Annie Ferland. C’est très cyclique. Leur popularité dure généralement de trois à cinq ans, puis après il en arrive une autre toujours plus “révolutionnaire“. On a frappé sur les glucides, les protéines, et maintenant on tape sur le métabolisme enzymatique des sirtuines, et on va recommencer dans quelques années.»

Selon Hubert Cormier et Mme Ferland, on devrait simplement mettre de côté les diètes. Aussitôt qu’un soi-disant expert de la nutrition propose de «bons» et de «mauvais» aliments, une restriction calorique, ou «un régime qui n’est pas une diète», sans études scientifiques sérieuses à l’appui, on devrait regarder ailleurs.

«Mise plutôt sur le changement de tes habitudes alimentaires ainsi que ton niveau d’activité physique qui sont gages de réussite et de plaisir», conseille Hubert Cormier.

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