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Couper les comprimés en deux pour couper le coût des médicaments n’est pas une option

Le Canada figure parmi les pays de l’OCDE où le prix des médicaments sur ordonnance est le plus élevé.

Peut-on dire que les Canadiennes et les Canadiens bénéficient d’un régime d’assurance-médicaments universel alors que plusieurs ont de la difficulté à assumer les coûts liés à l’achat de leurs médicaments sur ordonnance?

Si certains affirment que nous devrions nous contenter du système actuel de couverture publique et privée et combler les lacunes existantes, d’autres s’élèvent pour dire que le Canada est le seul pays développé à avoir un système de soins de santé universel incomplet parce que les médicaments sur ordonnance ne sont pas entièrement couverts.

Au cours des dernières décennies, de nouveaux médicaments ont grandement contribué à réduire le fardeau des maladies du cœur et de l’AVC. Les gens vivent plus longtemps grâce aux médicaments qui traitent et préviennent les maladies cardiovasculaires, comme ceux contre l’hypertension artérielle ou un taux élevé de cholestérol.

«Les femmes sont moins nombreuses que les hommes à bénéficier d’avantages sociaux de la part de leur employeur et sont plus susceptibles de ne pas prendre de médicaments sur ordonnance.»

Cependant, les médicaments ne servent à rien si les gens n’y ont pas accès de façon fiable et abordable et s’ils n’en respectent pas la posologie en raison des coûts qui y sont associés. Faut-il s’étonner d’apprendre que certaines personnes vont même jusqu’à couper leurs comprimés en deux pour qu’ils durent plus longtemps?

La situation actuelle présente deux problèmes majeurs. Le premier concerne l’accès équitable. Le deuxième est une question de viabilité à long terme.

En termes d’équité, on remarque que les femmes sont moins nombreuses que les hommes à bénéficier d’avantages sociaux de la part de leur employeur et sont plus susceptibles de ne pas prendre de médicaments sur ordonnance à cause des coûts. De plus, les peuples autochtones, les personnes de 18 à 44 ans et celles dont la santé est précaire ou dont le revenu est faible sont beaucoup plus enclins à ne pas prendre leurs médicaments en raison des coûts.

La viabilité est également une question cruciale. En 2017, les pharmacies canadiennes ont vendu environ 94 millions de médicaments sur ordonnance pour le traitement des maladies cardiovasculaires, une hausse de 3,2 % par rapport à l’année précédente, soit plus que toute autre catégorie de médicaments sur ordonnance.

La mise en place d’un régime d’assurance-médicaments universel permettrait donc de réduire les coûts en augmentant le pouvoir d’achat et de négociation et en réduisant les frais administratifs.

Si certains détracteurs affirment que la mise en œuvre d’un tel régime serait coûteuse, il demeure important de signaler qu’elle permettrait aussi d’économiser entre 4 et 9,4 milliards de dollars par année en dépenses publiques. Le fait qu’un individu ne prenne pas ses médicaments est associé à une augmentation importante de la mortalité, des hospitalisations et des coûts qui en découlent. On peut affirmer sans aucun doute que notre système de santé en bénéficierait également.

«Le quart des ménages sondés a même hésité à l’idée de changer d’emploi par crainte de perdre la couverture d’assurance-médicaments.»

Environ un Canadien sur quatre a de la difficulté à obtenir les médicaments dont il a besoin en raison des coûts. En effet, les résultats d’un sondage de Cœur + AVC et de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers publiés récemment sont sans équivoque: 24% des répondants affirment qu’au cours de la dernière année, un membre de leur ménage n’avait pas acheté un médicament prescrit ou renouvelé une ordonnance à cause du prix. Voilà qui peut entraîner beaucoup de problèmes médicaux inutiles.

On y apprend aussi que plus du tiers (35%) estiment que le coût des médicaments sur ordonnance est une cause de stress budgétaire important sur leur ménage. Le quart des ménages sondés a même hésité à l’idée de changer d’emploi par crainte de perdre la couverture d’assurance-médicaments.

Pourtant, il existe un large consensus sur la façon de résoudre ces problèmes. En effet, 93% des répondants croient qu’il est important que tout le monde ait un accès égal aux médicaments sur ordonnance et que cette responsabilité relève du gouvernement fédéral.

Cœur + AVC appuie la création d’un régime d’assurance-médicaments national et universel où l’État est le premier payeur afin d’assurer la rentabilité des médicaments à prix raisonnable. Le régime devrait être accessible à tous les citoyens et comprendre une liste étoffée de médicaments couverts. Il devrait également permettre aux gens de bénéficier d’un soutien supplémentaire fourni par des régimes d’assurance privés, le cas échéant.

Les avantages sont évidents: un régime d’assurance-médicaments national et universel permettra de réduire les coûts, d’optimiser les ressources et de réduire le fardeau du système de santé. Plus important encore, il améliorera la santé des citoyens. Une meilleure santé à un coût moindre. Tout le monde peut certainement s’entendre sur cela.

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