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26/06/2020 11:46 EDT | Actualisé 26/06/2020 12:01 EDT

Le confinement a permis à mon fils et mon mari de se retrouver

Je me demande combien de parents ont manqué le bateau avant la pandémie. Combien de pères apprennent en ce moment même à connaître leurs enfants pour la première fois?

Mon fils de 11 ans et son père marchent bras dessus bras dessous, en discutant des subtilités du jeu Minecraft. Le minerai et la pierre rouge, les zombies et les villageois - des choses qui, normalement, n’ont aucun intérêt à mes yeux. Je reste derrière, contente de les observer dans leur bulle, entre gars.

De l’extérieur, ça ressemble à la conversation la plus ordinaire, même si c’est tout sauf ça : pour une fois, je ne fais pas de micro-gestion de leur interaction. Je ne suis pas en train d’encourager cet échange père-fils. Le fait de ne pas être impliquée dans cette intimité particulière est une surprise et un grand soulagement.

Moyo Studio via Getty Images

Ce virus est une malédiction, sans aucun doute. La pandémie a fait des ravages si cruels et durables. Et pourtant, malgré tout ce qu’elle nous a volé, la distanciation sociale a fait un cadeau inattendu à ma propre famille.

De l’extérieur, il serait impossible de dire comment cette dernière année s’est passée pour nous. Mon fils autiste a connu de fréquents accès de colère et d’agressivité. Parfois, il cassait des choses et s’en prenait à nous. Parfois, mon mari a perdu son sang-froid et s’est mis à crier en retour. Chaque fois que leur colère se déclenchait, je me disais : «Ils se ressemblent trop, c’est tout».

Nous faisions tous notre possible. Nous étions tous épuisés. À chaque crise, je m’imaginais qu’une parcelle de leur lien était brisée et irréparable, et je me sentais impuissante à le réparer.

Je voulais tellement plus pour mon fils que ce que j’avais connu.

Dès l’instant où j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai eu de grands espoirs pour leur future relation. Je n’ai jamais connu mon père biologique, et j’ai grandi avec un beau-père froid et sévère. Je voulais tellement plus pour mon fils que ce que j’avais connu. Je me suis souvent demandé si mon fils et son père seraient un jour aussi proches que je l’avais rêvé lorsque j’ai tenu mon unique enfant dans mes bras pour la première fois.

Après la dernière année, cette possibilité semblait peu probable.

Je ne savais pas qu’il faudrait une pandémie pour déclencher un changement dans notre foyer. Alors que certains enfants ont régressé pendant le confinement, nous avons eu de la chance. Sans les pressions et les routines de l’école, mon fils s’épanouit. Mon mari étant obligé de travailler à la maison, il a plus de temps pour s’occuper de son enfant. Il n’est pas le seul - la plupart des pères canadiens se sentent plus proches de leurs enfants pendant la pandémie.

En préparant une tasse de thé, mon mari pouvait aider à résoudre un problème de mathématiques qui a laissé sa malheureuse épouse dans l’impasse. (Oui, j’admets volontiers que certains éléments de mathématiques de sixième année m’ont mise dans l’embarras.) Ils pouvaient bavarder au déjeuner avant que mon mari ne disparaisse au «bureau» pour sa première réunion de la journée. Comme il n’y a pas de trajet entre le domicile et le lieu de travail, il a moins besoin de courir pour être à l’heure.

Bien qu’il travaille toujours fort et qu’il fasse de longues heures, mon mari semble nettement plus dynamique, patient et présent qu’avant la pandémie. À la fin d’une longue journée de travail, il n’a plus qu’à descendre les escaliers pour être avec nous. Ce n’est pas le cas de toutes les familles, de nombreux parents continuant à travailler en dehors de la maison. Je reconnais l’ampleur de notre privilège et je ne le prends pas à la légère.

Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que sa brève enfance avait passé entre les mains de mon mari, sans que ce soit de sa faute.

Pourtant, avant l’apparition de ce virus, je n’arrivais pas à me défaire du sentiment que mon mari, comme tant de parents, manquait à l’appel. Nous considérons le fait d’être occupé comme un honneur, mais notre vie surchargée a un prix. Les enfants grandissent si vite, dit-on. Le temps qu’on cligne des yeux, l’enfance disparaît. Maintenant que mon fils est sur le point d’avoir 12 ans, je peux me ranger derrière cet adage. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que sa brève enfance avait passé entre les mains de mon mari, sans que ce soit de sa faute.

Ces derniers mois, un poids s’est soudainement enlevé de sur mes épaules. Avant la pandémie, j’étais toujours «la bonne». J’étais celle qui prenait et déposait mon fils à l’école et aux activités du week-end. C’est moi qui l’emmenais chez le médecin, le dentiste et tous les types de thérapeutes. C’est moi qui l’accompagnait dans ses devoirs. J’étais celle qui le câlinait sur le canapé et l’écoutait lire des bandes dessinées après l’école. Celle qui riait volontiers de ses blagues et caressait ses douces boucles de cheveux à chaque occasion qui se présentait.

J’étais toujours là. Il n’y a pas de réflexion féministe à soulever ici - travailler à temps partiel à la maison me donne plus de flexibilité. Il se trouve que je suis le parent le plus impliqué et disponible, tout simplement parce que c’est ce qui a du sens pour notre famille.

Voir mon mari et mon fils marcher bras dessus bras dessous en parlant de Minecraft me donne de l’espoir. Je me demande combien de parents ont manqué le bateau avant la pandémie. Combien de pères apprennent en ce moment même à connaître leurs enfants pour la première fois?

Nous ne pourrons jamais récupérer ce temps-là. C’est un temps maudit, oui, mais il est aussi profondément précieux. Je prie pour que nous ne le gâchions pas. Je prie pour que mon fils et son père gardent le souvenir de ces jours dans leurs cœurs, et qu’ils continuent à le garder en eux quand tout ça sera terminé.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Canada, a été traduit de l’anglais.