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04/08/2020 16:32 EDT

Communauté ours: vive les formes et le poil!

«Tu ne seras pas jugé sur ton apparence. On peut être un petit peu gras et on s’aime comme ça.»

Courtoisie/Julien Serre
Julien Serre au défilé de la Fierté 2019, arborant sa bannière de Monsieur Ours et le drapeau de la communauté ours.

«Il y a vraiment une catégorisation à l’intérieur de la communauté. Si tu n’as pas un gym body, si tu n’es pas un athlète de salle d’entraînement, c’est sûr que tu es catégorisé», affirme Julien Serre. 

Les préjugés et les stéréotypes sont bien ancrés au sein même de la communauté LGBTQ+. Être plus costaud ou avoir un surplus de poids et arborer une pilosité bien fournie, ça ne correspond pas à l’homme gai typique, soutient-il. C’est d’ailleurs dans ce contexte que la communauté ours s’est formée dans les années 70.

«Les gens qui étaient un peu gros et poilus ne rentraient pas dans les cases de ce qu’on voyait dans les médias. Ils ont créé un mouvement d’inclusion pour se retrouver ensemble et dire qu’eux aussi, ils étaient beaux avec leurs formes et leurs poils», explique l’homme de 37 ans, qui fait fièrement partie de la communauté ours montréalaise.

Encore aujourd’hui, ces hommes de la communauté LGBTQ+ se sentent mis de côté. «Quand la communauté est représentée, en général, ce n’est pas nous qu’on voit le plus, se désole Julien Serre. On est dans un microcosme parce qu’on est dans une communauté LGBT, mais toutes ces différences-là, on les sent au sein même de notre communauté. Ça fait comme des sous-groupes.»

Heureusement, les ours sont accueillants, mais surtout, et il insiste, inclusifs. «Tu peux venir comme tu es et tu ne seras pas jugé sur ton apparence. On peut être un petit peu gras et on s’aime comme ça, assure Julien Serre. Il y a le côté sexuel et fétiche du poil et de l’embonpoint, mais il y a aussi, derrière, l’aspect communautaire qui fait qu’on se retrouve autour de ça.»

Le racisme n’échappe pas non plus à la communauté LGBTQ+, mais chez les ours, tout le monde est le bienvenu peu importe ses origines, promet-il. «Le drapeau de notre communauté correspond à tous les types de peau de la race humaine pour dire qu’on est tous représentés.»

La communauté ours, c’est là où je me sentais à l’aise, où je pouvais m’affirmer.

À l’adolescence, quand il a réalisé qu’il était attiré par les hommes, Julien Serre se sentait isolé dans ce qu’il vivait, mais pas seulement en raison de son orientation sexuelle. «J’en discutais autour de moi. Déjà, personne n’était gai dans mon entourage, et j’étais attiré par les hommes costauds et barbus. Personne n’aimait ces critères-là, alors je me demandais si c’était moi qui était particulier», se souvient-il.

C’est vers l’âge de 18 ans, quand Internet est devenu plus accessible, que Julien Serre a enfin su qu’il n’était ni bizarre, ni seul dans sa situation. «J’ai pu m’apercevoir qu’il y avait des gens qui aimaient la même chose que moi.» Et c’est comme ça qu’il a éventuellement découvert l’existence des ours. «La communauté ours, c’est là où je me sentais à l’aise, où je pouvais m’affirmer», se rappelle l’homme originaire d’un petit village de France.

Julien Serre est arrivé au Québec en 2013 avec son conjoint. Ce déménagement a changé beaucoup de choses dans sa vie au quotidien. Il le confirme, l’homophobie est encore omniprésente dans son pays d’origine. 

Courtoisie
«En arrivant ici, on s’est aperçu de la force qu’avait le système communautaire.»

«Jamais je n’aurais tenu mon copain par la main en France. Jamais je n’aurais osé montrer mon orientation sexuelle en me promenant ou au travail, affirme-t-il en se remémorant sa vie d’avant. Quand je suis arrivé ici, j’ai tellement senti une ouverture d’esprit, je n’ai même pas eu à le cacher.»

«En arrivant ici, on s’est aperçu de la force qu’avait le système communautaire. On a vraiment accroché, raconte Julien Serre. Rencontrer ce genre de communautés, ça aide à être qui tu es.» La communauté ours est bien implantée à Montréal, où, entre autres, deux bars sont reconnus pour être dédiés aux ours. On trouve aussi des groupes de la communauté un peu partout dans la province. Les ours font de plus en plus partie des moeurs dans la communauté LGBTQ+, selon lui. Il existe aussi des sites et des applications de rencontre qui leur sont destinés. 

Les ours sont souvent associés aux communautés cuir et fétiches, notamment parce que lors d’événements organisés par leur communauté, il est habituel de les voir porter des accessoires en cuir comme des harnais et autres «objets sexualisés». «Mais c’est l’objet qui est pris en compte dans ces communautés-là. Chez les ours, c’est plus la personne», nuance-t-il.

Représenter les ours

Julien Serre a été élu Monsieur Ours en 2019 grâce au concours organisé annuellement pour trouver celui qui agira en quelque sorte comme porte-parole de la communauté. Par défaut, il a été réélu cette année, la pandémie empêchant la tenue du concours ce printemps.

Être élu Monsieur Ours, ce n’est pas qu’un titre, ça vient avec des responsabilités. Celui qui travaille comme technicien de laboratoire en pharmacie s’implique beaucoup dans ses temps libres pour faire rayonner sa communauté. Dans le cadre de son mandat, Julien Serre a organisé une levée de fonds au profit de la Fondation Émergence et a oeuvré à donner de la visibilité à l’organisme.

Il a également mis sur pied l’association Bear it dans l’objectif de mener des campagnes de sensibilisation pour contrer la grossophobie dans la communauté. Il en fait son cheval de bataille, estimant que les jugements gratuits sur l’apparence sont encore monnaie courante.

«J’ai fait ce concours à la base pour me sortir de ma zone de confort. Finalement je me suis aperçu que ça m’avait donné une voix, observe-t-il. Même si je touche juste une personne avec mon implication, mais que je peux lui permettre de s’accepter, j’aurai accompli ma mission en tant que Monsieur Ours.»

Julien Serre participera à un panel dédié à démystifier les communautés ours, cuir et fétiche le mercredi 12 août prochain dans le cadre de Fierté Montréal 2020.