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05/05/2020 11:28 EDT | Actualisé 05/05/2020 12:53 EDT

Je sais ce que c'est que d'être cloîtrée avec son agresseur. Je sais aussi qu'il y a une issue.

J’étais coupée du monde et je pensais que fuir mon partenaire mettrait ma vie et celle de mes enfants à risque. Des milliers de femmes passent par là présentement.

Sébastien Hommes / EyeEm via Getty Images

Avertissement: ce texte contient des descriptions d’abus et de violence sexuelle.

Je me souviens encore très bien de tout ça.

En entendant le bruit de sa clé dans la porte, mon corps se figeait. J’entendais ses pas et lorsqu’il prononçait mon nom, le ton de sa voix m’envoyait un avertissement clair: si je ne me «comportais» pas bien par moi-même, il me forcerait à le faire.

Vivre avec mon ex-mari, c’était comme être dans une prison, se battre contre un raz-de-marée d’abus. Alors que les gens à travers le monde s’isolent pour lutter contre la propagation de la COVID-19, il y a des milliers de femmes qui vivent cette situation, confinées avec un partenaire violent.

Bien que le confinement ne soit pas une cause de violence conjugale, il peut exacerber les comportements abusifs existants. Avec le recul, je constate que je vivais une vie de confinement au quotidien - je ne m’en rendais pas compte.

J’avais 17 ans quand j’ai rencontré John. Il avait 14 ans de plus, un emploi stable et un enfant d’une relation précédente - à l’époque, il semblait vraiment avoir sa vie en main. Nous avons échangé nos numéros et il m’a bombardée de messages. En trois mois, j’avais emménagé chez lui et nous étions fiancés.

Confiante et indépendante, je n’avais pas prévu m’engager si rapidement. C’était envahissant, mais John était si convaincant. Quand je lui demandais si les choses allaient trop vite, il me répondait: «Mais tu sais à quel point je t’aime».

Comme c’est le cas pour la plupart des agresseurs, les grands gestes et les paroles d’amour de John n’étaient qu’une forme de manipulation pour gagner du pouvoir et du contrôle sur moi. Il disait que je ne pouvais pas travailler parce qu’il voulait me soutenir, puis il me faisait culpabiliser de voir ma famille et mes amis.

Les conditions de confinement ne sont pas si différentes de celles d’un enfermement quotidien avec un partenaire contrôlant.

À l’époque, je n’y voyais pas grand-chose. J’étais jeune, et les gens disaient toujours à quel point John était «gentil». Mais tout cela faisait partie de son plan. Il m’a isolée de tous ceux que j’aimais et ses abus se sont intensifiés. J’ai été frappée, rabaissée, violée et sous-alimentée, alors que j’essayais désespérément de protéger nos deux enfants.

La pandémie de COVID-19 et le nombre croissant de femmes qui demandent de l’aide chaque jour ont donné au monde un aperçu terrifiant des abus dont souffrent les femmes. Ce dont les gens ne se rendent pas compte, c’est que les conditions de confinement ne sont pas si différentes de celles d’un enfermement quotidien avec un partenaire contrôlant. L’isolement est une arme insidieuse pour les agresseurs; il induit la peur et peut vous donner l’impression que vous n’avez pas d’issue. John disait que si jamais je le quittais, il tuerait nos enfants.

Quitter un partenaire violent n’est pas toujours un choix - que vous vous isoliez ou non, vous vous sentez sentez tellement seule. Je risquais d’être frappée, de me faire crier après ou d’être abusée sexuellement si je faisais quoi que ce soit qui puisse déplaire à mon mari. J’étais coupée du monde, incapable de travailler ou d’utiliser librement mon téléphone et les médias sociaux. Je ne savais pas où trouver de l’aide ni comment y accéder.

Je pensais que je ne pourrais me sortir de ça vivante, jusqu’à ce qu’un refuge me sauve la vie. Un jour, alors que John était au travail, j’ai appelé la ligne téléphonique pour les femmes victimes de violence conjugale. Cela m’a donné le courage d’appeler la police et de signaler ses abus physiques, sexuels et psychologiques.

Vous n’êtes pas seules.

Je suis allée dans un refuge et j’ai pu lentement reconstruire ma vie. Mes enfants sont en sécurité, et j’ai épousé mon meilleur ami, Ben. Nous avons eu un autre enfant ensemble. Il y a deux ans, John a été condamné à 12 ans de prison.

J’espère que toute femme qui subit des abus et qui lit ces mots se rend compte qu’elle n’est pas seule, même pendant cette crise. Si vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à appeler. La ligne d’aide pour les victimes de violence conjugale est ouverte 24 heures sur 24, 365 jours par année. Votre appel sera confidentiel, et l’intervenante ne vous jugera pas. 

Il peut sembler plus difficile de s’échapper en ce moment, mais ne comptez pas les jours en fonction du fait qu’il vous a manipulée, frappée ou violée. Il peut sembler difficile d’imaginer un avenir meilleur, mais avec du soutien, c’est à votre portée.

Vous n’êtes pas seules.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.

Contacts importants en cas de détresse psychologique

  • SOS violence conjugale: 1 800 363-9010, 24 heures sur 24 / 7 jours sur 7

  • Ligne-ressource provinciale pour les victimes d’agression sexuelle: 1 888 933-9007)

  • Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d’aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

  • Pour joindre les intervenants professionnels de Tel-jeunes: 1 800 263-2266 / Texto : 514 600-1002 / teljeunes.com

  • Pour joindre Jeunesse, J’écoute 1-800-668-6868, envoyez TEXTO au 686868 ou utilisez le clavardage